Conflit étudiant : dialogue par caméras interposées

Un dialogue au point mort entre étudiants et autorités

Retour à la case départ dans le conflit entre les étudiants et le gouvernement  ? Voilà maintenant 12 semaines que quelque 170 000 étudiants québécois sont en grève pour dénoncer l’augmentation de leurs frais de scolarité. Toujours pas l’ombre d’une solution en vue. Et depuis une semaine, le gouvernement et les associations étudiantes présentent leurs offres… par média interposé ! Pas forcément la meilleure solution pour débloquer la situation.

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Vendredi dernier, le gouvernement Charest offrait aux étudiants d’étaler sur 7 ans et non plus 5 l’augmentation de leurs droits de scolarité, ce qui, au bout du compte, se traduisait par un 150$ supplémentaires que devaient payer les étudiants –voir ma dernière chronique. Pas de surprise donc dans le rejet unanime de cette offre par les trois associations étudiantes qui ont à leur tour présenté leurs offres de solution à la ministre de l’Éducation Line Beauchamp. 

Une offre conjointe de la Fédération étudiante universitaire du Québec et de la Fédération étudiante collégiale du Québec  propose sept points dont  le gel des droits de scolarité, un moratoire de deux ans sur le plan de financement des universités,  la mise en place d’États généraux sur l’éducation post secondaire et le contrôle des dépenses des universités notamment le salaire de leurs cadres et professeurs. 

« Je suis déçue, ça n’a pas bougé côté étudiant » : voilà la réaction, quelques heures plus tard, de la ministre de l’Éducation Line Beauchamp. Le gouvernement n’a donc pas donné suite à cette offre, par contre, le cabinet de la ministre a repris contact par téléphone avec les fédérations.

La ministre de l'éducation Line Beauchamp et le chef du gouvernement Jean Charest.
La ministre de l'éducation Line Beauchamp et le chef du gouvernement Jean Charest.
Offre et contre-offres

La Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante, la troisième association étudiante a, de son côté, présenté de son côté ses pistes de solution. La CLASSE refuse non seulement toute augmentation des frais de scolarité, elle en réclame une baisse afin d’arriver à la gratuité scolaire dans quelques années. La coalition réclame également un gel de la rémunération des cadres et des professeurs dans les universités ainsi qu’un gel de leur embauche, la fin des campagnes publicitaires que font les universités un peu partout dans les médias – évaluée à 80 millions de dollars au cours des 5 dernières années -, et la suspension de la construction de campus satellites. 

Même fin de non-recevoir de la part de la ministre Beauchamp, qui déplore que la CLASSE n’ait pas bougé d’un iota dans ses positions. Et contrairement aux fédérations étudiantes, le cabinet de la ministre n’a pas repris contact avec la CLASSE, qui dit pourtant vouloir revenir à la table de négociation.

Aller chercher l’argent là où il y a du gaspillage

Les associations étudiantes maintiennent donc le cap en ce qui concerne les frais de scolarité, c’est le cœur de leur combat. Les étudiants se disent en accord avec la nécessité d’assurer un bon financement des universités et des collèges d’études post secondaires  mais ils affirment qu’il faut aller chercher l’argent là où il y a actuellement, selon eux, du gaspillage de fonds publics : trop de cadres surpayés dans les universités, des campagnes de publicité coûteuses et, selon eux, totalement inutiles, des projets de constructions de campus qui engloutissent des millions de dollars, etc. Autrement dit, disent ces étudiants, il faut faire le ménage dans la gestion de l’éducation post secondaire au Québec. Et il faut pour ce faire rapidement tenir des États généraux sur la question.  

Les examens approchent

La tension monte sur les campus où une majorité d’étudiants sont en grève. Des étudiants qui sont contre la grève et des directeurs d’établissements se sont tournés vers les tribunaux afin d’obtenir des injonctions pour permettre à ceux qui le veulent de suivre leur cours.

Certaines de ces injonctions sont respectées et des cours se donnent de nouveau dans plusieurs campus mais pas dans tous, car des grévistes interviennent pour empêcher les étudiants de rentrer.

Il y a de plus en plus de pression de la part d’étudiants qui voient les jours passer et leur session d’hiver partir en fumée, certains étaient sur le point d’obtenir leur diplôme collégial et ils prévoyaient entrer à l’université cet automne. Pour ceux qui profitent des vacances d’été pour travailler et mettre de l’argent de côté, ils vont peut-être devoir étudier à la place, c’est donc une inquiétude économique qui les taraude. Autant de parcours de vie qui risquent donc d’être perturbés par tous ces événements. 

Les étudiants en grève ont poursuivi toute la semaine leurs manifestations dans les rues de Montréal avec encore, à quelques reprises, du grabuge et l’intervention des forces de l’ordre. Ils ont reçu l’appui de quelque 200 personnalités publiques, des artistes, des syndicats et des politiciens. Mais une lettre ouverte signée par un ancien premier ministre, des ex-ministres et des représentants du patronat réclame le retour à l’ordre et en appelle à la sanction du peuple dans ce débat lors de prochaines élections. 

Ce jeudi 3 mai, les étudiants ont manifesté “nus“ dans les rues de Montreal
Quelle issue ?

Le gouvernement, lui, sait que seulement le tiers des étudiants sont en grève et que plus de la moitié de la population ne soutient pas la lutte étudiante… 

Une chose sur laquelle tout le monde s’entend : cette crise ne peut plus durer. Sur le « comment en sortir » par contre, on ne voit pas encore de rapprochement. Se lancer et se relancer la balle devant les micros et les caméras ne fait pas vraiment avancer le Schmilblick, bien au contraire. 

Il va bien falloir, un jour prochain, que les deux parties s’assoient face à face et négocient de bonne foi… de part et d’autres. Comme dans toute négociation qui se respecte, chacun est bien obligé, à un moment ou à un autre, de mettre de l’eau dans son vin…