COP21 : un accord historique et universel ?

©Surfrider Foundation Europe

Samedi 12 décembre 2015 : l’accord de Paris sur le réchauffement climatique est signé. C'est la liesse, le soulagement, la satisfaction... Certaines ONG, pourtant, dénoncent un texte en trompe-l'oeil qui adopte des principes sans préciser les moyens de leur matérialisation.

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Un tournant dans l'histoire... Pour la première fois un accord universel... Une journée historique... Aucun mot n'est assez fort pour exprimer l'élan d'espoir et la confiance suscités par l'adoption, au terme de 12 jours de difficiles négociations, de l'accord de Paris sur le réchauffement climatique. Et chacun de saluer le préambule "révolutionnaire" du texte, qui ancre dans l'accord la dimension sociale du changement climatique : pour la première fois, un accord environnemental mentionne l'égalité des genres, l'autonomie de la femme, l'équité inter-générationelle, le droit à la santé, la justice climatique, le droit au développement et les droits humains.

Sur certains points, à commencer par la limitation du réchauffement climatique à 1,5°C, l'accord de Paris a même dépassé les espérances. "En incluant un objectif à long-terme allant bien en dessous des 2° C, avec une référence à 1,5°C, les gouvernements  envoient un signal fort attestant de leur engagement à s’aligner sur la science," reconnaît le WWF dans un communiqué. “Cet accord est historique dans la mesure où il ouvre la voie à une énergie 100 % verte dont la planète a besoin,” remarque Emma Ruby-Sachs, du mouvement citoyen Avaaz. Elle souligne l'engagement de la société civile qui, depuis des mois, exerce une pression qu'elle veut décisive sur les décideurs : "En manifestant dans la rue, en interpellant les dirigeants, en signant des pétitions, c'est la société civile dans le monde entier qui a rendu possible l'accord de Paris."


Avant même l'adoption du projet par la COP, le porte-parole de la fondation Hulot, Matthieu Orphelin, soulignait les points positifs de l'accord au micro de TV5MONDE :

Reax Greenpeace COP21

Quelques heures après la ratification du texte, c'est Nicolas Hulot qui se félicitait de "renouer avec l'espoir" pour "toutes celles et ceux qui sont déjà dans la tragédie climatique... Le monde regarde et marche enfin dans la même direction." Pourtant, seul l'avenir confirmera si l'accord de Paris est historique : "Tout dépendra des moyens mis en oeuvre pour réaliser les engagements de tous les Etats. Il faudra également revoir à la hausse le plus vite possible les engagements des états les plus développés," ajoute Nicolas Hulot.

Isabelle Autissier, présidente de WWF France, reconnaît l'engagement des Etats pour l’atténuation et l’adaptation, y compris en termes financiers, mais ce qui l'inquiète, c'est l'absence de "garantie de soutien pour ceux qui seront les plus touchés par les impacts du changement climatique, particulièrement les populations les plus vulnérables." 

D'autres voix, plus virulentes, s'élèvent aussi, comme celle de l'ONG Attac, qui affirme que "les Etats ne sont pas prêts à enclencher la révolution climatique » et que le texte franchit "les 'lignes rouges' fixées par la société civile !"

Pas de sanction prévues

Si le WWF reconnaît les progrès que représentent "l’intégration d’un objectif mondial pour l’adaptation, ainsi que l’inscription distincte des pertes et dommages," l'association déplore que ​les moyens qu'exigent l’ambition de l'accord et l’urgence de la situation ne soient "pas encore à la hauteur des enjeux." L'association Attac précise aussi que tout ce qui concernait les responsabilités juridiques des pertes et dommages a été retiré du texte.

De fait, les moyens nécessités par les objectifs de l'accord dépendent du sens de la responsabilité des gouvernements. Mais ceux-ci sauront-ils prendre rapidement des actions et les revoir à la hausse ? Quant aux citoyens et aux acteurs du monde économique, vont-ils continuer à mettre la pression sur les gouvernements ?

Si l'accord de Paris se veut juridiquement contraignant, souligne Attac, "aucun mécanisme n'est mis en œuvre pour sanctionner les Etats qui ne prendraient pas des engagements suffisants, qui ne les mèneraient pas à bien ou qui refuseraient de revoir à la hausse leur ambition... Alors que les accords de libéralisation du commerce et de l'investissement sanctionnent les pays lorsqu'ils ne respectent pas les règles établies, encore rien de tel n’est mis en œuvre pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre.

Pas d'engagements chiffrés pour la baisse des GES

Pour Attac, "l'objectif d’1,5°C ne saurait masquer l’absence d’engagements chiffrés de réduction d’émissions de gaz à effet de serre." D’autant que la COP a entériné des contributions nationales (à la limitation du réchauffement climatique global) conduisant vers un réchauffement supérieur à 3°C !

Et puisqu'aucune date n'est mentionnée pour le pic des émissions, l'objectif de long-terme ouvre la porte aux techniques telles que le stockage et la séquestration du carbone, la compensation carbone et la géo-ingéniérie, qui ne permettent pas de désamorcer la "bombe climatique".

L'aviation civile et le transport maritime exemptés

Ils représentent pourtant près de 10 % des émissions mondiales, soit l’équivalent de l’Allemagne  et de la Corée du Sud réunies. Car si l'accord de Paris mentionne pour la première fois l'océan dans son préambule, il exempte de toute obligation le transport maritime. "Il est inacceptable néanmoins que le transport maritime ne figure pas dans le texte alors qu’il avait été intégré aux premières versions du brouillon de l’accord. Les Etats ont raté ici une occasion unique d’envoyer un signal fort à ce secteur qui figure parmi les grands pollueurs de demain qui représentera jusqu’à 17% des émissions de gaz à effet de serre en 2050 s'il n'est pas régulé," affirme  Antidia Citores, Responsable Lobbying et Contentieux chez Surfrider Foundation Europe.  

Que sont devenus les 100 Mrds d'aide ?

L’association souligne également que les 100 milliards-plancher de financement destinés aux pays les plus démunies ont été renvoyés dans le texte de décision de la COP21, et donc soumis à de nouveaux arbitrages. Pour Attac, ​la transition énergétique n'est pas assurée, notamment dans les pays les plus démunis, où tout dépend de financements qui ne sont pas là, et qui ne sont pas garantis pour l'avenir. 

Attac alerte aussi sur l’absence d’une feuille de route avec des étapes clairement établies qui « met en danger le simple droit à vivre de nombreuses populations à travers la planète. » Azeb Girmai, de l'ONG Watch International, abonde dans ce sens : « C’est le jour le plus triste pour toutes les populations pauvres et vulnérables, notamment dans les pays les moins développés d’Afrique, qui subissent déjà quotidiennement les conséquences du changement climatique et l’accord ne leur donne aucune garantie pour les pertes et dommages qu’elles subissent. La mesure a été retiré en échange de l’objectif de 1,5°C."

Avec toutes ses failles et ses imperfections, l'accord de Paris reste le premier qui emmène tous les pays dans une même direction : un texte fondateur d'un nouvel âge pour la planète davantage que l'aboutissement d'un processus.