Info

Corée du Nord : le rapport de l'ONU qui accuse

"Des violations "systématiques et étendues" des droits de l'homme sont commises par la Corée du Nord et, dans de nombreux cas, elles constituent des crimes contre l'humanité", dénonce une commission d'enquête de l'ONU dans un rapport, le premier à être aussi détaillé. La commission appelle dans ses conclusions le Conseil de sécurité des Nations unies à saisir la Cour pénale internationale (CPI) pour que les responsables de ces crimes rendent des comptes.

dans
Le rapport onusien de 372 pages, le premier à être aussi détaillé, ne fait pas dans l’ambiguïté. Il affirme : "La Commission a établi que des violations systématiques, étendues et grossières des droits de l'Homme ont été et sont commises par la République populaire démocratique de Corée, et dans de nombreuses cas, ces violations constituent des crimes contre l'humanité. Des violations "systématiques et étendues" des droits de l'Homme sont commises par la Corée du Nord et dans de nombreux cas elles constituent des crimes contre l'humanité."                  
La Commission appelle dans ses conclusions le Conseil de sécurité des Nations Unies à saisir la Cour Pénale Internationale (CPI) pour que les responsables de ces crimes rendent des comptes.  Elle estime que "des centaines de milliers de prisonniers politiques ont péri dans des camps pendant les 50 dernières années". Elle énumère les "exterminations, meurtres, esclavages, tortures, viols, les avortements forcés et autres violences sexuelles, les persécutions sur des bases politiques, religieuses, raciales et selon le sexe, les transferts forcés de population, les disparitions et les actes inhumains provoquant de façon délibérée des famines prolongées". 

L'emblème de la Corée du Nord
L'emblème de la Corée du Nord
La réalité brutale

La Chine,  l’un des rares et indéfectibles soutiens du pays (avec la Russie) a réagi sans même attendre la publication officielle de ce rapport percutant. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Hua Chunying s’est adressé à la presse : "Je n'ai pas vu moi-même ce rapport, mais notre position à ce sujet est claire: les questions relatives aux droits de l'homme doivent être résolues grâce à un dialogue constructif sur un pied d'égalité. Soumettre ce rapport à la CPI n'aidera pas à résoudre la question des droits de l'homme dans un pays donné".
A contrario, les États-Unis ont affirmé, par la voix  de  Marie Harf, la porte-parole adjointe du département d’État que ce rapport de l'ONU "montrait de manière claire et sans équivoque la réalité brutale" des violations des droits de l'homme en Corée du Nord et que ce document " reflétait l'opinion consensuelle de la communauté internationale selon laquelle la situation des droits de l'homme en Corée du Nord est parmi les pires au monde

Bureau des Nations-Unies à Genève
Bureau des Nations-Unies à Genève
Nous ne savions pas ?

Les trois juristes de la Commission n'ont pu se rendre en Corée du nord,  en dépit de leur demande. Pour  rédiger ce rapport,  ils  ont interrogé dans de nombreux pays des fugitifs et des témoins. Par ailleurs, la commission met en cause "la réponse inadéquate" toutes ces dernières années de la communauté internationale face à ces crimes et demande que la "communauté internationale accepte la responsabilité de protéger le peuple de la Corée du nord".   L'Australien Michael Kirby, Le président de la Commission d'enquête de l'ONU sur les violations des droits de l'Homme en Corée du Nord,  s’est voulu très clair : "A la fin de la Seconde guerre mondiale, tant de gens ont dit: Nous ne savions pas", a-t-il déclaré.  M. Kirby en présentant son rapport à la presse à l'ONU à Genève. "Maintenant, la communauté internationale sait", a-t-il appuyé à propos des crimes contre l'humanité dénoncés dans le rapport. "Il n'y aura pas la possibilité d'excuser une défaillance d'action en disant: Nous ne savions pas". Interrogé sur le nombre de personnes qui pourraient être tenues responsables des crimes commis en Corée du Nord, il a tenu à préciser qu'"il pourrait y en avoir des centaines", soulignant par ailleurs que le numéro 1 nord-coréen Kim Jong-Un avait lui aussi "une grande part de responsabilité". 

Des activistes anti-Corée du Nord lors d'une manifestation contre le régime de Pyongyang, à Séoul, le 16 février 2014
Des activistes anti-Corée du Nord lors d'une manifestation contre le régime de Pyongyang, à Séoul, le 16 février 2014
Les Kwanli-so

Depuis de nombreuses années, les ONG de défense des Droits de l’Homme dénoncent les innombrables exactions commises en Corée du Nord et pointent en particulier le sort qui est réservé aux prisonniers politiques dans les Kwanli-so, ces camps de travail pour prisonniers politiques. Lors d’un entretien pour Amnesty International, l’un d’eux, Kim Tae Jin, évoquait les conditions épouvantables qui règnent là-bas. Il affirmait : " Dans les Kwanli-so les détenus sont condamnés à vivre dans des conditions inhumaines. D’ailleurs le terme kwanli en coréen désigne un « endroit pour les animaux ». Ces camps sont censés éduquer les prisonniers conformément à l’idéologie du régime. Il s’agit d’une sorte de lavage de cerveau. Il existe deux types de zones dans les camps : la zone de contrôle révolutionnaire et celle de contrôle total dont on ne ressort jamais. J’ai été emprisonné dans la première."
Selon des estimations indépendantes, plus de 200 000 personnes seraient détenues dans des camps de ce genre en Corée du Nord.
Roseann Rife, le directrice des recherches sur l’Asie de l’Est à Amnesty International a réagià la publication du rapport : " Le rapport exhaustif de la commission d’enquête de l’ONU dévoile la terrible réalité de la vie en Corée du Nord. Les violations des droits humains sont hors normes de par leur gravité et leur nature" a-t-elle déclaré.

Les témoignages recueillis par Amnesty International

sujet de Stéphane Leroyer (1'38)
Les témoignages recueillis par Amnesty International