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Corée du Nord : les JO comme nouvelle entente avec la Corée du Sud ?

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Les Jeux Olympiques sont-ils des instruments de paix ou de propagande ? En 1936, l'Allemagne nazie paradait. En 1976 et 1980, le Canada et la Russie ont dû faire avec les boycotts. En 1988, la Corée du Nord s'était vue refuser l'organisation des JO avec sa voisine du Sud. De nouveau, la diplomatie se penche sur les Jeux. A un mois des JO d'hiver organisés par la Corée du Sud, la Corée du Nord a accepté une main tendue.

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La semaine est à marquer d’une pierre blanche dans l’histoire chaotique des relations intercoréennes. Séoul et Pyongyang ont convenu vendredi de tenir une réunion bilatérale de haut niveau au village de la trêve de Panmunjom, situé sur la frontière divisant la péninsule. Si ces pourparlers ont lieu comme prévu ce mardi, il s’agira des premiers du genre depuis décembre 2015.

Epilogue d’une année de tensions extrêmes causées par les provocations nucléaires et balistiques récurrentes de la Corée du Nord, le discours du Nouvel An de Kim Jong-un a finalement ouvert la voie vers un réchauffement diplomatique. Tout en continuant à défier militairement les Etats-Unis, le dirigeant nord-coréen a esquissé un geste en direction de la Corée du Sud en exprimant son intention d’envoyer une délégation aux Jeux olympiques d’hiver de Pyeongchang. Le royaume ermite restait jusque-là muet sur cette question, malgré les nombreux appels de Séoul ces derniers mois. La priorité étant pour le Sud de s’assurer que son turbulent voisin respectera la «trêve olympique» en participant aux Jeux.

Politique du rayon de soleil

Le président sud-coréen, Moon Jae-in, semble enfin récolter les fruits de sa politique du rayon de soleil. Une politique d’ouverture et d’apaisement qu’il mène tant bien que mal depuis le début de son mandat en mai, parallèlement à la mise en œuvre de sanctions contre le régime de Pyongyang. Un cercle vertueux paraît s’être opportunément établi à l’approche des premiers JO d’hiver organisés par la Corée du Sud qui se dérouleront du 9 au 25 février. Le rétablissement de la ligne de communication intercoréenne après deux ans de suspension ainsi que le report au mois d’avril des exercices militaires conjoints de la Corée du Sud et des Etats-Unis ont eu l’effet escompté: Pyongyang a accepté l’offre de dialogue de Séoul.

Le défi est désormais de taille pour l’administration Moon qui doit maintenir les meilleures relations possible avec le Nord, sans pour autant compromettre sa coopération avec Washington sur le dossier nucléaire de Pyongyang.

Fait inhabituel, le régime nord-coréen – dont la rhétorique belliqueuse l’amène parfois à menacer de transformer Séoul en «mer de feu» – a récemment qualifié Moon Jae-in de «président» et a fait état du désir de Kim Jong-un d’améliorer les relations Nord-Sud. De nombreux observateurs voient dans ce brusque revirement un stratagème destiné à créer une brèche entre les deux alliés. Actuellement, 28 500 soldats américains sont stationnés au sud du 38e parallèle, prêts à défendre le Sud contre une éventuelle attaque nord-coréenne. Une alliance vieille de 70 ans, née dans les cendres de la guerre de Corée. Branche d’olivier ou piège machiavélique? Park Won-gon, professeur de sciences politiques à l’Université Handong, se montre plutôt sceptique quant aux intentions affichées par le royaume ermite. «Kim était apparemment préoccupé par le fait que Washington ait de plus en plus la possibilité de recourir à une option militaire. Il a trouvé une issue dans les relations avec le Sud», a-t-il dit à l’AFP.

La classe politique sud-coréenne divisée

La classe politique sud-coréenne demeure divisée vis-à-vis des discussions intercoréennes à venir. Pour Kim Sung-tae, chef de la première formation de l’opposition, «une réunion ayant uniquement pour but l’accueil réussi [de la Corée du Nord] aux Jeux olympiques de Pyeongchang sans évoquer la question de la dénucléarisation n’aurait aucun sens».

Le camp conservateur s’inquiète aussi du fait que Pyongyang pourrait essayer de tirer avantage de sa participation aux Jeux pour ralentir la portée des sanctions internationales et semer la discorde parmi les Sud-Coréens. La formation démocrate au pouvoir a, quant à elle, salué une avancée significative pour renouer les liens intercoréens. Son porte-parole a également prévenu que les disputes politiques ne feraient qu’aggraver la division nationale.

Méfiance américaine

Du côté des Etats-Unis, la méfiance est de mise. L’administration Trump a précisé que, même si elle n’était pas opposée à l’idée de négociation, le dialogue se limiterait aux Jeux olympiques, et qu’il ne devrait pas y avoir de concessions faites aux efforts pour la dénucléarisation complète de la Corée du Nord. Sur ce point, le chef de l’Etat sud-coréen s’est montré clair lors du récent entretien téléphonique avec son homologue américain. Moon y a souligné que les pourparlers intercoréens contribueraient aux efforts conjoints des alliés pour débarrasser le royaume ermite de ses armes nucléaires.

Parmi les sujets de la réunion prévue la semaine prochaine, les deux Corées devraient aborder les détails de la participation nord-coréenne et la possibilité pour leurs délégations respectives de marcher ensemble lors des cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux olympiques d’hiver de Pyeongchang. En 2000 à Sydney, en 2004 à Athènes et en 2006 à Turin, les athlètes du Sud et du Nord avaient défilé sous le même uniforme derrière un drapeau transnational représentant une péninsule coréenne unifiée. Un symbole cher à Moon Jae-in, qui souhaite faire de ces JO un catalyseur pour atténuer les tensions sur la péninsule coréenne.


► Retrouvez l'intégralité de l'article de Louis Palligionao sur le site de nos partenaires suisses Le Temps