Costa Concordia, le péril écologique

Le 13 janvier 2012, un géant des mer venait s'échouer sur le littoral.
Le 13 janvier 2012, un géant des mer venait s'échouer sur le littoral.

La nuit du 12 au 13 janvier 2012, le Costa Concordia s'éventrait sur un rocher à quelques encablures de l'île italienne de Giglio. Bilan : 30 morts et 2 disparus. Au-delà du désastre humain et économique, les autorités italiennes affirmaient, deux mois plus tard, que "la menace d'impact sur l'environnement avait été évitée". Un an après, TV5Monde fait le point sur les conséquences écologiques du naufrage avec Jacky Bonnemain, porte-parole de l'association Robin des Bois.

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Voici un an jour pour jour, un immeuble flottant de 17 étages, 290 m de long et 35 m de large faisait naufrage sur le littoral italien. Depuis, l'épave du géant des mers gît toujours au même endroit, déversant en permanence produits et matériaux toxiques et polluants, telle une immense décharge sauvage et évolutive.

Une bombe écologique à retardement

Giglio, l'île d'Elbe et la Corse
Giglio, l'île d'Elbe et la Corse

Médicaments, produits d’entretien, déchets électriques et électroniques, alimentaires et ménagers, fragments de moquette et d’ameublement… Un an après l’accident, les déchets générés par une petite ville de 4500 habitants continuent à se répandre dans la Méditerranée. Des morceaux de polystyrène et de plastique s’échappent pêle-mêle par des brèches non identifiées dans la coque ; dans la mesure du possible, ils sont collectés par de petits bateaux locaux, mais une récupération systématique est impossible. "Or parmi ces déchets, il y a notamment des tissus synthétiques ignifugés et imprégnés de brome, une molécule toxique soluble dans l’eau de mer," précise Jacky Bonnemain.

L’essentiel, pour l’heure, reste confiné à l’intérieur de l'épave. Le risque majeur, toutefois, c’est qu'elle se disloque, libérant des flux de déchets toxiques pour l’île Giglio, mais aussi pour les côtes de Toscane et pour toute la mer Méditerranée. "Certains couleraient et devraient être collectés sur les fonds marins ; d’autres, en revanche, dériveraient jusqu’à l’île d’Elbe et la Corse, et au-delà," précise Jacky Bonnemain. Des hectares de verre et de plastique, des milliers de tonnes de câbles et de matériaux synthétiques toxiques, menaceraient alors l’écosystème marin.

Car la coque ‘travaille’, soumise à la double pression des 100 000 tonnes d’eau de mer qui se sont engouffrées à l’intérieur, et de la mer Méditerranée  à l’extérieur. Chaque jour qui passe accroît les risques d'une dislocation qui peut survenir d’un jour à l’autre, en fonction des conditions météorologiques. Alors pourquoi, un an après la catastrophe, le Concordia continue-t-il à polluer la vue et l’environnement ?

Un démantèlement acrobatique

L'épave du Costa Concordia, le 10 janvier 2013 (AFP)
L'épave du Costa Concordia, le 10 janvier 2013 (AFP)
Selon le scénario de renflouage initial, défini en mai 2012, le redressement du Costa Concordia devait avoir lieu en décembre 2012 ; fin février 2013, le bateau serait vidé de ses eaux polluées, puis remorqué vers un port de démolition. "C'était un scénario hollywoodien, qui semblait déjà aventureux à certains experts, à l’époque, se souvient Jacky Bonnemain. Notamment parce qu'il impliquait la construction de différents éléments extérieurs pour renflouer l'épave."

Et puis le scénario s'est corsé. Des problèmes techniques sont apparus lors des forages nécessaires à la construction d’une plate-forme de renflouage. "Il s’avère que les résistances du socle granitique ont été très largement sous-évaluées…" explique Jacky Bonnemain. A mesure que les opérations se compliquent, les délais s’allongent et le budget s’alourdit. Les 300 millions de dollars annoncés au départ par le consortium italo-américain Titan Salvage/Micoperi devraient doubler, voire tripler.

Aux dernières nouvelles, les ingénieurs et les autorités italiennes évoquent un rétablissement de l’épave début 2014, voire en été 2014. Or aujourd'hui tous les experts, y compris les responsables des opérations de renflouage, s’accordent pour reconnaître le risque de dislocation de l’épave, notamment au moment du redressement.

Alors pourquoi ne pas avoir démantelé le bateau directement sur place ? "Au départ, cette option, pourtant assez sûre et réaliste, posait problème notamment à cause de tout ce qui restait à l'intérieur de l’épave. Mais si elle n’a pas été retenue, c’est surtout pour épargner les habitants de l’île", se souvient Jacky Bonnemain.


Double peine pour les habitants de Giglio

Le port de Campese, à Giglio
Le port de Campese, à Giglio
Aujourd’hui, le joyau écologique et architectural qu’est l’île de Giglio est menacé par une pollution catastrophique si le Concordia se brise en deux. L’épave étouffe déjà les fonds coralliens et des champs d’anémones de mer sur lesquels elle est couchée, et dont seulement une infime partie a été transférée pour être sauvegardée, selon les autorités italiennes. Plus inquiétant encore, l’île est alimentée en eau potable par une usine de désalinisation située à 300 mètres à peine  de l’épave. Or depuis un an, cette eau est contaminée par le brome, le chlore, les médicaments, lessives et autres produits, qui continuent à se diluer dans l’eau de mer.

"Ce que nous redoutons, c’est que le paquebot s'effrite au bout de deux ans d’effort. Depuis des mois, les riverains encaissent le poids moral de la vision de l’épave, le bruit et l’effervescence des 400 personnes qui y travaillent jour et nuit, logés dans un hôtel flottant." C’est toute la vie de l’île qui est perturbée. Alors si l’enlèvement échoue maintenant, les habitants seront aux premières loges du désastre écologique.

Après le renflouage, l'immersion ?


Quand bien même il pourrait être remorqué à l’écart de l’île, où le paquebot serait-il démoli ? "Cela n’a jamais été dit clairement," dit Jacky Bonnemain. Depuis les années 1970, l’Italie a l’habitude de se débarrasser de ses épaves en les faisant démanteler en Inde ou au Bangladesh. Mais la taille et l’état du Concordia excluent cette éventualité. Les autorités ont évoqué Livourne, puis une cale sèche en Sicile, et maintenant elles parlent du port toscan de Piombino, en face de l’île d’Elbe. "Ce sera déjà un exploit s’ils parviennent à l’acheminer jusqu’à un port dans des conditions de sécurité maximales," s'exclame Jacky Bonnemain. Mais ensuite, l’Italie n’a plus les moyens ni l’expérience requise pour faire face.

"Notre crainte, reprend Jacky Bonnemain, c’est que l’option immersion dans une fosse sous-marine finisse par s’imposer. Car après l’obligatoire retrait des matériaux toxiques à l’intérieur de l’épave, il restera toujours un point noir, un site pollué au fond de l’eau, d’où remonteront les déchets flottants à mesure de leur libération."









Que fait l'Italie de ses épaves ?

Costa Allegra est à la casse en Turquie
Repubblica di Amalfi, de Grimaldi Lines, est en démolition en Inde
37 autres navires appartenant à des intérêts italiens sont partis à la casse en 2012, mais aucun  en Italie (19 en Inde, 10 en Turquie, 7 au Bangladesh).