Côte d'Ivoire : attaque meurtrière à Grand-Bassam

Des hommes armés de kalachnikovs ont déclenché une attaque meurtière dimanche à Grand-Bassam, à environ 40 km de la capitale économique du pays
Des hommes armés de kalachnikovs ont déclenché une attaque meurtière dimanche à Grand-Bassam, à environ 40 km de la capitale économique du pays
capture d'écran Youtube

Le dernier bilan fait état de 18 morts, dont quatre Français. Des assaillants lourdement armés ont attaqué, dimanche 13 mars à la mi-journée, un hôtel de la station balnéaire ivoirienne de Grand-Bassam.  Le groupe Al-Mourabitoune (Aqmi) revendique l'attentat.

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Lundi 14 mars, le bilan de l'attaque terroriste de Grand-Bassam s'est alourdi, passant de 16 à 18 morts. Selon le ministre de l'Intérieur ivorien, Hamed Bakayoko, quatorze civils et trois membres des forces de sécurité ivoiriennes ont péri et "trois terroristes ont été abattus". Il a promis plus de précisions sur l'identité des victimes, comme celle des assaillants, une fois que le procureur aurait procédé aux "identifications complètes". Pour le moment, quatre Français et une Allemande figurent parmi les victimes.

Par ailleurs, Hamed Bakayoko, qui s'est exprimé au nom du gouvernement lors d'une conférence de presse, a indiqué qu'un deuil national de trois jours a été décrété. La sécurité va également être renforcée aux "endroits stratégiques et dans les lieux accueillant le public (...) écoles, ambassades, sièges internationaux, résidences diplomatiques (...) et aux frontières".

"Le but recherché (des jihadistes) c'est de faire peur. La première réponse c'est de ne pas avoir peur. Nous, les Ivoiriens, demeurons debout", a-t-il ajouté. Hamed Bakayoko s'est montré confiant quant à l'impact de l'attaque sur l'économie : "la Côte d'Ivoire, sa marche ne va pas s'arrêter". Il a aussi reconnu que les "forces de sécurité ont déjoué déjà pas mal de tentatives par le passé. Cela fait quelques années que notre pays est ciblé".

Le groupe Al-Mourabitoune (AQMI) a revendiqué l'attentat dimanche soir.

Ce mardi 15 mars, les ministres français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault et de l'Intérieur Bernard Cazeneuve se rendront à Abidjan pour exprimer la solidarité de la France à l'égard de la Côte d'Ivoire.
 

Le bilan provisoire est de quatorze civils et de deux militaires tués, selon le président Ouattara
Le bilan provisoire est de quatorze civils et de deux militaires tués, selon le président Ouattara
(capture d'écran)
Le président ivoirien Alassane Ouattara, s'est rendu sur place dimanche après-midi.


Selon le ministère de l’Intérieur de la Côte d'Ivoire, il a 33 blessés dont 26 sont toujours hospitalisés.

Le prince Charles-Philippe d’Orléans, ancien officier de l’armée de terre et son épouse Diane étaient sur la plage de Grand-Bassam lors de l’attaque. Il témoigne pour Paris Match  : "Ce devait être cinq minutes après notre arrivée.  Sans doute un calibre 22 LR. On aurait dit un pétard. Il y avait un monde fou sur cette plage à laquelle les Ivoiriens accèdent en payant. Tout le monde s’est figé un instant. Puis il y a eu un second coup de feu, du 9 mm sans doute, et là tout le monde s’est mis à courir dans tous les sens. Nous avons rejoint mon épouse et nos autres amis, et sommes restés ainsi à l’abris quelques minutes. Puis, comme il ne semblait plus rien se passer, je suis reparti sur le sable vers la mer pour me baigner. Et là, ça a commencé à tirer dans tous les sens. Retour aux abris. J’ai téléphoné à un ami qui lui se trouvait à deux hôtels de là. Je lui ai dit : « c’est chaud ici, ça tir… » Il a cru d’abord à une plaisanterie. Puis il a entendu les coups de pistolets qui résonnaient sur le mur derrière moi."

Un responsable militaire sur place, interrogé par Alexis Adélé, contributeur du Monde Afrique, a affirmé dimanche que "les assaillants étaient jeunes, préférant garder l’anonymat, et exigeaient que leurs victimes crient Allah Akbar avant de les abattre."
 

Sur son site internet, le consulat général de France à Abidjan demande aux ressortissants français notamment de ne pas se déplacer entre Assinie, Bassam et Abidjan « pour ne pas gêner l’action des forces de l’ordre ».

La France a ouvert des cellules de crise à Paris et à Abidjan après l'attaque meurtrière en Côte d'Ivoire.


"Tout est mis en œuvre pour identifier les victimes et leur nationalité", a indiqué le chef de la diplomatie Jean-Marc Ayrault dans un communiqué, en annonçant la mise en place de deux numéros d'urgence.

À Paris, il s'agit du 01 43 17 56 46, et à Abidjan du 00 225 20 20 05 44.

Selon le ministère des Affaires étrangères, près de 18 000 Français sont recensés en Cote d'Ivoire.

François Hollande a indiqué que la France va "apporter son soutien pour retrouver les agresseurs". Le communiqué de l'Élysée ajoute que "la France apporte son soutien logistique et de renseignement à la Côte d'Ivoire pour retrouver les agresseurs. Elle poursuivra et intensifiera sa coopération avec ses partenaires dans la lutte contre le terrorisme. Le président de la République témoigne aux victimes et à leurs familles la solidarité de la France".

Un témoin cité par RFI affirme que les coups de feu venaient de la plage, à proximité des nombreux hôtels du secteur. Selon le site Connexion ivoirienne, les tirs ont débuté à l’hôtel Koral Beach pour continuer dans les établissements environnants. "Ça tire sur tout le monde sans tri. Ils avancent d’hôtel en hôtel", a indiqué un témoin au site internet. De son coté, RFI fait état d'une attaque sur l'hôtel "Etoile du sud".

Une vidéo diffusée par un témoin sur internet montre au moins sept corps couchés sur le sol
Une vidéo diffusée par un témoin sur internet montre au moins sept corps couchés sur le sol
(capture écran Youtube)

RFI a recueilli le témoignage d'Eugène Kakou, un journaliste ivoirien présent sur place au moment de l'attaque : « On était au bord de l'eau quand il y a eu des coups de feu. Des gens ont dit au départ ce sont des pétards, des gens fo un anniversaire. Mais moi ayant fait l'armée, je sais ce que c'est. J'ai entendu les coups de feu, il devait être 12h45 ou 13h... Tout le monde a commencé à se sauver, moi je suis allé me planquer d'abord dans les chiottes, et puis ça tirait, ça tirait, très fort, ça ne devait pas être des mitraillettes, peut-être des pistolets, une vingtaine ou une trentaine de coups de feu. Quand je suis ressorti des chiottes, une fille est arrivée elle était couverte de sang, elle disait 'ils ont tué mon fiancé' ».

Un ressortissant français au moins figure au nombre des victimes, a-t-on appris auprès du ministère français des Affaires étrangères
Un ressortissant français au moins figure au nombre des victimes, a-t-on appris auprès du ministère français des Affaires étrangères
(capture d'écran tweet Libération)

Grenades et chargeurs de kalachnikovs

Des vidéos circulent sur Facebook, montrant des touristes fuyant les tirs, dans un des hôtels de Grand Bassam, l’Etoile du Sud. D’autres images, sur Facebook et Twitter, montrent plusieurs corps ensanglantés sur la plage.

Les photos publiées sur les réseaux sociaux montrent que la police a investi massivement le secteur. Des véhicules militaires, transportant des mitrailleuses lourdes, et des chasseurs traditionnels dozo armés se dirigeaient également vers le lieu de la fusillade. Le pont reliant la partie historique de la ville, qui fut capitale du pays de 1893 à 1900, à la lagune sur laquelle se situent la plupart des hôtels, a été coupé à la circulation.

Les assaillants ont abandonné une partie de leur équipement, dont la photo circule sur Twitter : trois grenades et des chargeurs de kalachnikov.

Le hashtag #PrayForBassam, aux côtés de #YakoBassam («On pense à toi Bassam)» s'est aussitôt répandu sur Twitter.