Côte d'Ivoire : l'impossible unification?

Mutins à Bouaké

Les mouvements de mutinerie qui troublent la Côte d'Ivoire sporadiquement depuis janvier ont repris lundi à Bouaké et Abidjan. Le journaliste et écrivain Seidik Abba répond à trois questions sur la situation. 

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Seidik Abba

Pourquoi les mutineries se répètent-elles dans le pays?
On peut l'expliquer par la nature du régime : les militaires actuels sont d'anciens rebelles des Forces nouvelles qui ont accompagné la prise de pouvoir par Alassane Ouattara. Ils attendent aujourd'hui les retombées de cette action à laquelle ils ont participé. 
Ils remarquent que beaucoup de leurs compagnons de conquête de pouvoir se sont enrichis. Parmi eux, des militaires, ceux qu'on appelait les "com-zones", qui font des démonstrations de leur richesse. Les autres se sentent laissés-pour-compte, ils estiment que la richesse n'a pas été redistribuée. 
Lorsque le pouvoir a cédé en promettant des primes aux rebelles pour les calmer lors des premières mutineries, il a ouvert une boîte de Pandore. Il pensait que c'était une solution, mais cela ne pouvait que se répéter : seule une partie de l'armée ivoirienne a reçu les premières primes. Le pouvoir n'a pas joué la carte de la fermeté, il a pensé qu'il pouvait acheter le silence et le retour dans les rangs de ces militaires. Il était évident qu'il y avait le risque que ceux qui ne l'ont pas reçue puissent se dire "pourquoi pas nous?" 
Dernier point, toute la phase de DDR (désarmement, démobilisation et réintégration) a pris du retard. Même si récemment le gouvernement a approvisionné 200 milliards de francs CFA pour cette opération, il est en retard et de nombreux militaires ne voient pas de perspectives. Tous ces éléments provoquent des mutineries répétitives en Côte d'Ivoire. 

Pourquoi la ville de Bouaké est l'épicentre des mutineries? 
C'est de cette ville qu'est partie la conquête du pouvoir par Alassane Ouattara. C'était le quartier général des Forces nouvelles. Les forces qui sont à Bouaké ont encore des réflexes d'anciens rebelles. Ils sont une force de revendication, plus que les militaires qui sont dans d'autres villes. 

Pensez-vous que le président Alassane Ouattara a vraiment envie de régler le problème des mutineries? 
Bien sûr, il est très embêté par cette situation. Les mutineries interviennent alors que la Côté d'Ivoire commence à reprendre son souffle économique. L'économie est partie d'une croissance négative, elle est aujourd'hui à 9 ou 10%. Toutes ces rébellions vont encore effrayer les investisseurs, notamment les étrangers. La stabilité du pays va être mise en cause.