Côte d'Ivoire : suspension des syndicats étudiants

Les syndicats étudiants de Côte d'Ivoire sont interdits d'activité depuis le 21 juillet 2016 sur décision du gouvernement.
Les syndicats étudiants de Côte d'Ivoire sont interdits d'activité depuis le 21 juillet 2016 sur décision du gouvernement.
© Thinkstock

Le gouvernement ivoirien a décidé en conseil des ministres ce mercredi 21 juillet 2016 de suspendre toutes activités syndicales étudiantes dans le pays. Une annonce qui intervient deux jours après de violents affrontements entre étudiants et policiers à l'université Félix-Houphouët-Boigny, à Abidjan.

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La tension est encore montée d'un cran entre syndicats étudiants et autorités ivoiriennes. Ce lundi 18 juillet 2016, de nouvelles violences ont éclaté dans l'enceinte de l'université Félix-Houphouët-Boigny, la plus importante du pays.

Les forces de l'ordre sont intervenues pour mettre un terme à un nouveau rassemblement non autorisé, initié par la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (Fesci), syndicat le plus influent. Mais la situation a rapidement dégénéré : de nombreux étudiants ont été blessés et près d’une trentaine de personnes interpellées, selon un bilan provisoire. "Des bureaux ont été saccagés et des véhicules incendiés par les étudiants en colère", a rapporté la télévision nationale, faisant état "d'heures chaudes vécues par l'Université de Cocody (commune où se trouve l'université)"

Résultat : tous les syndicats de toutes les universités de Côte d'Ivoire sont interdits d'activité jusqu'à nouvel ordre, a annoncé le gouvernement mercredi 21 juillet à l'issue du conseil des ministres.

"Ces syndicats créent un climat de terreur sur nos campus. Nous assistons tous les jours à des scènes d'affrontements entre les étudiants et les forces de l'ordre. Et malheureusement, ces étudiants qui manifestent ne sont pas en cours alors que la finalité c'est justement que ces jeunes apprennent pour un jour servir la Côte d'Ivoire", a déclaré le porte-parole du gouvernement, Bruno Koné.
 

Dénoncer les conditions d'études


Depuis une semaine, la Fesci renouvelle ses appels à la grève pour protester contre les conditions d'études. Joint par RFI, Allah Saint Clair, le vice-président de l'organisation, a notamment revendiqué la nécessité de régler les problèmes des logements, d'octroyer plus de bourses et d'installer le wifi à l'université. 

Ce lundi 18 juillet, le syndicat s'est mobilisé contre la décision d'expulser des étudiants à la fin du mois, pour effectuer des travaux dans les résidences universitaires en vue de l'accueil des athlètes lors des jeux de la Francophonie organisés en Côte d'Ivoire en 2017. 

Mais d'après un membre de la Fesci interrogé par Jeune Afrique, « les violences sont issues de la conjugaison de nombreux facteurs. Les Jeux de la francophonie sont un prétexte. Nous réclamons depuis longtemps le départ de la police de l’université après l’assassinat d’un des nôtres le mois dernier. » Le 17 juin dernier, un étudiant est décédé, renversé par une véhicule de police.

Université Félix-Houphouët-Boigny à Abidjan, où de nouveaux heurts ont eu lieu entre étudiants et forces de l'ordre lundi 18 juillet 2016.
Université Félix-Houphouët-Boigny à Abidjan, où de nouveaux heurts ont eu lieu entre étudiants et forces de l'ordre lundi 18 juillet 2016.
© Wikicommons

Le départ des forces de l'ordre n'est pour le moment pas à l'ordre du jour. Outre la suspension des activités syndicales étudiantes, le porte-parole du gouvernement a également annoncé ce mercredi le maintien des policiers à l'université Houphouët-Boigny "uniquement pour protéger la sécurité des biens et des personnes".
 
De son côté, la Fesci a promis de nouvelles mobilisations, malgré la décision de suspension du gouvernement.

La Fesci, syndicat puissant mais critiqué


Créée en 1990 à l'avènement du multipartisme, la Fesci, proche de l'opposition, est à l'origine de manifestations parfois violentes sur le campus d'Abidjan. Ses détracteurs la qualifient de milice et certains responsables du parti au pouvoir réclament sa dissolution depuis quelques mois.

Quant aux ONG nationales et internationales, elles l'ont souvent accusée de violences à l'égard des opposants de l'ex-président Laurent Gbagbo, ainsi que de racket en milieu étudiant.