Criminels étrangers: non, le peuple ne se sent pas UDC

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Pour le parti de la droite dure, qui avait crû incarner le respect de la volonté populaire, l'échec annoncé de son initiative de mise en oeuvre aura une très lourde signification symbolique.

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ANALYSE. C'est à un désaveu cinglant que doit désormais s'attendre l'UDC. Pour le parti, l'échec qui s'annonce au vu des premiers résultats recèle une très lourde signification symbolique, qui va bien au-delà du rejet de ses propositions – extrêmes – pour l'expulsion des délinquants étrangers.

Toute la raison d'être de l'initiative de la droite dure reposait en effet sur l'idée que la classe politique – Conseil fédéral, Parlement, partis – avait trahi la volonté populaire exprimée en 2010 avec l'acceptation de la première initiative de l'UDC sur le renvoi des délinquants étrangers. Depuis le lancement de sa seconde initiative en 2012 jusqu'à ces derniers jours, l'UDC se campait en seule dépositaire légitime de ce que le peuple voulait et pensait. Héraut de la souveraineté populaire, le parti croyait infliger une cruelle leçon de démocratie aux institutions, aux partis, aux médias, à toute cette intelligentsia « droit de l'hommiste » qu'elle abhorre et qu'elle brocarde à chaque meeting.

Eh bien non : le peuple ne semble pas se sentir trahi par la manière dont le législateur, après le vote de 2010, a choisi de réserver malgré tout la marge d'appréciation des juges, ceci afin de tenir compte des principes essentiels de l'Etat de droit et d'éviter de placer la Suisse en contradiction avec la Convention européenne des droits de l'Homme et l'accord sur la libre circulation des personnes avec l'UE.

Le peuple ne s'élève contre cette traduction libre de la première initiative. Le peuple ne s'élève pas contre le droit international et les juges étrangers. Le vote des Suisses, si les projections se confirment, sera un vote de confiance en faveur des institutions et des principes qui les sous-tendent, en particulier celui de la séparation des pouvoirs et du respect des traités.

Un «non» qui revient de loin 

Il reste néanmoins à comprendre en profondeur pourquoi cette fois, après de nombreux scrutins qui semblaient démontrer le contraire, les électeurs seront restés majoritairement sourds aux appels incantatoires de l'UDC, brandissant le respect de la volonté populaire comme un sceptre. Lassitude des citoyens face aux ficelles dont l'UDC use et abuse ? Impression d'être pris en otages ? Prise de conscience des enjeux juridiques et internationaux particulièrement délicats en cas d'acceptation ? 

La mobilisation du camp du non à partir de la fin janvier aura en tout cas été impressionnante et a eu sans nul doute un impact déterminant sur le résultat de dimanche. Les adversaires reviennent pourtant de très loin. La tragédie parisienne de novembre, le débat qui s'en est suivi en France sur la déchéance de nationalité, puis les agressions de Cologne ont créé un climat peu propice à l'expression de scrupules juridiques, mais très favorable en revanche aux solutions expéditives.

Pour ne rien arranger, les milieux économiques avaient décidé ne pas investir de fonds dans une campagne qui, arguaient-ils, ne touchait pas directement leurs intérêts. Le retournement auquel on a assisté ces dernières semaines, la force de protestation exprimée par le camp du non n'en sont que plus remarquables – et la défaite de l'UDC plus significative encore, dans un contexte qui aurait dû lui être favorable.

Une victoire de courte durée

Mais le répit, si la victoire du non se confirme, sera de courte de durée. La mise en application de l'initiative contre l'immigration de masse, elle, ne devrait pas pouvoir se faire sans un nouveau scrutin populaire, qui promet une campagne houleuse. Et un autre affrontement se profile déjà sur les juges étrangers, avec l'initiative de l'UDC, actuellement en phase de récolte des signatures, pour la primauté de la volonté populaire sur le droit international.

Les thématiques qui ont animé la campagne de ces dernières semaines ne vont donc pas disparaître de l'agenda politique, mais l'échec annoncé de l'UDC ce dimanche marquera peut-être un tournant.

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