Crise au Venezuela : la traque des auteurs de l'attaque militaire

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Le président Nicolas Maduro a promis d'arrêter les responsables de "l'attaque terroriste" survenue dimanche contre une base militaire. De plus en plus isolé, le pouvoir vénézuélien veut éviter une contagion dans les rangs de l'armée.

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Les autorités vénézuéliennes traquaient mardi les auteurs présumés de l'"attaque terroriste" contre une base militaire à Valencia (nord) et tentaient de rassurer sur "l'unité" de l'armée afin d'éviter une contagion dans les rangs.


L'opposition, de son côté, a maintenu la pression sur le président socialiste Nicolas Maduro. Elle a appelé à barrer des routes mardi à travers le pays pendant six heures.

Le ministre de la Défense et chef des Forces armées, le général Vladimir Padrino Lopez, a indiqué qu'une opération de l'armée était en cours pour capturer l'ex-capitaine de la Garde nationale, Juan Carlos Caguaripano et le lieutenant Jefferson Gabriel Garcia, considérés comme les fomentateurs de l'attaque dimanche du fort Paramacay par une vingtaine d'hommes armés.

Pour le général Padrino Lopez, apparu dans une vidéo entouré de trois tanks, un véhicule blindé et des soldats en armes, ces hommes sont des "ennemis de la nation"."Ayez la certitude que nous pouvons compter sur une force armée nationale bolivarienne unie dont le moral est au plus haut", a-t-il martelé.


Le leader de l'opération, Juan Carlos Caguaripano, apparu avant l'attaque dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux où il se dit "en rébellion légitime" contre "la tyrannie assassine de Nicolas Maduro", a été radié de l'armée en 2014 pour désobéissance.


Il avait alors refusé de reconnaître cette sanction qui était selon lui "d'ordre politique". Dénonçant ensuite la "répression" des forces de sécurité lors de manifestations anti-Maduro durement réprimées qui avaient fait à l'époque 43 morts, il avait fui au Panama. Jefferson Gabriel Garcia est lui un militaire complice des assaillants, chargé de garder le stock d'armes qui ont été dérobées, selon les autorités.

Traitre ou patriote ?                 

                  
Le capitaine Javier Nieto Quintero, un officier passé à la clandestinité, qui dit faire partie du mouvement du capitaine Caguaripano, a affirmé à l'AFP que ce dernier est "un patriote, un soldat avant tout, un homme de principes".
"Nous ne sommes ni terroristes ni paramilitaires", a-t-il ajouté, assurant que le commando a réussi son objectif de subtiliser "entre 98 et 102 fusils, de calibres 156 et AK-47".


Le ministre de la Défense a lui réaffirmé qu'il s'agissait d'une "attaque terroriste" exécutée par des "mercenaires (...) payés depuis Miami par des groupes d'extrême droite" liés à l'opposition à Nicolas Maduro.


Il a également confirmé la mort de deux des assaillants et que trois militaires vénézuéliens avaient été blessés, dont un grièvement. Huit autres assaillants ont été arrêtés tandis qu'une dizaine d'autres, dont MM. Caguaripano et Garcia, ont réussi à prendre la fuite.


Tentant d'étouffer tout mouvement de rébellion dans les rangs de l'armée, le général Padrino a nié qu'il s'agisse d'une "insurrection militaire".
Pour les experts, l'incident de dimanche est pourtant bien le reflet d'un certain malaise au sein de la puissante armée vénézuélienne, appelée depuis des mois par l'opposition à la rejoindre.


"Cela indique le mécontentement croissant dans les rangs moyens de la police et de l'armée, même si le haut commandement militaire reste allié au gouvernement", commente à l'AFP Diego Moya-Ocampos, analyste du cabinet britannique IHS.
"On peut s'attendre à de nouveaux incidents à mesure qu'augmente ce malaise", prédit-il.
                  

Cyberattaque               

                  
Lundi, les sites internet du gouvernement, de la Cour suprême ou encore du Parlement, ont été la cible d'une cyberattaque. Un groupe de hackers a revendiqué l'opération, appelant à descendre dans la rue et à soutenir les militaires ayant attaqué la base.


L'attaque du fort Paramacay renforce la tension au Venezuela, dont la profonde crise politique et économique suscite les critiques de la communauté internationale, inquiète de la dérive autoritaire de Nicolas Maduro, élu en 2013.


Car le chavisme - du nom d'Hugo Chavez, président de 1999 jusqu'à sa mort en 2013 -, dont l'hégémonie avait été brisée par la victoire de l'opposition aux élections législatives fin 2015, a repris désormais la main sur l'ensemble des institutions.


Fin juillet, M. Maduro a fait élire une Assemblée constituante, contestée par l'opposition et par une grande partie de la communauté internationale.
Pouvant dissoudre le Parlement actuel, dominé par l'opposition, et réécrire la Constitution de 1999, elle a commencé ses travaux samedi en destituant la procureure générale Luisa Ortega, chaviste devenue ces derniers mois l'une des principales adversaires de M. Maduro.


Lundi, le parlement s'est plaint que des membres de l'Assemblée, dont sa présidente Delcy Rodriguez, aient forcé la porte de l'hémicycle où il siège habituellement, avec l'aide de militaires.


Le Venezuela semble chaque jour plus isolé sur la scène internationale, critiqué par les Etats-Unis et suspendu du Mercosur, le marché commun sud-américain.
Mardi, les ministres des Affaires étrangères de quatorze pays latino-américains se réunissent à Lima afin de discuter de la crise. Le président colombien, Juan Manuel Santos, a averti qu'une rupture diplomatique avec le Venezuela "pourrait arriver", même s'il a estimé qu'une telle mesure poserait plus de problèmes qu'elle n'apporterait de solution.