Crise des migrants au Canada : le point sur la situation

Une famille de migrants haïtiens en provenance des Etats-Unis arrêtée par les forces de l'ordre dans la province de Québec ce lundi 7 août 2017. (AP Photo/Charles Krupa)

Depuis des semaines, ils débarquent quotidiennement par centaines à la frontière entre le Québec et les États-Unis pour entrer illégalement au Canada et y demander l’asile. Il s’agit en grande majorité d’Haïtiens qui étaient installés aux États-Unis depuis des années mais qui fuient les politiques anti-immigration du nouveau résident de la Maison Blanche, Donald Trump.

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Actuellement, plus de 2 600 de ces demandeurs d’asile sont hébergés temporairement à Montréal. Et on s’attend à ce que ces arrivées se poursuivent, ce qui fait craindre à plusieurs que cette crise ne fait que commencer.

Pourquoi ces Haïtiens fuient-ils les ÉU ?

Ces Haïtiens ont trouvé refuge aux États-Unis à la suite du séisme qui a dévasté leur pays en 2010. Le président Obama leur avait alors accordé un statut de protection temporaire qui leur permet de travailler et vivre légalement aux États-Unis. Ce statut est reconduit régulièrement par les autorités américaines. Mais Donald Trump a menacé d’y mettre fin dès janvier prochain, semant ainsi la panique au sein des quelque 58 000 Haïtiens placés sous ce régime spécial. Les craintes de se faire rapatrier dans leur pays d’origine poussent nombre d’entre eux à tenter leur chance au Canada, plus particulièrement au Québec, la province francophone où vit déjà une importante communauté haïtienne. Ils entrent illégalement au Canada parce que s’ils se présentaient à un poste frontière en réclamant l’asile, les douaniers les ramèneraient illico aux États-Unis en vertu d’une entente qui prévaut entre le Canada et les États-Unis depuis 2004, selon laquelle une personne qui a demandé asile aux États-Unis ne peut pas présenter cette demande au Canada… sauf s’il y entre illégalement. 

L’armée en renfort

Les autorités canadiennes sont débordées par cet afflux incessant de migrants. En particulier les douaniers du poste frontière de Lacolle, situé à une soixantaine de kilomètres au sud de Montréal, où ces « réfugiés » sont conduits après avoir été interceptés par les policiers canadiens. L’armée canadienne a donc été appelée en renforts pour installer un camp de base, composé d’une trentaine de tentes, afin d’accueillir les migrants. Ils peuvent rester entre 2 et 4 jours à ce poste frontière, le temps que les douaniers vérifient leurs antécédents judiciaires et leur état de santé avant de leur donner l’autorisation de rester sur le territoire canadien et de transférer leur demande d’asile à la Commission de l’immigration et du statut de réfugié au Canada. Après quoi, les migrants acceptés sont emmenés vers Montréal.

Ce camp de base à la frontière, qui prend des allures de camp de réfugiés, a été pris en charge par la Croix rouge canadienne qui veille à offrir à ces migrants de la nourriture et des soins de santé au besoin. On parle d’une capacité d’accueil de 700 personnes mais il y aurait actuellement plus de mille migrants au poste-frontière de Lacolle.  

Ouverture de centres d’accueil

Après le stade olympique, réquisitionné pour la première fois de son histoire pour accueillir des centaines de migrants, c’est au tour d’un ex-hôpital montréalais, le Royal Victoria, de se transformer en centre d’accueil. Le migrant une fois installé dans un de ces centres est pris en charge par des organismes spécialisés et il reçoit de l’aide financière de la part du gouvernement du Québec, ce qui va lui permettre de subvenir à ses besoins, le temps que sa demande d’asile soit examinée par les autorités canadiennes. Et justement, là est le problème : étant donné le nombre important de demandeurs d’asile, les fonctionnaires chargés de les traiter sont débordés. La démarche qui prend donc en moyenne moins de six mois risque d’être plus longue pour ces Haïtiens. « Les rendez-vous – avec les services d’immigration – normalement, quand ça se faisait, ça pouvait se faire quelques jours après l’arrivée. Mais maintenant, les clients que j’ai vus avaient leur rendez-vous au mois de novembre » a déclaré Stéphanie Valois, avocate spécialisée en droit des réfugiés lors d’une entrevue à Radio-Canada. 

Quelles sont les chances d’obtenir l’asile ?

Et leurs chances d’obtenir l’asile au Canada ne sont pas si grandes que ça. Car pour l’obtenir, il faut démontrer que l’on est persécuté dans son pays d’origine pour des motifs politiques, religieux ou sociaux. Les arguments d’ordre économique – fuir la pauvreté, un taux de chômage élevé etc. – ne sont pas recevables. Les Haïtiens qui viennent donc d’arriver ici doivent démontrer qu’ils ne peuvent pas retourner en Haïti pour des questions de sécurité car leur vie serait alors en danger. Le fait qu’ils aient également passé les dernières années aux États-Unis jouent en leur défaveur. Leurs chances augmentent toutefois s’ils ont de la famille ou des connaissances au Canada. Bref, rien ne leur garantit que le Canada leur accorde cet asile tant espéré. Et si leur demande est rejetée, ils sont effectivement renvoyés en Haïti. Malgré tout, ils décident de s’embarquer dans cette galère, car ils se disent qu’ils n’ont rien à perdre. 

Du côté du gouvernement canadien

Le gouvernement québécois prend en charge une grande partie des dépenses liées à l’accueil de ces migrants, mais il n’a pas le pouvoir de statuer sur ces demandes d’asile que seul le gouvernement canadien peut accepter ou non. Québec demande donc à Ottawa de prendre les mesures nécessaires pour accélérer le traitement de ces demandes d’asile, ce que le gouvernement Trudeau promet de faire. Mais les autorités fédérales craignent que ces arrivées estivales d’Haïtiens ne soient que le début d’une crise à venir et redoutent l’arrivée possible de migrants de nationalité salvadorienne. Ils seraient quelque 465 000 Salvadoriens en situation illégale aux États-Unis.

Le gouvernement canadien passe donc des messages régulièrement pour avertir ces migrants que rien ne garantit que leur demande d’asile soit acceptée au Canada. Le ministre canadien de l’Immigration a même été encore plus direct la semaine dernière à ce sujet : « Nous n’encourageons pas les passages clandestins à la frontière, ce n’est pas sécuritaire, a déclaré Ahmed Hussen, nous voulons que les demandes d’asile soient faites dans le premier pays sécuritaire dans lequel les migrants sont arrivés. Dans ce cas-ci, il s’agit des États-Unis ». Le premier ministre Justin Trudeau, de son côté, a vanté la solidité du système d’immigration du Canada, se faisant rassurant auprès des Canadiens. 

Depuis janvier, le Québec a reçu plus de 6500 demandes d’asile, soit le tiers des demandes présentées au Canada. Le Canada est en train de vivre l’une des conséquences directes de l’arrivée au pouvoir de Donald Trump aux États-Unis.