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Crise étudiante : à nouveau l'impasse au Québec

Nouvel épisode dans le feuilleton qui secoue le Québec depuis maintenant 4 mois : jeudi en fin d’après-midi, après 4 jours d’intenses discussions, la ministre de l’Éducation du Québec Michelle Courchesne a quitté la table de négociations. « C’est l’impasse » a-t-elle déclaré aux médias. Échec donc de cette quatrième rencontre entre les leaders étudiants et le gouvernement. Échec et … retour à la case départ ? C’est la faute à… 

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Évidemment, les deux parties se rejettent mutuellement la responsabilité de cet échec. Le gouvernement accuse les étudiants d’intransigeance, les étudiants, eux, parlent de mauvaise volonté de la part du gouvernement et de se faire du capital politique sur leur dos. Ce qui est évident, c’est qu’effectivement, il y a impasse et qu’un fossé les sépare, un fossé tel qu’on se demande s’il sera un jour possible de les rapprocher. Beaucoup d’ailleurs, dont l’une des associations étudiantes, jugent que l’intervention d’un médiateur est la seule option possible. 
Les deux parties se sont livrés une guerre de chiffre durant ces 4 jours de négociations. Le gouvernement aurait d’abord accepté de réduire de 35$ par an les 254$ d’augmentations des frais de scolarité prévues pour les 7 prochaines années. Une offre jugée insuffisante par les étudiants. Puis le gouvernement est revenu avec une deuxième offre, celle de limiter à 100$ cette hausse pour la première année, puis 254$ pour les années suivantes. Les étudiants, eux, proposaient  un gel des frais de scolarité pour les 2 prochaines années, suivi de cinq années d’augmentation de 254$. 
Bref, comme on peut le voir, les différences en termes de chiffres ne sont pas si majeures. Le fossé, il est bien plus au niveau idéologique.  D’un côté, un gouvernement qui refuse de céder, de plier et de « perdre la face » comme on dit, de l’autre, des étudiants qui campent sur leur position de gel des frais de scolarité et de moratoire. Les leaders étudiants se voyaient probablement mal arriver devant leur base avec une entente présentant peu de gains et se faire dire par les membres de leurs associations « ben voyons donc, tout ça pour ça ? »

Le premier ministre Jean Charest et la nouvelle ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne.
Le premier ministre Jean Charest et la nouvelle ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne.
Les casseroles s’invitent dans le bal des festivals

Cette intransigeance de part et d’autre nous amène donc à un retour à la case départ alors que le conflit va entrer dans sa 16ème semaine. Et alors que la valse des grands événements va bientôt commencer à Montréal et à Québec, dont le Grand Prix de Formule 1 et les Francofolies de Montréal qui débutent le 7 juin prochain.  On risque donc d’entendre, entre les vroum vroum des bolides, les claquements des talons hauts du jet set sur le pavé montréalais et les spectacles extérieurs des Francofolies dans le centre-ville,  la cacophonie tonitruante des casseroles qui se déchaîne tous les soirs dans les rues de Montréal et de Québec – et même ailleurs dans la province car le phénomène des casseroles, très populaire, s’est répandu comme une traînée de poudre d’un bout à l’autre du Québec au cours des derniers jours et même jusque dans le reste du Canada ! 
Le premier ministre Jean Charest a d’ailleurs lancé un appel au calme et à la responsabilisation des leaders étudiants pour leur demander de ne pas venir perturber ces événements qui attirent chaque année des milliers et des milliers de touristes. Le maire de Montréal ne cache pas son inquiétude et se dit « très très déçu » par l’échec de ces dernières négociations.  Les commerçants s’inquiètent eux aussi et les organisateurs des événements sont sur les dents car les étudiants grévistes n’ont pas caché leur intention de se servir des tribunes que sont ces événements pour faire entendre leurs voix – et leurs casseroles bien sûr. 
D’ici là, le premier ministre a répété que la porte du gouvernement restait ouverte aux leaders étudiants, qui eux ont regretté que la ministre Courchesne ait quitté la table des négociations et qui se disent prêts à discuter de nouveau en apportant toutes sortes de solutions. Le dialogue n’est donc pas rompu mais il sera peut-être difficile à rétablir et surtout, même s’il se renoue, comment en arriver à une entente qui résoudra ce conflit politique et social sans précédent au Québec ? C’est là la question que tout le monde se pose ici….