Cuba : Fidel Castro, le "dernier" discours

Castro
©télévisioncubaine/viaRTS

C'est devant le Congrès du Parti communiste cubain réuni au grand complet, que l'ex-"Lider Maximo" est venu prononcer ce qui ressemble fort à un discours d'adieu. Fidel Castro, bientôt 90 ans, dont les apparitions publiques sont rarissimes, a évoqué sa mort et son héritage.

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Cuba vit donc la fin d'une ère. La réconciliation avec l'ennemi capitaliste américain a été concrétisée avec la visite à la Havane, en mars dernier, du patron de la Maison Blanche en personne, Barack Obama. 

Dans cette atmosphère de fin de règne, voilà une apparition, symbolique certes car il se faisait si rare, qu'on l'avait déjà quasimment oublié: Fidel Castro. Et même s'il s'agit de sa deuxième apparition publique en moins de deux semaines (après une absence de neuf mois NDLR), ce que l'on retiendra surtout ce sont les mots et le ton employés par le père de la révolution cubaine, évoquant publiquement sa propre mort.

Fidel Castro à l'issue de son "dernier" discours, lors du 7e Congrès du Parti communiste de Cuba, à la Havane (Cuba).
Fidel Castro à l'issue de son "dernier" discours, lors du 7e Congrès du Parti communiste de Cuba, à la Havane (Cuba).
©Ismael Francisco/Cubadebate via AP

"Je devrai bientôt fêter mes 90 ans (le 13 août, ndlr). Notre tour viendra à tous, mais les idées des communistes cubains resteront", a affirmé l'ex-Lider Maximo en ce 19 avril, date anniversaire de la fin de l'invasion ratée de la Baie des cochons par des exilés cubains soutenus par les Etats-Unis, en 1961.

De quoi déclencher l'enthousiasme du millier de délégués présents qui ont acclamé debout l'ex-numéro un cubain en scandant "Fidel, Fidel !".

Les membres du Parti communiste de Cuba acclament debout leur ancien "lider", Fidel Castro, après qu'il a prononcé son "dernier" discours, La Havane (Cuba), le mardi 19 avril 2016.
Les membres du Parti communiste de Cuba acclament debout leur ancien "lider", Fidel Castro, après qu'il a prononcé son "dernier" discours, La Havane (Cuba), le mardi 19 avril 2016.
©Ismael Francisco/Cubadebate via AP

"Fidel, Fidel!"

"Ce congrès sera le dernier dirigé par la génération historique, qui remettra les bannières de la révolution et du socialisme aux nouvelles pousses", a déclaré Raul Castro, 84 ans, dans un discours de clôture publié par les médias d'Etat.

Ceux qui avaient l'espoir de voir au cours de ce 7e congrès du Parti communiste de Cuba (PCC) les signaux d'une nouvelle orientation politique et générationnelle, resteront sur leur faim de changement. Deux annonces notables, le départ programmé de Raul Castro en 2018, la limitation à 70 ans de l'âge des principaux dirigeants, une réforme qui n'entrera néammoins en vigueur qu'en 2021, et enfin l'arrivée d'une femme au sein du bureau directeur.
 


Pas de surprise, donc comme le souligne sur son compte Twitter, la célébre dissidente Yoani Sanchez, qui met entre guillemets le "nouveau" bureau politique, photos à l'appui. Le changement n'est pas pour maintenant au sein du parti unique qui maintient la vieille garde révolutionnaire aux commandes pour les cinq prochaines années.

Le président cubain a cependant assuré que les prochaines années verront "un passage progressif et ordonné des principales responsabilités du pays à de nouvelles générations".

Au total, l'armée compte cinq représentants au sein de l'organe suprême du parti, qui augmente par ailleurs son contingent féminin avec quatre membres contre une seule auparavant.

Raul Castro, le président cubain devrait quitter son poste en 2018, ici à la tribune  du 7e Congrès du PCC à la Havane (Cuba), le mardi 19 avril 2016.
Raul Castro, le président cubain devrait quitter son poste en 2018, ici à la tribune  du 7e Congrès du PCC à la Havane (Cuba), le mardi 19 avril 2016.
©Ismael Francisco/Cubadebate via AP

Pas de nouvelle voie politique

"Le parti reporte l'inévitable : se donner une nouvelle direction politique", a constaté Michael Shifter, président du groupe d'études américain Inter-American Dialogue.

"A ce stade, il semble qu'il n'existe pas de consensus interne (...) et que la vieille garde conserve ses positions", a-t-il ajouté à l'AFP.

En écho à son discours d'ouverture de samedi, Raul Castro a répété qu'il mènerait à bien les réformes économiques annoncées lors du précédent congrès de 2011, mais sans brusquer l'ouverture de l'île à l'économie de marché.

"Nous poursuivrons (les réformes) à pas soutenus, sans hâte mais sans pause", a-t-il annoncé, écartant toute "restauration du capitalisme" sur l'île.

Selon lui, cette option "impliquerait l'application de thérapies de choc aux couches de la population les moins favorisées et détruirait l'unité et la confiance de la majorité de nos citoyens envers la Révolution et le parti".
 

►​​► Décryptage de notre éditorialiste Slimane Zeghidour. 
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