De New York à Paris : une coopérative alimentaire traverse l’Atlantique

Extrait du documentaire "Food coop" de Tom Boothe, sur la coopérative alimentaire new-yorkaise.
Extrait du documentaire "Food coop" de Tom Boothe, sur la coopérative alimentaire new-yorkaise.
© Capture écran/Tom Boothe

Voici 40 ans, la coopérative Park Slope Food Coop voyait le jour à New York. Tom Booth est allé filmer ce qui, entre-temps, est devenu une véritable institution. Son documentaire sort en France le 2 novembre, mais l'Américain inaugurera aussi fin octobre, à Paris, une coopérative en tous points calquée sur le modèle qui a fait ses preuves Outre-Atlantique. Etonnant.

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Le ton du film Food Coop est direct. La coopérative installée sur la côte Est des Etats-Unis y est racontée par le menu, et elle constitue "une très mauvaise nouvelle pour le capitalisme, la grande distribution et l’agriculture productiviste". Son fonctionnement a de quoi très vite convaincre le spectateur, surtout s’il est sensible au commerce équitable, aux enjeux environnementaux et au prix du "panier de la ménagère".

C’est en 1973 que la Park Slope Food Coop a vu le jour. Elle compte aujourd’hui 17 000 membres qui acceptent, pour pouvoir y faire leurs achats, de donner 3 heures de leur temps chaque mois. Des coopérateurs que l’on retrouve tout au long des 97 minutes de cette tranche de vie, dans les rôles de caissier, d’assortisseur, de conditionneur des produits à la découpe, de manutentionnaire, de gestionnaire des stocks, de nettoyeur de jour ou de nuit...

Promouvoir la mixité sociale

L'un des enseignements de cette coopérative, vraie pépite égalitaire, c'est la mixité. Ils et elles, qui représentent toutes les catégories sociales, racontent leur autre métier  - graphiste, instituteur, psychologue… ou sans abri.

Au final, 75 % des travaux nécessités par tous les volets du fonctionnement de ce supermarché sont assurés par les clients eux-mêmes, encadrés par des employés permanents. Certains coopérateurs font aussi bénéficier la collectivité de leur capacité à faire fonctionner des équipes, à gérer du personnel. L’une des fonctions à assumer, inhabituelles en pareil lieu, consiste à accompagner les clients qui le souhaitent à rejoindre le métro et à porter les volumineux paquets de leurs courses. 

Les témoignages portent bien sûr aussi sur le coût du caddie : une mère de famille fait part d’une économie annuelle de l'ordre de 3000 dollars. Ce qui n’empêche pas les employés de gagner trois fois le SMIC local !

Au succès de la démarche contribue aussi la capacité à négocier des prix de gros  intéressants.
 
Un système alternatif plébiscité au niveau économique.
Un système alternatif plébiscité au niveau économique.
© Capture d'écran/Tom Boothe

 

Des Américains au palais bien formé

Au centre de la philosophie des lieux : la qualité des produits. Beaucoup sont bio. Le commerce équitable est à l’origine de l’approvisionnement de nombreuses denrées. Ds petites fermes familiales servent de points d’appui. Les rayons des fruits, des légumes et des fromages sont particulièrement engageants - loin des clichés sur la malbouffe alimentaire Outre-Atlantique. 

La fraîcheur des aliments est d’autant plus suivie que ce sont les consommateurs eux mêmes qui surveillent le renouvellement des étals. Le recours aux sacs réutilisables procède lui aussi d’une prise de conscience partagée. Le film entre dans les moindres détails, jusqu’au choix des sols du supermarché, qui permet de détacher sans difficulté les chewing-gums - certains coopérateurs auraient gardé leurs mauvais réflexes...

Il est aussi à plusieurs reprises question de l’importance que chaque coopérateur respecte bien ses engagements de travail mensuel. A Brooklyn, les procédures de rappel à l’ordre et d’exclusion sont bien rodées. 

Le fonctionnement des lieux fourmille d’initiatives inovantes : constitution d’un « comité environnement », séances de sensibilisation sur  la production agricole en général ou sur la composition d’un bon chocolat, par exemple. La coopérative a même créé pour ses membres un Fonds de bourses d’études.

La Louve va entrer dans Paris

 
Affiche du documentaire de Tom Boothe sur la coopérative alimentaire à New York.
Affiche du documentaire de Tom Boothe sur la coopérative alimentaire à New York.
© Tom Boothe

Le réalisateur, Tom Boothe, fringant Américain installé à Paris depuis 2002, s’est mis rapidement en tête de créer une coopérative de même nature qu'à New York. Quelques années ont été nécessaires à sa mise en route, mais nous y voilà, puisque la coopérative parisienne va voir le jour fin octobre dans le 18e arrondissement. Plus précisément au 116 rue des Poissonniers. 

Il aura fallu passer par toutes les étapes : convaincre, via le fundraising, des contributeurs financiers à hauteur de 100 euros chacun - 200 personnes ont répondu à l’appel, qui n’est pas clos,  celles-là mêmes deviendront les clients et, à raison de 3 heures par mois, les employés bénévoles du supermarché « coopératif et participatif » ; déposer les statuts de la structure ; trouver un espace ad hoc (1450m2 sur 2 niveaux, soit 30% de plus qu’à Brooklyn), signer le bail et obtenir  les autorisations de travaux. Les mener à bien.

► Aller sur le site de La Louve

Le documentaire Food Coop, qui a reçu le soutien du CNC et de la Région Ile-de-France notamment, peut faire l'objet, à la demande, d’une projection près de chez soi. 

"C’est assez minuscule ce qu’on fait : si on n’attaque pas ensemble l’écart de distribution des richesses dans le monde, notre Coop restera un petit phénomène", dit avec lucidité Tom Boothe. D’où son désir de passer par la caméra. L’équipe n’hésite pas à parler de "propagande" pour la bonne cause, estimant que son film donne des solutions et procède de la création sociale. Il y est question d’"engagement" au quotidien, dans la vie réelle et concrète. D’un choix de vie, en somme.