De quoi le modèle économique suédois est-il le nom ?

Le modèle socio-économique suédois est souvent mis en avant comme une réussite dont devrait s'inspirer la France. Les réformes économiques engagées en Suède au début des années 90 auraient permis de placer ce pays en tête des économies européennes. Mais qu'en est-il des résultats concrets au sein de chaque société ? Petite enquête comparative sur le bien-être, entre la Suède et la France, basée sur l'indicateur "Better Life" de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

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22.04.2014
Les réformes économiques proposées par le Premier ministre français Manuel Valls, baisse des dépenses publiques et réforme du marché du travail sont très proches de celles que la Suède a mises en oeuvre au début des années 90 : 16% de réduction des dépenses de l'Etat (par rapport au PIB) entre 1993 et l'an 2000, réforme des retraites, réforme du travail (limitation de l'augmentation des salaires, baisse de taux d'imposition, suppression de niches fiscales) et réforme du marché des biens et des services (dérèglementation des services postaux et des transports, des télécommunications, application des directives du marché intérieur européen dès le milieu des années 90).

Alors que des économistes français, tels Philippe Aghion, poussent leur gouvernement à s'inspirer du modèle suédois pour réformer l'économie française tandis que des parlementaires socialistes, membres de la majorité donc, plaident pour une autre voie, moins austère, nous avons choisi d'observer les effets concrets de ces réformes en Suède, à l'aune d'une comparaison du "bien-être" en France et en Suède.

Comment va la vie ?


"Votre vie ne se résume pas aux froids chiffres du PIB et autres statistiques économiques".

C'est ainsi que l'OCDE appelle à utiliser son outil interactif de mesure et de comparaison de bien-être, selon 11 critères consultables, pays par pays (36 Etats en tout, tous du "Nord") : le logement, le revenu, l'emploi, les liens sociaux, l'éducation, l'environnement, l'engagement civique, la santé, la satisfaction, la sécurité, l'équilibre travail-vie.

La Suède est-elle un modèle de bien-être, mieux placée que la France en termes  de logement, de revenu, d'emploi, de santé ?

Le logement

L'OCDE propose d'évaluer la qualité de l'habitât selon trois paramètres trois critères : nombre de pièces par personne, accès aux équipements sanitaires de base, et coût du logement.

"Être logé dans de bonnes conditions est l’un des aspects les plus importants de l’existence. Le logement est essentiel pour satisfaire des besoins élémentaires tels que celui de s’abriter, mais il ne se résume pas au fait de disposer de quatre murs et d’un toit. Il doit être un lieu de repos et de sommeil offrant sécurité, intimité et espace personnel et permettant d’élever une famille. Ce sont toutes ces caractéristiques qui font d’un logement un foyer. Reste à savoir, bien sûr, si un logement décent est abordable."

La France se situe au dessus de la moyenne des 36 pays de l'OCDE, avec 1,8 pièces par personne, mieux placée que la Suède et ses 1,7 pièces par personne. L'accès aux équipements sanitaires est de 100% en Suède, premier du classement, et de 99,40 en France, dans la moyenne. Le logement représente 21% du budget des ménages, dans les deux pays, mais au final, la France est mieux classée en termes de qualité et d'accès au logement : 16ème place, contre la 23ème pour la Suède.

Le revenu

Le revenu est un facteur important de bien-être :

"L’argent ne fait peut-être pas le bonheur, mais il permet assurément d’obtenir un meilleur niveau de vie et donc plus de bien-être. Des ressources plus importantes peuvent également faciliter l’accès à une instruction de qualité, à des services de santé plus performants et à un meilleur logement. Le revenu disponible ajusté net des ménages est la somme dont dispose un ménage chaque année après impôts. Il représente le montant maximum qu’un ménage peut affecter à l’acquisition de biens ou de services."

Les réformes effectuées en Suède, si elles ont amélioré d'un point de vue macro-économique les capacités du pays, ont-elles offert à ses habitants un meilleur revenu que les Français ? La réponse est non : les résidents de l'hexagone perçoivent de meilleurs revenus, à l'aune de l'ensemble des données, que les Suédois, à l'exception du critère d'inégalité sociale, en faveur de la Suède, mais qui diffère à la marge : 4.54 en France, 4.05 en Suède, 1e plus faible coefficient indique une inégalité moindre parmi les ménages. Globalement, en termes de revenu, la France se porte mieux que la Suède.



L'emploi

S'il est un critère de comparaison entre le modèle suédois et le français qui devrait pencher en faveur de la Suède, c'est celui de l'emploi.

"Avoir un emploi procure de nombreux avantages : l’emploi constitue une source de revenu, améliore l’insertion sociale, permet de satisfaire ses propres aspirations, de gagner confiance en soi et de développer ses qualifications et compétences."

Les réformes du modèle social-libéral suédois favorisent-elles l'emploi ? Si oui, quel type d'emploi ? Sur quels critères ce modèle est-il plus particulièrement favorable ? Il s'avère qu'en réalité, si le taux d'emploi est plus élevé de 10% en Suède, et que le taux de chômage de longue durée y est plus bas, le revenu d'activité y est plus faible, comme la sécurité de l'emploi. Si l'on retrouve plus facilement un emploi en Suède, la part des contrats d'au maximum 6 mois y est bien plus grande qu'en France (13,86% en Suède, contre 9,30% en France). Ce sont donc deux système très différents : si dans l'un, l'emploi est plus difficile à obtenir (la France), les revenus d'activité y sont meilleurs et les emplois stables plus fréquent, quand dans l'autre (la Suède) il est plus facile d'y trouver ou retrouver un emploi, mais avec plus de précarité et un peu moins de revenus.

La santé

La santé est également l'une des mesures importantes du bien être.

"L’espérance de vie s’est largement améliorée dans la majorité des pays membres au cours des dernières décennies, grâce à de meilleures conditions de vie, aux actions menées dans le domaine de la santé publique et aux progrès de la médecine. Une espérance de vie plus longue est généralement associée à des dépenses de santé unitaires plus élevées, même si bien d’autres facteurs tels que le niveau de vie, le mode de vie, l’éducation et les facteurs environnementaux jouent un rôle."

Le modèle suédois favorise-t-il une meilleure santé de la population que le modèle français ? La réponse est non : le classement OCDE place la France en 10ème position quand la Suède se place un peu en dessous de la moyenne en 19ème place.

En conclusion

Si d'un point de vue macro-économique, les réformes suédoises ont eu un effet positif, il semble que celles-ci ne se répercutent pas aussi profondément sur la qualité de vie des populations : logement, revenu, et santé sont mieux placés en France, tandis que le chômage, et les disparités entre les sexes sont moins importants en Suède. Le modèle suédois, selon l'OCDE, ne serait donc peut-être pas la panacée...


L'indicateur "comment va la vie ?" français
L'indicateur "comment va la vie ?" suédois