Décès de Jean-Jacques Pauvert, éditeur du Marquis de Sade

Jean-Jacques Pauvert (AFP)
Jean-Jacques Pauvert (AFP)

Jean-Jacques Pauvert, éditeur de légende, est décédé ce samedi 27 septembre à Toulon à l'âge de 88 ans. Il s'était battu pour imposer le Marquis de Sade dans la littérature française.

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Sa réputation sulfureuse cacherait presque un long travail au service de la littérature et de l’édition en France. Jean-Jacques Pauvert, mort ce samedi 27 septembre à l’âge de 88 ans avait fondé sa première maison d’édition en 1945 : Le Palimugre.
Le jeune homme a alors seulement 24 ans. Il publie Sartre, Montherlant, Léautaud… Son histoire est marqué par la précocité : il était entré en 1942 chez Gallimard comme apprenti-vendeur, puis engagé dans la Résistance, il a fait, à 16 ans, de la prison en Allemagne.
Cependant, c’est une aventure littéraire hors norme qui le rend célèbre : publier l’intégralité de l’œuvre du Marquis de Sade. Une entreprise interdite par la loi, qui commence en 1947 et qui lui vaudra plus de 10 ans de poursuites judiciaires. L’homme est vilipendé, les libraires refusent ses livres mais, obstiné, il finira par imposer l’œuvre licencieuse, érotique et parfois pornographique de Sade comme un classique de la littérature française. "Moi quand j'avais un procès ça me rendait plutôt combatif", confiera-t-il plus tard.

- "Histoire d'O" -
En 1954, un autre coup éditorial ne fera rien pour rétablir sa réputation. C’est « Histoire d’O », roman érotique écrit par une femme qui signe Pauline Réage. Le livre est interdit à la vente aux mineurs. On sait aujourd'hui qu’il s’agit de Dominique Aury, secrétaire générale de la Nouvelle Revue française (NRF).
Il a raconté dans ses mémoires le "silence assourdissant" qui a accueilli "Histoire d'O". La première année est, pour la carrière du livre, une "catastrophe". Seuls les juges s'y intéressent. Albert Camus répète : "jamais une femme ne pourrait imaginer des choses pareilles!".
Jean-Jacques Pauvert a relancé la carrière d'un auteur qu'on ne lisait guère, Boris Vian. Il a ressuscité également Raymond Roussel, a édité Malraux, Aymé, Gide, Queneau puis André Hardellet ou Albertine Sarrazin. Il a été le dernier éditeur d'André Breton et a sorti Georges Bataille de la clandestinité, tout en restant fidèle à la littérature érotique : des textes méconnus qu’il compile en érudit dans des anthologies historiques.
Un géant de l’édition française, resté néanmoins toujours en marge de l’establishment, Jean-Jacques Pauvert s’était retiré définitivement en 1979, après avoir cédé sa société à Hachette. Il vivait depuis dans le Sud de la France où il s’est éteint.