Décès de Karimov après plus de 25 ans à la tête de l'Ouzbékistan

Karimov
Commentaire de nos partenaires de Radio-Canada

L'Ouzbékistan enterre son président Islam Karimov, mort à 78 ans d'une hémorragie cérébrale après avoir dirigé d'une main de fer pendant plus de 25 ans le pays le plus peuplé d'Asie centrale, sourd aux critiques des Occidentaux.
 

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Loué par ses partisans pour avoir maintenu la stabilité dans cet Etat musulman frontalier de l’Afghanistan, il était aussi accusé par ses détracteurs de graves atteintes aux droits de l'Homme. 

Les funérailles du premier et seul président de l'Ouzbékistan indépendant se tiennent ce 3 septembre dans sa ville natale de Samarcande, dans le sud du pays, un joyau historique sur la Route de la Soie. Les autorités de l'ex-république soviétique ont décrété trois jours de deuil national à partir de samedi. Il avait été hospitalisé le 27 août à Tachkent, la capitale, après avoir souffert d'une grave hémorragie, et immédiatement placé en réanimation.
 

L'intérim est assuré par le président du Sénat, Nigmatoulla Iouldachev, en attendant la tenue d'élections dans les trois prochains mois, sans qu'un successeur officiel n'ait été désigné et en l'absence de réelle tradition démocratique.
 

Funérailles du président défunt Karimov : le convoi funéraire traverse Tachkent avant le transfert du cercueil à Samarcande, ce 3 septembre.
Funérailles du président défunt Karimov : le convoi funéraire traverse Tachkent avant le transfert du cercueil à Samarcande, ce 3 septembre.
©capture d'écran

Selon les images diffusées par la télévision nationale, une cérémonie d'adieu s'est tenue sous un soleil de plomb sur la place du Régistan de Samarcande, dominée par trois impressionnantes universités islamiques des XVe et XVIIe siècles. Le corps a ensuite été porté par des hommes à travers la foule vers la nécropole du Shah i-Zinda, où Karimov doit être inhumé selon les rites musulmans.

"Grande perte"

"Notre peuple, l'Ouzbékistan a subi une perte irréparable", a déploré le Premier ministre Chavkat Mirzioïev, cité par l'agence russe Interfax. "La mort nous prive du fondateur de l'Etat ouzbek, du grand et cher fils de notre peuple", a-t-il ajouté. Karimov a agi "au nom de du maintien de l'indépendance de l'Ouzbékistan, d'une vie dans la paix et la tranquillité", a-t-il souligné, rappelant en particulier la menace terroriste, alors que le pays s'inquiète de la montée de l'islam radical et de l'influence de l'organisation Etat islamique.

"Si notre président avait vécu encore dix ans, l'Ouzbékistan aurait été méconnaissable, encore plus fort", a assuré à l'AFP un homme de 58 ans à Samarcande, où le centre ville avait été bouclé. "Quand nous avons appris sa mort, avec toute ma famille nous nous sommes mis à pleurer, c'est une grande perte pour tout Ouzbek, il a rendu notre pays libre et développé".

Un président de l'indépendance

Islam Karimov fait figure d'archétype des dirigeants arrivés au pouvoir avant la chute de l'Union soviétique, à l'instar du défunt président turkmène Saparmourat Niazov et de Noursoultan Nazarbaïev, toujours au pouvoir au Kazakhstan.

Né le 30 janvier 1938, il a gravi tous les échelons de l'appareil du Parti communiste à l'époque de l'URSS jusqu'à prendre la tête de la république soviétique d'Ouzbékistan. A l'indépendance, en 1991, il se maintient au pouvoir et s'emploie à éliminer tous ses opposants. De nombreuses ONG accusent M. Karimov d'avoir régulièrement truqué les élections, arrêté arbitrairement des centaines d'opposants et soutenu le recours à la torture dans les prisons.

Successeurs potentiels 

Selon les experts, au moins trois hauts responsables ouzbeks pourraient chercher à prendre la succession de Karimov. Le Premier ministre Chavkat Mirzioïev dirige la commission chargée d'organiser les funérailles, une indication sur le rôle important qu'il pourrait désormais jouer.

Mais deux autres hommes sont également pressentis, le ministre des Finances Roustam Azimov et le puissant chef de la sécurité Roustam Inoyatov considéré comme l'un des responsables de la mort de 300 à 500 manifestants pendant une manifestation à Andijan (est) en 2005, réprimée par les forces de l'ordre.