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Derrière l’appui de la Turquie à un État de Palestine, des arrières pensées pétrolières

Les relations entre la Turquie et Israël étaient, jusqu'à récemment, cordiales. Cependant, avec la montée en puissance des islamistes, l'affaire de la flottille pour Gaza et le rapport Palmer, la situation a changé, et le partenariat entre les deux pays est au plus mal. Surtout quand, en plus, des histoires de pétrole s'immiscent dans le débat. Le 15 septembre à Tunis, le Premier ministre turc lançait, à propos de son "recentrage" diplomatique : "Israël ne va plus être capable de faire ce qu'il veut en Méditerranée ; vous allez voir des navires de guerre turcs dans cette mer !"

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Messieurs Erdogan et Abbas, lors d'une rencontre au Caire, le 14 septembre 2011
Messieurs Erdogan et Abbas, lors d'une rencontre au Caire, le 14 septembre 2011
Alliée historique d’Israël, La Turquie est un des rares pays où la communauté juive n’a jamais été la cible d’une politique antisémite ou raciste, à travers six siècles de coexistence.

Le sentiment d’une injustice internationale par rapport à La Palestine, les instances comme l’ONU qui ont deux poids deux mesures quand il s’agit de (ne pas) blâmer Israël, tout cela a fini par empoisonner doucement, mais lentement la conscience des Turcs. Aujourd’hui, les islamistes détestent  purement Israël et simplement tout ce qui est juif, tandis que les laïcs ne sont pas tous –encore - hostiles à Israël et n’ont rien contre les juifs turcs.

QUAND CERTAINS JOUAIENT AVEC LE FEU

La presse israélienne se demande si l’homme fort de La Turquie, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, ne serait pas un peu antisémite. Je dirais que cette interrogation arrive trop tard. Même des membres influents de la communauté juive, au premier rang desquels  des hommes d’affaires comme M. Alaton (Groupe Alarko/Carlier) qui ont des amis très bien placés à Washington, ont été très généreux et actifs pour que le Parti de la Justice et du Développement de M. Erdogan prenne le pouvoir en 2002.

Mais le fossé qui se creuse entre les deux pays ne peut s’expliquer ni par la mort de 9 Turcs pendant l’interception de la flottille pour Gaza, ni par le rapport Palmer qui dispense Israël de faire des excuses officielles réclamées par La Turquie.

La diplomatie turque avait jeté des ponts en 2008, lors des pourparlers entre Israël et la Syrie à Istanbul : les Premiers ministres turc, syrien et israélien y ont eu un tête à tête très amical, Erdogan priant même par téléphone Bachar El Assad de libérer le soldat hébreu otage des Syriens en présence d’Ehud Olmert (alors chef du gouvernement de l’État hébreu).

UN SENTIMENT DE TRAHISON

Et le lendemain, Israël bombardait Gaza. Que le bombardement commence juste après cette rencontre faisait d’Erdogan presque le complice de cette exaction. Le gouvernement turc s’est senti « trahi » et depuis, le froid s’est installé entre les deux États. Les Turcs n’hésitent pas à dénoncer une « fraction russe » au sein du gouvernement hébreu, et traite le ministre des Affaire étrangères Liebermann comme le semeur de troubles, une tête de mule moldave.

Mais le pire est à venir, puisque Israël est partenaire de l’État chypriote grec en vue de sonder le pétrole dans les eaux territoriales au nord de Chypre, dont l’exploitation est contestée par La Turquie qui brandit un accord international de 1958. Résultat, les navires de guerre turcs sillonnent la région et prennent position autour de la plateforme pétrolière gréco-israélienne. Il n’est donc pas impossible d’imaginer que M. Erdogan appuie l’adhésion d’un État palestinien aux Nations Unies et joue le chef de file des pro-palestiniens, rien que pour pouvoir peser sur l’arrêt du forage en Méditerranée du couple hébreu-chypriote.

Dorénavant le vent du désaccord entre la Turquie et Israël ne souffle plus le froid, mais un chaud d’enfer qui risque d’embraser aussi bien la terre que la mer.

Les frontières d'Israël en 1967

L'Autorité palestinienne souhaite retrouver les frontières de 1967 en obtenant la reconnaissance d'un État palestinien incluant la Cisjordanie et la bande de Gaza - source Wikicommons
L'Autorité palestinienne souhaite retrouver les frontières de 1967 en obtenant la reconnaissance d'un État palestinien incluant la Cisjordanie et la bande de Gaza - source Wikicommons

La demande d'adhésion des Palestiniens aux Nations-Unies : les pour et les contre

19.09.2011
Au Conseil de Sécurité :

Les États-Unis ont annoncé qu'ils utiliseront leur droit de véto
La France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne (membre non permanent ne disposant pas de droit de véto) ont fait savoir par la voix de la chef de la diplomatie de l'Union Européenne qu'ils attendent de lire le projet de résolution pour se prononcer
La Russie et la Chine apporteront leur soutien à la demande d'adhésion

A l'Assemblée Générale :

La demande de l'Autorité palestinienne pourra compter sur le soutien d'environ 140 États sur les 193 membres.