Des élections législatives au Pays-Bas à l'ombre de l'extrême droite

Près de douze millions de Néerlandais étaient appelés à élire les 150 députés de la chambre basse du Parlement. Dix-huit partis étaient engagés dans ces élections législatives, mais aucun ne pourra gouverner seul.

Quatre formations politiques se partagent les nouveaux sièges : les libéraux menés par Mark Rutte, 43 ans, l'emportent avec 31 élus. Ils devancent d'un seul siège les travaillistes du PvdA, menés par l'ancien maire d'Amsterdam Job Cohen, 62 ans.

Le parti d'extrême droite, très observé - le PVV devient la troisième force politique avec 24 élus. Geert Wilders, son chef de file, a concentré sa campagne sur la lutte contre l'islamisation de la société hollandaise.

Les chrétiens-démocrates sortants sont très largement battus, sanctionnés en raison de la crise qui frappe durement aussi les Pays-Bas.

Aucune formation n'ayant de majorité suffisante, une coalition gauche/droite devra s'entendre pour gouverner.

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“Ça a été un vote refuge chez les libéraux et un vote protestataire à l’extrême droite“

Thijs Berman, député européen, membre du Groupe de l'Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates au Parlement européen

Comment jugez-vous la victoire des libéraux ?

De nombreux électeurs qui ne souhaitaient plus voir les chrétiens démocrates rester au pouvoir ont choisi de voter pour les libéraux. L’usure d’un premier ministre qui a vu quatre gouvernements successifs chutés sous sa direction explique en partie ce basculement. Les programmes politiques des deux partis ne sont pas très différents sur le fond.

J’ai aussi l’impression comme de nombreux Néerlandais que beaucoup de problèmes n’ont pas été résolus pendant ces huit années de pouvoir des chrétiens démocrates. Ceux qui ont voté pour les libéraux ont la conviction que le gouvernement a été incapable de gérer la crise économique. Il y a aussi le manque de confiance de ces électeurs envers un gouvernement qui n’a pas su gérer l’immigration et l’intégration des nouveaux arrivants dans la société. Ce qui explique le vote pour l’extrême droite qui a obtenu 24 sièges, donc entre 15 et 20% des voix, surtout dans le sud du pays, qui est le bastion traditionnel des chrétiens démocrates. Ça été un vote refuge chez les libéraux et un vote protestataire à l’extrême droite.

“Les électeurs de l’extrême droite votent pour les idées de leurs leaders, mais aussi contre la classe dirigeante classique“

Ariejan Korteweg est correspondant à Paris du quotidien néerlandais Volkskrant

Quels sont les grands enjeux de ces élections ?

Trois thèmes principaux ont animé les débats pendant la campagne pour les législatives anticipées : la présence des forces hollandaises en Afghanistan a été très débattue. Le dernier gouvernement Balkenende a démissionné au mois de février dernier faute d’une entente avec les travaillistes, au sujet du maintien des troupes néerlandaises en Afghanistan.

Les questions économiques étaient au centre de la campagne électorale. Les libéraux par exemple ont promis de faire des économies de 30 milliards d’euros à long terme dont 20 milliards dans les 4 années à venir.

Le thème de l’immigration, comme lors des élections municipales du mois de mars est revenu dans le débat politique, notamment avec l’extrême droite qui fustige les pratiques islamistes.

Législatives anticipées au Pays-Bas : les principaux candidats


Balkenende, le sortant

Le Premier-ministre sortant est à la tête des Pays-Bas depuis le 22 juillet 2002. Âgé de 56 ans, Jan Peter Balkenende a dirigé quatre gouvernements de coalition depuis huit ans, et aucun d’eux n’a achevé son mandat. Le dernier en date (un gouvernement de coalition entre son propre parti, le parti chrétien-démocrate - CDA et le parti travailliste - PVDA) a chuté le 20 février dernier, à cause de l'opposition des travaillistes à tout maintien des troupes néerlandaises en Afghanistan. Le Premier-ministre avait prolongé la présence jusqu'à l'été 2011 des 1950 soldats néerlandais déployés en Afghanistan dans le cadre de la force d'assistance internationale à la sécurité -ISAF. Le gouvernement avait fixé dès 2007, le retrait des troupes néerlandaises en 2010.

Après 8 ans passés aux affaires, ce fils d'un vendeur de céréales et d'une enseignante s'apprête à quitter le pouvoir 5 mois après avoir démissionné de son poste. Le Parti libéral (VVD) de Mark Rutte, son principal adversaire est donné en tête des intentions de vote pour les élections du mercredi 9 juin 2010.

Rutte, le libéral

Le parti populaire libéral et démocrate - VVD de Mark Rutte part favori pour les législatives du mercredi 9 juin 2010. Alors que l'immigration a été pendant quelques années le thème majeur pendant les élections au pays-Bas, les libéraux semblent avoir trouvé un autre argument pour convaincre : l'économie

Mark Rutte, 43 ans a axé ses priorités sur la relance de l‘économie néerlandaise et cite en exemple Margaret Thatcher. Il déclarait récemment : « Par rapport à d’autres pays comme la Grèce, on n’a pas à se plaindre, notre économie a toujours été bonne, mais bon, la crise touche tout le monde, même les Pays-Bas». Les Néerlandais semblent ne pas lui en vouloir pour un futur plan d'austérité, à l'heure où plusieurs pays européens adoptent des programmes de rigueur.

Les libéraux ont promis de réduire les dépenses publiques, avec l’objectif d’une diminution annuelle de 20 milliards d’euros de dépenses à partir de 2015.

Cohen, le travailliste

Le travailliste Job Cohen, ancien maire d’Amsterdam fustige la xénophobie de Geert Wilders et défend au contraire l’intégration des étrangers et les droits des homosexuels. Les travaillistes sont donnés deuxièmes dans les sondages avec 30 sièges contre 33 actuellement ( cf, AFP-9 juin 2010).

Job Cohen a été le premier maire au monde à célébrer un mariage homosexuel, à Amsterdam en 2001, l'année où il en est devenu le maire. Il a été secrétaire d'État chargé de l'Éducation en 1993-1994 puis secrétaire d'État à la Justice de 1998 à 2001.

L'opinion de gauche reproche à Job Cohen, 63 ans, de ne pas s'être imposé à gauche de l’échiquier politique néerlandais comme l’a fait Mark Rutte à droite.

Wilders, le populiste

Ce député qui vit sous protection policière permanente affirme "mener une croisade contre l’islamisation des Pays-Bas". Qualifié d’extrémiste de droite, il est le candidat du parti pour la liberté - PVV.

Né en 1963, Geert Wilders s'est très souvent distingué par ses prises de position contre l'islam, qu'il assimile à une idéologie fasciste. Il compare le coran au livre Mein Kampf d'Adolphe Hitler, son film "Fitna" sorti en mars 2008 a été qualifié "d'offensive anti-islamique" par le secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-Moon.

Les sondages donnent au PVV 18 sièges (cf AFP-8juin 2010) à la chambre basse du Parlement contre 9 sur 150 actuellement. Ce qui pourrait le faire entrer dans un futur gouvernement de coalition.

Le système politique néerlandais


Les États généraux, nom du Parlement des Pays-Bas, possèdent deux Chambres.

La Première Chambre (Eerste Kamer),
le Sénat, possède 75 membres, élus tous les 4 ans au suffrage indirect par les membres des 12 États provinciaux du royaume.

La Deuxième Chambre (Tweede Kamer), la Chambre des États généraux, compte 150 députés élus tous les 4 ans au sein de 19 circonscriptions au suffrage universel direct à la proportionnelle intégrale, un mode de scrutin qui favorise l'existence et la représentation d'un grand nombre de partis politiques.

Tout parti souhaitant présenter des candidats aux élections législatives doit recueillir au minimum 30 déclarations de soutien dans chacune des 19 circonscriptions du royaume, soit au total 570 signatures.