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Dessinateur de presse en Azerbaïdjan

Le dessinateur Seyran Caferlif, intervenant dans une école dans le cadre des RIDEP de Carquefou.
Le dessinateur Seyran Caferlif, intervenant dans une école dans le cadre des RIDEP de Carquefou.

Invité aux Rencontres internationales du dessin de presse de Carquefou dans l'ouest de la France, Seyran Caferli mène depuis 30 ans une carrière de dessinateur en Azerbaïdjan. Après avoir subi la censure soviétique, il refuse aujourd'hui la corruption post-soviétique et préfère s'investir dans le web. 

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Joues creuses, regard noir et dent en or qui brille dans la bouche...  Seyran Caferli, 46 ans, ne parle que le turque et le russe. Mais avec un bloc note dans le creux de la main, cet Azerbaïdjanais sait croquer une situation en quelques coups de crayon pour se faire comprendre de tous. Aux Rencontres internationales du dessin de presse de Carquefou, qui rassemblent 25 dessinateurs et organisent des rencontres avec le grand public du 17 au 22 janvier 2011, il est comme un poisson dans l'eau.

Dessinateur de presse depuis trente ans, il a réussi à se construire une notoriété internationale en raflant une quantité impressionnante de prix en tout genre. « En dix ans, j'ai remporté 100 concours », aime-t-il indiquer. 

“L'état des continents au XXe siècle“, caricature de 1910 tirée de la revue azérie “Molla Nasraddin“ (cliquez sur l'image pour l'agrandir).
“L'état des continents au XXe siècle“, caricature de 1910 tirée de la revue azérie “Molla Nasraddin“ (cliquez sur l'image pour l'agrandir).
LA CENSURE SOVIETIQUE

En Azerbaïdjan, pays carrefour de l'Asie centrale au coeur du Caucase, l'art de la caricature est ancré dans une véritable tradition. La célèbre revue azérie Molla Nasraddin, fondée en 1906 et lue du Maroc à l'Iran jusqu'aux années 30, regorgeait de dessins satiriques (image ci-contre). La polémique et l'ironie étaient au goût du jour.

Un demi siècle plus tard, quand Seyran Caferli publie ses premiers dessins dans le magazine Kirpi, le contexte est tout autre. Le monde est régi par la Guerre froide et l'Azerbaïdjan est sous la coupe de l'URSS. « Tu pouvais raconter tout ce que tu voulais contre les Etats-Unis : leurs échecs politiques, la misère sociale... Mais rien sur le socialisme soviétique. Il fallait faire très attention », se souvient Seyran Caferli. Quand il regarde en arrière, cette époque lui apparaît comme un « nuage noir, ensorcelant les gens pour les empêcher de pensée ».

Seyran Caferli aurait aimé dessiner « les promesses non tenues, la corruption des élites, la pauvreté dans les villes et les campagnes », mais il a préféré « parfois se taire pour protéger [sa] vie ».

LA CORRUPTION POST-SOVIETIQUE

Et, aujourd'hui, vingt ans après la chute du Mur de Berlin, qu'en est-il de la liberté de parole dans ce pays méconnu ? Peut-il tout dire ? Oui et non... La censure n'est plus aussi forte mais « la corruption gangrène tous les journaux, explique le dessinateur. Ce n'est plus possible de faire un travail de manière éthique. Tu es toujours récupéré par un parti politique ou un groupe d'intérêts. »

A l'écouter, il semblerait presque nostalgique de la faucille et du marteau : « Sous l'ère soviétique, les caricaturistes vivaient mieux, étaient mieux payés et presque mieux respectés. Mais, non, réplique t-il, je ne regrette pas cette période. Chaque époque a ses bons et mauvais côtés. Il faut aller de l'avant. »


LA LIBERATION DU NET

Seyran Caferli n'a donc pas baissé les bras et a investi le web, espace plus libre et neutre. Il a monté son site Cartoon News Center et siège au conseil de la Fédération des sites internationaux des dessins de presse. Il  s'est tissé un réseau en multipliant les concours et les rencontres à l'étranger.

En 2010, il a organisé son propre concours international sur le web, Smiling Cat. Mais sa vie de dessinateur reste précaire : « les dessins de presse sont désormais très bien diffusés sur le web mais ça ne paie pas. Les droits d'auteurs ne sont plus  respectés.» Le revers de la médaille...

Dessins de Seyran Caferli