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Au dîner annuel du CRIF, apaisement, inquiétudes et unité sélective

Emmanuel Macron à la soirée du CRIF le 22 février 2017<br />
<sub>(Christophe Petit Tesson/ Pool via AP)</sub>
Emmanuel Macron à la soirée du CRIF le 22 février 2017
(Christophe Petit Tesson/ Pool via AP)

Le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) tenait ce mercredi son très médiatique dîner annuel. Rassemblant le spectre politique français considéré comme ami, cette 32 ème édition est marquée à la fois par une détente sur le front de l'antisémitisme et par l'inquiétude face aux incertitudes de la présidentielle.

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Un éventail de personnalités politiques agréées, sans Marine Le Pen ni Jean-Luc Mélenchon ni le PC ni les Verts, avec la présidentielle en toile de fond et « rejet des extrêmes » affirmé. Si le dîner annuel du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) s'impose une nouvelle fois comme un rendez-vous obligé d'une grande part de la classe politique française et des médias, il n'y fait pas pour autant consensus.

L'affiche en est certes plus impressionnante encore cette année. Le chef de l'Etat François Hollande, les présidents des deux chambres du Parlement (Claude Bartolone et Gérard Larcher) et plusieurs ministres dont Bruno Le Roux (Intérieur) ont répondu à l'invitation de Francis Kalifat, dont ce sera le premier dîner comme président du Crif, vitrine très politique de la première population juive d'Europe.

Au moins trois candidats déclarés à l'élection présidentielle ont annoncé leur venue: François Fillon, Emmanuel Macron et Benoît Hamon. Et si le Premier ministre Bernard Cazeneuve n'en est pas, c'est uniquement parce qu'il est retenu en Chine, où il a entamé mardi une visite officielle de trois jours. Manuel Valls, lui, y est attendu comme chaque année. Nicolas Sarkozy a été le premier chef d’État en exercice à participer à ce rassemblement pourtant militant et qui ne fait pas mystère de son soutien résolu à Israël ; François Hollande l'a suivi et seul un sommet européen l'a privé de la dernière édition.

Au total, environ 700 invités dans un grand hôtel parisien pour ce 32e dîner qui s'est, au fil des ans, imposé par son pouvoir d'attraction de responsables politiques, ambassadeurs, dignitaires religieux, chefs de grandes entreprises ou personnalités des médias, sans équivalent pour d'autres confessions ou « communautés ». Ses organisateurs s'efforcent d'ailleurs de relativiser la coloration de l'événement : « Cela reste un grand moment d'unité républicaine avec, cette année, une saveur particulière liée aux échéances électorales à venir et au contexte mondial ».
 

« Unité républicaine »


Les responsables communautaires juifs ne cachent pas une certaine appréhension à l'approche de la présidentielle, avec une candidate du Front national qui caracole en tête des sondages en vue du premier tour. « Autour du FN, on doit maintenir le cordon sanitaire, ne pas faire sauter le verrou moral », estime Francis Kalifat. Le Crif a d'ailleurs vivement condamné la récente rencontre entre des responsables frontistes et « un groupuscule au nom pompeux », la Confédération des Juifs de France et amis d'Israël.

Une nouvelle fois, la présidente du FN, Marine Le Pen, n'a pas été invitée au dîner, de même que les représentants de la gauche « radicale », parmi lesquels le candidat de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon. « Ce sera un des thèmes importants du dîner: le rejet des extrêmes. Bien sûr du FN et de l'extrême droite, mais aussi de l'extrême gauche. Toutes deux véhiculent la haine: d'un côté le rejet de l'étranger, de l'autre la délégitimation d'Israël », affirme le président du Crif. « Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ne sont pas invités au dîner du CRIF car ils véhiculent la haine » a t-il ajouté ce mercredi matin sur l'antenne de RTL.

Si le candidat de la « France insoumise » a dans le passé sévèrement critiqué l'intervention israélienne à Gaza et apprécie peu un Crif jugé « communautariste » et haineux, il n'exprime pourtant pas sur le conflit israélo-palestinien de position extraordinaire. Son programme « L'avenir en commun » précise :
 

Un temps invités, les représentants du Parti communiste français n'ont plus d'avantage, et pour des raisons voisines, leur couvert au dîner du CRIF.

Et même le candidat EELV Yannick Jadot, lui non plus, ne s'assoira pas à la table du Crif. « Les écologistes ont des positions qui ne sont pas claires, notamment à l'endroit du boycott anti-israélien qui, je le rappelle, est illégal », tranche Francis Kalifat.

Député européen, Yannick Jadot a en réalité non pas appelé au boycott d'Israël mais s'est, comme une partie du parlement européen et nombre de diplomates, inquiété de l'importation dans l'UE de produits fabriquées dans les « colonies ».
 

Actes antisémites en baisse


Les autorités communautaires abordent cependant le dîner avec un vrai motif de « satisfaction »: une nette baisse des actes antisémites (-58,5%) entre 2015 et 2016. « Ces statistiques ne tiennent pas compte de ce nouvel antisémitisme qui circule sur internet », tempère le président du Crif, qui attend « qu'on trouve le moyen de supprimer les contenus » haineux sur la Toile.

Le ton a indéniablement changé depuis le dernier dîner annuel. En mars 2016, Roger Cukierman évoquait « le sentiment angoissant » des Français juifs « d'être devenus des citoyens de deuxième zone ». « Nous avons retrouvé notre place dans la communauté nationale », se réjouit, un an après, son successeur à la tête du Crif.  

C'est en France que vit la première population juive d'Europe : environ un demi-million de personnes. C'est aussi la France que beaucoup de Juifs ont quitté au cours des dernières années, pour accomplir leur « allya » (« ascension » en « Terre sainte »), souvent inquiets des attentats ou de ce qu'ils ressentent comme une montée de "la haine anti-juive" … mais aussi très encouragés par les dirigeants israéliens et divers mouvements œuvrant pour l 'émigration.

Venu exprimer sa solidarité après les tueries de Charlie Hebdo et de l'hyper-marché cacher de janvier 2014, le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait ainsi en pleine visite … invité les Juifs de France à émigrer en Israël. En décembre dernier, irrité par une initiative de paix française, son ministre israélien de la défense a exhorté en termes plus explicites encore les Juifs de France au départ : « Ce n'est pas votre pays, ce n'est pas votre terre, quittez la France et venez en Israël ».