Donald Trump président : stupeur et choc au Canada

Frontière entre le Canada et les Etats-Unis à Blaine, dans l'Etat de Washington (archives du 23 mai 2013). Ce 8 novembre 2016, le site de l'immigration du Canada était surchargé de demandes. 
Frontière entre le Canada et les Etats-Unis à Blaine, dans l'Etat de Washington (archives du 23 mai 2013). Ce 8 novembre 2016, le site de l'immigration du Canada était surchargé de demandes. 
©AP/Elaine Thompson

S’ils avaient pu voter le 8 novembre, les Canadiens auraient soutenu Hillary Clinton à 70%. Alors comme de nombreux pays, le Canada s’est réveillé en état de choc : l’impensable vient de se réaliser, les Américains ont choisi Donald Trump. Stupeur, incompréhension, inquiétudes, craintes au sein de la population, mais prudence du côté du gouvernement canadien.

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Dans un communiqué tout diplomate et empreint de prudence, le Premier ministre canadien a félicité Donald Trump pour sa victoire et s’est dit "impatient de travailler avec lui", tout en précisant que les États-Unis sont l’ami, le partenaire et l’allié le plus proche du Canada.

Un peu plus tard devant une assemblée de jeunes, Justin Trudeau a précisé que son gouvernement avait lui aussi à cœur la défense et la protection de la classe moyenne, et qu’il comptait travailler en ce sens avec les autres puissances occidentales dont les États-Unis. Il a aussi fait référence aux valeurs communes, aux liens culturels et aux économies fortes et intégrées du Canada et des États-Unis qui "vont servir de base à l’avancement de notre partenariat solide et prospère"

Le jour même, Justin Trudeau a appelé Donald Trump pour une première et brève conversation. Le nouveau président américain aurait invité Justin Trudeau à faire un tour à la Maison-Blanche. Ce dernier l'a-t-il invité à Ottawa, comme le veut la tradition ? Car le premier voyage à l'étranger d'un nouveau président américain se fait toujours au Canada - Barack Obama l'avait fait dès février 2009.

Des hommes aux valeurs diamétralement opposées

Des valeurs communes entre les deux pays, soit, mais entre les deux hommes ? Comment Justin Trudeau va-t-il pouvoir travailler en collaboration avec cet homme dont les valeurs sont diamétralement opposées aux siennes, lui, le féministe, ouvert au multiculturalisme et à l’immigration, défenseur des droits des homosexuels, fervent partisan de la lutte contre les changements climatiques ?

Et puis les Libéraux canadiens ont beaucoup plus d’affinités naturelles avec les Démocrates qu’avec les Républicains américains, donc même s’il ne pouvait pas le dire publiquement, on se doute bien que Justin Trudeau devait souhaiter secrètement une victoire d’Hillary Clinton. Mais l’homme sait jouer de diplomatie, et la politique, c’est aussi l’art du pragmatisme, donc il va devoir composer avec le nouvel homme fort de Washington et c’est ce qu’il se dit prêt à faire. 

Risque de récession au Canada ? 

Diplomatie et pragmatisme, le gouvernement canadien va en avoir besoin car la victoire de Donald Trump soulève aussi de sérieuses inquiétudes économiques au Canada. Tout d’abord Donald Trump a dit et répété qu’il voulait rouvrir l’ALENA, l’accord de libre-échange qui unit le Canada, les États-Unis et le Mexique, "une entente qui constitue le pire accord de notre histoire," selon lui. Va-t-il passer de la parole aux actes ? Si oui, comment est-ce que cela pourrait affecter le Canada et l’économie canadienne ?

Donald Trump veut aussi relancer le fameux projet d’oléoduc KEYSTONE-XL qui transporterait le pétrole des sables bitumineux de l’Alberta canadienne jusqu’au sud des États-Unis, un projet rejeté par l’administration Obama mais soutenu du bout des lèvres par le nouveau gouvernement canadien. 
 

Quand les États-Unis s’enrhument, c’est le Canada qui tousse.

Enfin les analystes craignent que la mise en place des politiques préconisées par Donald Trump ne se traduise par une récession aux États-Unis, et comme le dit l’adage, quand les États-Unis s’enrhument, c’est le Canada qui tousse… Les risques de propagation de cette possible récession à l’économie canadienne sont bien réels… "L’influence de l’élection américaine pourrait être significative pour notre économie au Québec," a déclaré à ce sujet le premier ministre québécois Philippe Couillard. Les politiciens québécois, qui avaient pris position publiquement en faveur d’Hillary Clinton, ne cachaient pas leur déception et leur inquiétude devant la victoire de Trump mais ils se disent prêts eux aussi à collaborer avec la nouvelle administration américaine. 

Choc et stupeur parmi les Canadiens

Dans les médias sociaux, dans les rues d’un bout à l’autre du pays, les Canadiens ne cachaient pas leur stupeur et leur incompréhension devant le choix de leurs voisins du sud. Comment cela est-ce possible ? Pourquoi ? Comment cet homme qui avait tout pour perdre a-t-il pu gagner ? Une majorité de Canadiens ne comprennent pas ce qui a motivé la moitié des électeurs américains. "Comment est-ce qu’un personnage raciste, islamophobe, qui avoue avoir posé des gestes qui constituent des agressions sexuelles, peut devenir président des États-Unis ? Je vous avoue que je n’ai pas de réponse aujourd’hui". Ce commentaire du chef du Parti Nouveau-Démocratique Thomas Mulcair illustre bien l’incompréhension des Canadiens, qui ne cachent pas leur inquiétude également. Donald Trump leur fait peur… 

Et petite anecdote symbolique survenue dans la soirée du 8 novembre : le site internet d’Immigration Canada est resté inaccessible pendant plusieurs heures, car il y avait trop de trafic dessus… Des Américains déçus et inquiets de la victoire annoncée de Trump qui voulaient se renseigner sur les modalités d’immigration au Canada ? Plusieurs d’entre eux ont déclaré vouloir trouver refuge chez leur voisin du nord si le candidat républicain remportait l’élection… Même le maire de Montréal, Denis Coderre, a voulu leur faire un petit clin d’œil sur twitter :

 Allez amis américains, on vous trouvera bien une petite place si vous voulez venir nous rejoindre au pays de Justin…