Droit à l'oubli numérique : comment disparaître de la toile?

Les internautes pourront désormais demander à Google de supprimer les données, à certaines conditions ©AFP

La Cour de justice européenne (CJUE) a adopté, fin mai 2014, un arrêt contraignant Google à créer un formulaire permettant aux internautes de demander la suppression de contenus sur Internet. La décision était très attendue mais le moteur de recherche se réserve le droit de juger si le motif de suppression est valable. Pas sûr que tous les internautes trouvent satisfaction. 

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Vous avez un compte Facebook ? Vous êtes abonné à une newsletter ? Vous avez déjà commenté un article sur un site de presse ? Vous avez donc une existence numérique pour Google et son redoutable algorithme de recherche. Une présence permanente et indélébile qui pourrait s’avérer problématique si les informations détenues par Google vous portaient préjudice.

La Cour de justice européenne a adopté fin mai un arrêt permettant aux internautes de demander la suppression de certaines données. Une décision d’autant plus surprenante qu’en juin 2013, l’avocat général dans l’affaire estimait que « les fournisseurs de services de moteur de recherche sur Internet [n’étaient] pas responsables, […] des données personnelles apparaissant sur les pages web qu’ils traitent ».

A l’origine de cette décision : une annonce parue en 1998 dans le journal La Vanguardia concernant une adjudication sur saisie immobilière pour recouvrement de dette visant M. Mario Costeja Gonzalez. Après qu’une version numérique du journal a été publiée sur Internet, cet Espagnol s’est rendu compte que l’annonce arrivait en tête des résultats Google lorsque l’on tapait son nom dans le  moteur de recherche des années après et alors qu’il s’était débarrassé de ses dettes.

Les utilisateurs d’Internet n’ont désormais qu’à remplir un formulaire et l’envoyer à l’entreprise américaine en expliquant les motifs de leur demande. Un comité formé par Google examinera alors les dossiers et, si les raisons sont jugées valables, supprimera l’URL de la page où se trouvent les informations gênantes. « Un tiers des plaintes répondrait déjà du « droit à l’oubli » », selon RFI.

Certaines données numériques peuvent empêcher des personnes d'obtenir un emploi ©AFP
Concurrence à l’oubli

Dans le domaine du web, certains experts ont identifié le danger de l’e-réputation depuis longtemps. En France, deux principaux sites proposent aux internautes de mesurer leur réputation virtuelle afin d’identifier les données qui leur porteraient préjudice. Reputation VIP, créé en février 2012, et Reputation Squad (Brigade de la réputation ndlr), né en 2009, se sont emparés du business de l’e-réputation.

Tous deux appelaient de leurs vœux depuis des années la création d’un tel formulaire.  Pour Albéric Guigou, co-fondateur de Reputation squad, « c’est un aboutissement après cinq ans à pousser dans cette direction ». Pour lui, comme pour Bertrand Girin, président et co-fondateur de Reputation VIP, ce recours offert aux internautes ne leur fera pas perdre de clients. Albéric Guigou avance même que son entreprise pourrait en gagner.

L’annonce de la décision de la Cour européenne de justice a fait, selon lui, éveillé la conscience des internautes et fait s'envoler le nombre de demandes. Or Google doit examiner les motifs pour lesquels les internautes demandent une suppression. « Depuis deux jours nous recevons beaucoup de demandes très peu légitimes. Nous ne les traitons pas. Il ne fait aucun doute que Google ne le fera pas non plus », précise le dirigeant.

Les informations que les internautes souhaitent effacer proviennent souvent du réseau social Facebook ©AFP
Pourquoi disparaître ?

La plupart des personnes cherchant à effacer d’internet des données qui leur portent préjudice ont vu leur réputation entachée suite à une photo compromettante, un commentaire déplacé, un divorce se soldant en insultes…

« Plus la personne est publique, plus le droit à l’oubli est dur à mettre en œuvre », explique Bertrand Girin de Reputation VIP. A priori, Google ne devrait pas accepter d’effacer des informations concernant des personnalités publiques, au nom du droit d’informer. Ce sont donc elles qui font appel aux agences d’e-reputation. Il faut compter entre 200 et 15 000 euros pour une opération, selon la difficulté.

Le « droit à l’oubli » sur Internet aura sans doute toujours des limites. Google a reçu 12 000 requêtes de suppression en une journée et pourrait vite être dépassé par le nombre. Sans compter que l’opération ne fonctionne que dans le pays de l’internaute qui a fait la requête. Le contenu reste visible à l’étranger.