DSK, la presse internationale dans le choc des cultures

A l'aube de la probable mise en examen de DSK, la réaction de la presse
étrangère est diverse et variée. Mais la vision de la mise en cause de l'un des hommes les plus puissants de la planète dans une sordide affaire de mœurs soulève des questions importantes. Les plus présentes, particulièrement dans la presse anglo-saxonne, sont le rapport des journalistes français à la vie privée des politiques et les différences de culture judiciaire entre les deux pays.

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« Les différences entre les systèmes judiciaires français et américain, leurs codes moraux sont aussi vastes que l'océan qui sépare les deux pays »

The Guardian (Angleterre) exprime dans un article daté du 19 mai 2011 que " depuis l'arrestation de DSK, les médias français sont sous-pression, accusés par la presse américaine d'avoir observé une loi du silence sur la vie privée de leurs hommes politiques, de ne pas enquêter sur le prétendant socialiste à la présidentielle alors que des rumeurs sur sa nature de " prédateur " [à l'encontre des femmes] circulaient depuis longtemps ". Le quotidien britannique insiste sur ce refus de fouiller dans la vie privée, forme d'hypocrisie qui peut laisser penser à des collusions entre journalistes et hommes politiques français. L'ironie de la dernière partie de l'article du Guardian est sensible : le rappel de "l'interdiction par le CSA de diffuser des images d'un homme menotté alors que sa culpabilité n'est pas prouvée, tandis que ces images sont diffusées dans le monde entier, renforce l'impression que les médias français ont plus de compassion pour Strauss-Kahn que pour la victime ". Le journal conclut en citant la féministe française Gisèle Halimi pour qui le système judiciaire américain protège la dignité des femmes et qui surenchérit en affirmant être convaincue que " si une affaire similaire était survenue en France, on en aurait jamais entendu parler ".

Une vision britannique sans pitié pour le journalisme français

Le magazine anglais prospect n'y va pas par quatre chemins : " le tabou français sur le respect de la vie privée [dans la presse] et les lois qui s'y affairent sont des excuses : les journalistes français n'écrivent pas sur les affres sexuelles hors mariage de leur politiciens parce qu'ils sont coincés, liés à eux par ces mensonges. " Le journaliste britannique continue de façon plus explicite : " La France, et c'est largement connu, est tenue par une petite élite ayant étudié dans deux ou trois écoles prestigieuses, avec les mêmes enseignants, régurgitant les mêmes idées pour plaire aux mêmes examinateurs. Les personnes constituant cette élite sont diplômées pour les postes les plus influents : la haute administration, les carrières politiques et les médias. Ils sont proches les uns des autres. Ils se marient les uns avec les autres. " L'accusation de collusion entre " gens de médias " et politiques est claire et nette : les réactions [des personnels politiques français] durant les soixante-douze heures suivant l'arrestation de DSK ayant, selon le magazine anglais, " démontré une remarquable solidarité envers un homme accusé de tentative de viol doublée d'un manque total d'objectivité ".

En Inde, la presse raille l'incompréhension française

L'indian express (Inde) ironise sur " les différences entre les systèmes judiciaires français et américain, leurs codes moraux, aussi vastes que l'océan qui sépare les deux pays ". L'incompréhension des commentateurs français sur la violence de la procédure, les sanctions possibles à l'encontre du directeur du FMI est due, selon le quotidien indien, à des différences profondes, "puisque des charges retenues contre DSK à New-York n'existent pas en France. Un expert affirme que si son cas était jugé en France, il risquerait de trois à cinq ans de prison et ne serait pas au fond d'une geôle sous surveillance anti-suicide, mais dans une cellule VIP. " Le quotidien souligne aussi que " les images du potentiel futur président de la république française, mal rasé, décoiffé, l'air épuisé puis jeté en pâture aux photographes a brisé le cœur des Français ".
Le " ça n'arriverait pas ici " des Français amuse le journaliste indien qui conclue ironiquement : " pas dans un pays dont les lois protègent des flashs et des caméras le plus petit des voleurs, pas dans un pays à la longue tradition de protection des dirigeants coureurs de jupons, au risque de s'arranger avec la loi ".

Le regard de Kroll à Bruxelles

Le regard de Kroll pour "Le Soir" (Bruxelles) du 16 mai 2011, reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur.
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La presse américaine réagit