Du lats à l'euro : les Lettons restent sceptiques

Le ministre des finances letton Andris Vilks et le premier ministre Valdis Dombrovskis présentaient mercredi 30 janvier un timbre dont le prix figure en euros et en lats, la monnaie nationale (Photo AFP/Archives).
Le ministre des finances letton Andris Vilks et le premier ministre Valdis Dombrovskis présentaient mercredi 30 janvier un timbre dont le prix figure en euros et en lats, la monnaie nationale (Photo AFP/Archives).

Après une cure d'austérité particulièrement rude, la Lettonie est en mesure d'intégrer la zone euro. La Commission européenne l'a déclaré mercredi 5 juin. Une annonce réjouissante pour le gouvernement mais qui soulève un scepticisme général dans le pays.

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A la tête d'un gouvernement de centre droit depuis 2009, le Premier ministre letton, Valdis Dombrovskis, ne s'en est jamais caché. Ancrer la Lettonie au coeur de la l'Union monétaire a toujours été l'une de ses priorités. Il s'est donc réjoui du feu vert que Bruxelles a accordé mercredi 5 juin à son pays pour qu'il devienne le 18e Etat membre de la zone euro à partir du 1er janvier 2014, deux ans après son voisin estonien. 

Désormais, il ne reste plus qu'une seule étape à franchir : la validation auprès du parlement européen et des ministres des finances en juillet prochain. En revanche, pas de référendum au calendrier. Seul un aval du parlement suffit. Et c'est tant mieux, d'une certaine manière, pour le jeune Valdis Dombrovskis.

Des Lettons eurosceptiques

En Lettonie, la monnaie unique est loin d'être populaire. A la mi-mai, un sondage TNS indiquait que 62% des Lettons étaient contre l'adoption de l'euro, dont 24% fermement. Il faut dire que pour sortir de la crise financière qui a frappé le pays en 2008 et convenir aux critères de la zone euro, les Lettons ont consenti à d'importants sacrifices. Les politiques sociales ont été gelées, un tiers des postes de fonctionnaires ont été supprimés, les salaires dans la fonction publique ont été réduits, tout comme les retraites. Un programme d'austérité drastique que le gouvernement a imposé en un temps record en contrepartie d'une aide financière de 7,5 milliards obtenue auprès du Fond monétaire international et de l'Union européenne.

« Il y aussi une part de psychologie qu'il ne faut pas négliger, ajoute Céline Bayou, rédactrice-en-chef de la revue française Regard sur l'Est. Le lats est la monnaie que les Lettons avaient lors de leur première indépendance entre 1920 et 1940. Il a été réintroduit en 1993 à leur seconde indépendance, après la chute de l'URSS. C'est donc le symbole de la continuité de l'Etat letton. » Un symbole de souveraineté qui ne s'abandonne pas si facilement.

Des billets en lats.
Des billets en lats.
Des avantages économiques et politiques

Il n'empêche, pour le gouvernement, l'adoption de l'euro va donner un nouveau coup de fouet à la croissance. « La Lettonie est une économie ouverte (…). L'adhésion à l'euro va stimuler les investissements, a déclaré Valdis Dombrovskis devant la presse. Il suffit de regarder ce qui s'est passé en Estonie où les investissements ont doublé dans le secteur financier ».

Le pays, dont la fameuse note a été relevée à BBB/Positifs par l'agence Fitch, va aussi pouvoir emprunter à des taux plus avantageux. « Pour l'instant, nous empruntons à des taux encore plus élevés que ceux de la Grèce ou de l'Espagne », indique l'eurodéputée démocrate-chrétienne, Sandra Kalniete.

Et, en pratique, la Lettonie est déjà dans l'Union monétaire. « Depuis notre adhésion à l'Union européenne en 2004, rappelle Sanita Pavļuta-Deslandes, l'ambassadrice de la Lettonie auprès de l'OCDE, le lats est rattaché à l'euro par un taux fixe qui n'a pas bougé. 70% de nos échanges commerciaux et 80% des crédits des ménages et des sociétés se font déjà en euros. »

Sur le plan géopolitique, « c'est une confirmation historique de notre attachement à l'Ouest, renchérit l'élue européenne, ancienne ambassadrice de la Lettonie à Paris. Alors que la Russie cherche à développer son pouvoir d'influence, c'est très important, pour nous, d'avoir un positionnement clairement européen. »

Une aubaine pour Bruxelles

Quant à l'Union européenne, elle a aussi des intérêts dans cette affaire.  Faire entrer ce pays balte (même petit, avec un PIB de 20 milliards d'euros) dans la zone euro est une occasion en or pour faire la promotion d'une monnaie fortement décriée ces derniers temps. « C'est un signe de confiance, a souligné, mercredi, le commissaire européen, Olli Rehn (…). C'est une preuve supplémentaire que ceux qui prédisait la désintégration de la zone euro se trompaient.»

Après les espérances déçues placées dans l'Irlande, l'expérience lettone est l'exemple à valoriser pour montrer qu'une sortie de crise est possible, que l'austérité donne des résultats. Pour s'en convaincre, Bruxelles ne manque pas de rappeler les belles performances de la Lettonie qui a enregistré la plus forte croissance de l'Union européenne en 2012. Son déficit public est tombé sous le seuil de 3% et sa dette n'est qu'à 40% du PIB. Un bilan macroéconomique qui mérite néanmoins d'être nuancé.

Le chômage ne décroit que très lentement et s'élève encore à 12%. Le système éducatif reste vétuste et les jeunes les mieux formés continuent de s'exiler. Sans oublier une faiblesse de taille pointée par la Banque centrale européenne : la fragilité du système bancaire national. Les dépôts des non-résidents, en majorité des russes, ont augmenté jusqu'à représenter quasiment la moitié des dépôts bancaires.

Encore des efforts ?


Résultat, pour contenir la dette et éviter tout envolée de l'inflation, les Lettons doivent poursuivre leurs efforts. « C'est le vrai défi qui les attend, s'inquiète Céline Bayou. Faire perdurer la politique d'austérité sur une période encore plus longue alors que la croissance est de retour et que d'importants sacrifices ont déjà été faits.» La spécialiste s'interroge : « A un moment donné, la population ne va-t-elle pas exiger la fin de l'austérité et le retour des politiques sociales avec une revalorisation des salaires et des allocations sociales ? »