Ebola : un déguisement pour mourir de rire

Pour fêter Halloween, un déguisement anti-Ebola, vendu avec la combinaison blanche, les bottes en caoutchouc, les gants, le masque et les lunettes couvrantes
Pour fêter Halloween, un déguisement anti-Ebola, vendu avec la combinaison blanche, les bottes en caoutchouc, les gants, le masque et les lunettes couvrantes
(capture écran)

Les États-Unis fêtent Halloween ce vendredi 31 octobre. Cette année, parmi les nouveaux déguisements-chocs : l'équipement de protection anti-Ebola ! Mauvais goût ? Provocation ? Que nenni ! Le jour d'Halloween, tout est permis question humour. Vraiment tout ?

dans
"Des conversations de dingue"

La notice prévient : "Le virus mortel Ebola est arrivé aux États-Unis et la crise épidémique atteint de nouveaux sommets. Avec ce costume, vous êtes sûr d'être prêt si une alerte se produit à votre fête d'Halloween. Ce sera littéralement le plus viral des costumes de l'année !" Puis, peut-être à l'adresse des déficients mentaux qui tomberaient sur le papier, cette précision : "Cela ne doit pas être utilisé comme un véritable costume Ebola." On respire. 

Le costume est livré avec un costume de Hazmat blanc, des lunettes en plastique, des gants bleus, un masque respiratoire et un écran facial. Comptez 79,99 dollars pièce. Il existe une version sexy pour femme avec une mini robe blanche d'infirmière à 59,99 dollars.

Le responsable de l'enseigne "Brands On Sale", qui vend le costume, se frotte les mains : "La petite robe et le masque chic vont déchaîner les conversations des dingues de mode à Milan, Londres, Paris et New York qui cherchent des vêtements couture contre Ebola". Bien vu. 
 
Les articles se multiplient sur cette affaire et les réseaux sociaux, sans surprise, s'embrasent. Pour ou contre un tel déguisement ? Chacun y va de son opinion, de ses critiques. Les rigolards applaudissent, les indignés s'indignent.
 
10 000 personnes ont déjà contracté le virus mortel. La plupart d'entre elles se trouvent en Afrique de l'Ouest. C'est bien loin pour entendre ces querelles d'enfants gâtés.
En attendant, cette résonance médiatique crée une publicité bienvenue à quelques jours d'Halloween, la fête du politiquement incorrect et des citrouilles en délire.

La combinaison du “bébé fumeur“, gros succès parmi les déguisements américains ! Il n'y a pas d'âge pour Halloween...
La combinaison du “bébé fumeur“, gros succès parmi les déguisements américains ! Il n'y a pas d'âge pour Halloween...
(Capture d'écran)
Coup de vieux chez les vampires et sorcières

Rire jaune, humour noir, la palette de l'humour supporte bien des couleurs, et les blagues sur la maladie sentent rarement la rose. Inutile donc d'agiter le drapeau rouge ou de faire grise mine pour estimer le "bon goût" qui prévaut dans tel ou tel pays. 
 
Aux États-Unis, on le sait, une seule couleur domine, le vert, couleur du dollar. Mais aussi, certainement, de la rage... à en gagner. Tout est-il donc monnayable là-bas ? 
 
La maladie qui coûte des vies (5000 morts depuis le début de l'épidémie actuelle en Afrique de l'Ouest) rapportera donc aussi quelques dollars. Selon la fédération nationale des détaillants, les Américains vont débourser 2,8 milliards de dollars en déguisements divers pour Halloween. Parmi eux, combien de fausses combinaisons anti-Ebola ? 
 
L'enseigne qui les distribue sur l'ensemble du territoire affirme en vendre "des centaines" chaque jour. A Dallas, où plusieurs personnes ont contracté le virus, on s'arracherait même ce déguisement dernier cri. Les vampires font la gueule. Les sorcières se décomposent. Le coup de vieux menace.

Carton au box-office français, le film est jugé “politiquement incorrect“ aux Etats-Unis
Carton au box-office français, le film est jugé “politiquement incorrect“ aux Etats-Unis
(affiche du film)
Politiquement incorrect

Une actualité récente nous apprend que les États-Unis refusent d'accueillir dans leurs salles de cinéma "Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu ? ", la comédie-chouchou du box-office français (plus de 12 millions d'entrées), où l'on s'amuse des péripéties et autres déconvenues d'un couple de bourgeois catho déboussolé par les choix amoureux de leurs filles. L'une après l'autre, suprême audace, les jeunes femmes prennent pour époux des hommes d'origines et de confessions diverses, au grand dam des parents. 

Eh bien, les distributeurs américains ont fait la grimace. Ils ont dit "niet" ! Le ressort humoristique utilisé serait, disons, trop grinçant. Pouvait-on le soupçonner ? Il y aurait dans ce film bon enfant une charge raciste susceptible de provoquer le scandale. Pas moins.
 
Dans le magazine "Le Point", Sabine Chemaly, la directrice internationale des ventes en charge du film décrypte ce refus : "Dans ces pays, on ne sait pas rire des différences, on vit avec, mais on n'accepte pas la caricature sur le sujet, même avec ce recul qu'apporte la comédie. Ils ont une approche culturelle très différente de la nôtre. Nos contacts (sur place ndlr) l'ont trouvé politiquement incorrect. Jamais ils ne se permettraient aujourd'hui de rire sur les Noirs, les Juifs ou les Asiatiques."
 
Par chance, les virus sont moins susceptibles. Surtout en Afrique.