Economie : comment se porte le secteur du vin ?

Les vendanges 2014 viennent de débuter. (photo : AFP)
Les vendanges 2014 viennent de débuter. (photo : AFP)

Les vendanges 2014 viennent de débuter dans la plupart des régions viticoles de France. La saison s'annonce prometteuse. Une bonne nouvelle pour les viticulteurs qui ont vécu des moments difficiles ces dernières années. Comment se porte le secteur en France ? Réponse avec Jérôme Despey, président de la commission viticole à la FNSEA et du Conseil spécialisé de la filière viticole de FranceAgriMer. 

dans
Cette année, la saison des vendanges s'annonce bonne dans de nombreuses régions comme en Champagne et dans la Vallée du Rhône, malgré un été exceptionnellement froid et pluvieux. En 2013, la saison avait été marquée par une récolte de petite quantité, contrairement à l'Espagne ou l'Italie qui ont vu croître leur production, selon un rapport de France AgriMer

Avec ses 755 000 ha de vignes, ses 40 à 55 millions d'hectolitres produits chaque année et sa position de numéro 2 de producteur mondial de vin, la France reste le symbole de la viticulture dans le monde. Le pays fournit environ 16 % du vin de la planète. 
Après plusieurs années difficiles, la récolte de 2014 annonce peut-être le début d'une meilleure période viticole. 

Jérôme Despey est président de la commission viticole à la FNSEA et du Conseil spécialisé de la filière viticole de FranceAgriMer.

En ce début de vendanges, comment s'annonce la récolte 2014 ? 

Elle nous fait revenir, en terme de potentiel de production, à la moyenne quinquennale. La prévision est de 44,5 millions d'hectolitres, après deux années de très petites récoltes dans notre pays : entre 41 et 42, 4 millions d'hectolitres. Les deux précédentes saisons de vendanges étaient historiquement basses donc cette année nous sommes soulagés car elle commence bien. C'est important pour le marché car on perdait en compétitivité, par rapport à d'autres pays. 

Néanmoins, la situation est assez disparate dans les différents bassins de production, surtout à cause des aléas climatiques. La sécheresse dans le Languedoc-Roussillon et la grêle et les orages à Bordeaux, en Bourgogne et en Charente ont sensiblement diminué leur potentiel de production par rapport à la moyenne quinquennale.
 
Sur le plan qualitatif, c'est plutôt pas mal. Même si les conditions climatiques n'ont pas ravi les vacanciers (haute pluviométrie, températures assez fraîches), elles ont été plutôt favorables pour la viticulture. L'amplitude de variation de température entre la nuit et le jour a été marqué, ce qui est bien pour la maturité du raisin. 

Les vendanges ont débuté dans le Languedoc Roussillon, en Provence-Alpes-Côte d'Azur. Elles démarrent à Bordeaux et en Bourgogne cette semaine. Pour le moment, le temps s'est rétabli, avec des journées ensoleillées et moins de pluviométrie, ce qui est favorable pour la nouvelle récolte. 


Plus généralement, comment se porte le secteur viticole en France ? 

Mieux que ces dernières années. La viticulture a subi dans certaines régions des difficultés économiques. Avec la faiblesse des récoltes des années antérieures, il y a eu une évolution positive sur les prix. Ces rattrapages de prix étaient nécessaires pour la le secteur. On est sur un marché orienté à la hausse même s'il faut être prudent par rapport aux difficultés que l'on a pu connaître avant. La hausse de la consommation mondiale, portée par le Japon, la Chine et les Etats-Unis fait que l'équilibre offre-demande est à peu près équilibré. Cela redonne de l'espoir aux viticulteurs. 

Quels sont les autres pays viticoles, concurrents de la France dans le monde ? 

Il y a les principaux pays producteurs de vins au sein de l'UE : l'Espagne, l'Italie. Les Italiens ont d'ailleurs pris des parts de marché à l'export. Ils ont eu des conditions favorables. La France avait toujours la même place en valeur mais avait régressé en volume. Donc on espère qu'avec un millésime prometteur en terme de qualité et le retour à une production proche de la normale, nous puissions rattraper notre retard.

On est bien sur très attentifs à ce qui se passe dans les pays de l'hémisphère sud (Chili par exemple, ndlr) ainsi qu'aux Etats-Unis. La Californie a été touchée récemment par un tremblement de terre et il y a eu beaucoup de dégâts sur les vignes. Ces régions ont des récoltes plutôt modérées. Du coup, ça ne vient pas perturber le marché européen. Il faut être attentif mais cela n'amène pas un déséquilibre sur le marché. La faiblesse de production des pays étrangers fait qu'on a plutôt une stabilisation du marché. L'Union Européenne et la France tirent leur épingle du jeu. 


Le marché du vin a-t-il encore de belles années devant lui ? 

Je l'espère. Mais la consommation de vin diminue en France et dans les principaux pays producteurs de vin de l'UE. Elle est plus occasionnelle car la population est vieillissante donc les consommateurs réguliers disparaissent. Il y a une évolution positive du rosé au détriment du vin rouge par exemple. 

L'avenir est du côté des pays asiatiques où la consommation augmente. Mais il ne faut pas non plus relâcher nos parts de marché sur les Etats-Unis, le Canada et l'Union Européenne. Si on arrive à maintenir l'équilibre offre et demande, il y a de belles perspectives pour la France.