Ecosse : les résidents étrangers pour l'indépendance

Bannière de la page Facebook du mouvement des “Citoyens de l'Union européenne en faveur du OUI“
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Le 18 septembre, les Ecossais n’auront à répondre qu’à une seule question : "L’Ecosse devrait-elle être un pays indépendant ?" A quelques jours du référendum, les partisans du "non" sont sur la brèche depuis la publication d'un sondage annonçant la victoire du "oui". En face, les séparatistes du Parti national n'ont pas attendu pour faire campagne en faveur de l'indépendance, épaulés par une myriade de communautés étrangères. Qui sont-ils ? Pourquoi se révèlent-ils plus Ecossais que les Ecossais ?

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Anglais de naissance, et Ecossais par choix, Mike Bell témoigne sur un site Internet en faveur du "oui" : il veut que ses petits-enfants "grandissent dans une société qui ne laisse personne sur le carreau, où les richesses sont partagées, où l'éducation et les services de santé sont gratuits et où les droits du citoyen sont inscrits dans la Constitution...." Voilà qui a de quoi surprendre. Quelles que soient leurs origines, beaucoup de résidents étrangers en Ecosse aspirent à une société ouverte et égalitaire : "L'indépendance, je suis absolument pour, déclarait au journal le Monde Amer Iqbal, né près de Glasgow de parents pakistanais. Nous pouvons défendre la gratuité des universités et des soins médicaux contre la privatisation voulue par Westminster."

A-t-on déjà vu un mouvement indépendantiste qui ne mise pas sur le nationalisme, le repli sur soi et le rejet de l'autre ? Dans les Flandres belges, en Italie du Nord ou en Catalogne, pourtant l'enfant chéri de la gauche, le sentiment nationaliste est fort, souvent alimenté par une langue spécifique à la région. En Ecosse, au contraire, l'indépendance est relayée et portée avec enthousiasme par un étonnant creuset de migrants, y compris du Royaume uni (Anglais et Irlandais), comme Mike.

“Pourquoi je dis “oui“ à l'indépendance écossaise.<br/>L'Allemand Daniel Mittler hait le nationalisme par-dessus tout, mais il soutient le “oui'.
“Pourquoi je dis “oui“ à l'indépendance écossaise.
L'Allemand Daniel Mittler hait le nationalisme par-dessus tout, mais il soutient le “oui'.
Polonais, Anglais, Indiens d'Ecosse... tous pour le "oui"

Tout au long de la campagne, ils ont aidé les séparatistes du Parti national écossais (SNP) à donner à leur nationalisme une image d'ouverture. Si de nombreux étrangers rêvent d'une Ecosse indépendante, ce n'est pas vraiment par sentiment anti-anglais : "On a beaucoup glosé sur le sentiment anti-britannique en Ecosse, remarque Mike Bell. S'il existe, je ne l'ai pas vu en trente-huit ans de vie ici."

Si les Scots Asias ("Ecossais d'Asie"), qui représentent 2,7 % de la population, prennent fait et cause pour l'indépendance, c'est par souci d'ouverture des barrières sociales et géographiques, mais c'est aussi parce qu'en Ecosse, ils se sont sentis mieux qu'ailleurs : "Les Ecossais sont des gens plus accueillants, plus attentionnés que les Anglais", ajoute Amer Iqbal dans son témoignage au Monde. Pour sa part, Tomek Borkowy, un acteur polonais résident en Ecosse, déclare au Huffington Post : "Westminster traite les Polonais comme des pique-assiettes et des parasites qui ne cherchent qu'à profiter du système... Le gouvernement écossais, lui, apprécie notre contribution à la société. C'est le jour et la nuit."

Ils se sentent bien en Ecosse, et ils veulent y rester. Or s'il est encore en poste après 2015, le Premier ministre britannique David Cameron a promis un référendum sur l'appartenance à l'Europe. Comme le dit Nicola Sturgeon, vice-Première ministre et ministre de la Santé et du Bien-être en Ecosse : "Face aux partis qui, à Westminster, reprennent en coeur le couplet anti-européen de Ukip, l'Ecosse risque de se voir arrachée à l'UE contre son gré en cas de "non"..." Un message auquel les plus de 160 000 ressortissants de l'Union européenne sont sensibles, à en croire les nombreux groupes pro-indépendance qui ont fait campagne pour le "oui" - Polish For Yes, Italians For Yes , French For Yes and EU Citizens For An Independent Scotland... Tous, craignent de voir leur droit de séjour sur le sol écossais remis en cause.


Rassemblement de Polonais d'Ecosse pour le “oui“ (capture d'écran de la page Facebook du mouvement Poles for an Independant Scotland)
Rassemblement de Polonais d'Ecosse pour le “oui“ (capture d'écran de la page Facebook du mouvement Poles for an Independant Scotland)

UKIP à la rescousse du "non"


Depuis le sondage du 7 septembre qui donnait le "oui" gagnant, la tendance s'est inversée et le "non" est à nouveau donné vainqueur. Selon YouGov, 50% des Ecossais sondés comptent voter contre l'indépendance ; 45% pour ; près de 4% demeurent indécis et environ 2% ne comptent pas voter. Mais ses partisans ont eu peur de la défaite et ils se sont mobilisés in extremis ce vendredi 12 septembre avec, pour la première fois, le dirigeant du parti Ukip, le populiste et europhobe Nigel Farage. Peine perdue pour beaucoup d'Ecossais, tant son impopularité est grande dans la région. "Farage vient aussi? Hahaha! C'est fantastique. On le déteste encore plus que les autres. Ca va encore profiter au oui", déclarait à l'AFP Ian, chauffeur de taxi.

Entouré des députés européens de sa formation, Nigel Farage affirme haut et fort que l'indépendantiste Alex Salmond (SNP) ne fait pas campagne pour l'indépendance, mais pour un nouveau type d'assujettissement, à l'Union européenne cette fois : "M. Salmond veut que ses lois soient décidées à Bruxelles", a dénoncé à la BBC le responsable du Ukip, avant d'exhorter à la radio LBC la reine Elizabeth II à sortir pour une fois de son impartialité politique, afin de soutenir l'Union.

Quant au chef des travaillistes, Ed Miliband, il faisait équipe avec l'ancien Premier ministre Gordon Brown à Edimbourg et à Glasgow. Comme les chefs des deux autres grands partis de Westminster, le conservateur David Cameron et le libéral-démocrate Nick Clegg, Ed Miliband est monté au front en catastrophe cette semaine, sans forcément recevoir un accueil très chaleureux dans le Nord.

Afin de faire pression contre les indépendantistes, Londres n'a pas hésité à publier des statistiques alarmistes : pour assurer son équilibre démographique, l'Ecosse indépendante aurait besoin, d'ici 2035, d'un apport de 500 000 immigrants, soit l'équivalent de la ville d'Edimbourg. C'est le constat du ministère des Finances britannique, soucieux de ne pas se priver d'une économie riche fondée sur le tourisme, les finances, le pétrole et l'agroalimentaire. Une économie qui assurerait aux Ecossais indépendants le 14e PIB brut du monde par habitant, soit plus que la France ou la Grande-Bretagne.

Partisans du “non“ à l'indépendance de l'Ecosse (@AFP)
Partisans du “non“ à l'indépendance de l'Ecosse (@AFP)

Quels soutiens ?

Ces derniers mois, le camp du "non" a reçu le soutient d'Hillary Clinton, Barack Obama, du Premier ministre chinois Li Keqiang ou de J.K. Rowling, l'auteure britannique de la saga Harry Potter.

Quant aux indépendantistes, ils se vantent de présenter une liste de soutiens prestigieux parmi lesquels les artistes Annie Lennox (chanteuse d’Eurythmics), Alan Cumming (acteur dans la série The L World et The Good wife), Peter Mullan (acteur et réalisateur), et le plus connu d’entre eux, Sean Connery, l'ancien James Bond.

Dates clés

Mai 1707 : Union du royaume d’Ecosse et du Royaume d’Angleterre

1997 : Référendum en Ecosse sur la « devolution », la création d’une institution dévolue. Le “oui” l’emporte. Le Parlement écossais est crée.
1999 : L’Ecosse (de même que l’Irlande du Nord et le Pays de Galles), disposent d’un Parlement régional élu semi-autonome. Le Parlement et l’exécutif écossais gèrent, entre autres, l’éducation, la santé, l’environnement et la justice. La fiscalité, la defense et les affaires étrangères restent du ressort de Westminster.

Mai 2011 : Victoire du SNP (Parti national écossais) qui obtient la majorité absolue des sièges au Parlement écossais (69 sur 129).

Octobre 2012 : Le Premier ministre britannique David Cameron et le Premier ministre écossais Alex Salmond signent l’accord d’Edimbourg portant sur l'organisation en 2014 d'un référendum sur l'indépendance de l'Ecosse.

18 septembre 2014
 : Référendum sur l’indépendance de l’Ecosse. La question posée aux Écossais sera « Should Scotland be an independent country? » (« L'Écosse devrait-elle être un pays indépendant ? »).

Si l'Ecosse était indépendante