Egypte : au paradis de la lingerie

Le Moyen-Orient demeure le premier marché mondial en matière de sous-vêtements.
Le Moyen-Orient demeure le premier marché mondial en matière de sous-vêtements.
©Claire Williot

La France célèbre la Saint-Valentin, fête des amoureux,  mais au Caire, chose étonnante, les dessous coquins s'affichent sans complexe dans les vitrines des magasins. A la pudeur des femmes en public s'oppose une féminité exacerbée en privé. Dans l'intimité des chambres à coucher, rien n'est assez osé.

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« Le must du moment, ce sont les sous-vêtements comestibles : fraise, chocolat, miel, il y en a pour tous les goûts » sourit Hassan Haddad. Il est venu de Syrie il y a six ans pour ouvrir son magasin de lingerie au Caire. Dans sa boutique, le traditionnel ensemble soutien-gorge-culotte assortie ne remporte pas de franc succès. « Beaucoup trop classique, » assure le manager. « Ici, on aime la lingerie sexy et osée. C'est un incontournable de la vie de couple ».
 
Aya vend ces dessous affriolants depuis deux ans. Ses yeux pétillent lorsqu'elle parle du satin de Syrie ou de Turquie, « beaucoup plus doux et ultra féminin ». Elle l'assure, porter le voile et acheter de la lingerie n'a rien de contradictoire. « Les femmes en niqab sont parfois celles qui achètent les pièces les plus osées. Et c'est normal. Il y a la femme que l'on voit dans la rue, et celle qui, de retour à la maison, devient quelqu'un d'autre ». Le manager acquiesce : « On est très ouvert sur ce qui se passe dans la chambre à coucher. Tout est autorisé. »

Des jeux pour les mariés

Dans le centre-ville du Caire, plus d'une vingtaine de boutiques de lingerie ont pignon sur rue. Comme beaucoup d'autres, Mohamed Rabee a fait installer les dessous les plus aguicheurs au premier étage de son magasin, à l'abri des curieux. « Avant, on avait régulièrement des soucis : des hommes s'arrêtaient dans la rue pour regarder les clientes ».

De nombreux magasins installent les pyjamas au rez-de-chaussée et la lingerie fine au premier étage
De nombreux magasins installent les pyjamas au rez-de-chaussée et la lingerie fine au premier étage
©Claire Williot
Derrière le comptoir, un petit écriteau annonce "Nous avons tous les jeux pour les mariés". Au menu : dés coquins, jeux de cartes aux dessins explicites, et sous-vêtements à lumière clignotante. « On a mis l'écriteau, car on est en rupture de stock » explique le manager. « Le business s'est un peu ralenti après la Révolution, mais ça reprend petit à petit ». Il a déjà écoulé 70 % de sa collection d'hiver.
 
A l'étage, une armada de vendeuses s'affaire. « Aujourd'hui, la clientèle est plutôt féminine. Mais beaucoup d'hommes viennent aussi. Ils veulent faire un cadeau à une femme. On ne sais jamais vraiment si c'est la leur ».

Dans le panier des futures mariées, le costume de danseuse du ventre est un quasi-incontournable.<br />
Dans le panier des futures mariées, le costume de danseuse du ventre est un quasi-incontournable.
©Claire Williot

Une tradition ancienne

« La lingerie existait avant même l'islam » affirme Mohamed Rabee. « Ma grand mère, ma mère, ma soeur en ont. Leurs goûts et leurs styles sont juste différents ». Dans sa boutique, les clientes ont de 16 à 60 ans. Elles peuvent débourser jusqu'à 40 euros par article, selon les textures et les finitions. « Généralement, les femmes plus âgées veulent des choses longues. Plus elles sont jeunes, plus ça raccourcit ! ».
 
Asmaa contemple une nuisette rouge et noir en tulle. A quelques semaines de son mariage, elle est venue accompagnée de sa sœur, d'une amie et de sa mère pour acheter la parfaite panoplie de sa nouvelle vie d'épouse. « C'est la tradition. La future mariée peut acheter jusqu'à 60 articles ». Les tissus passent de main en main avant d'être soumis à l'approbation de la mère de famille. Assise sur une chaise, vêtue de noir, elle inspecte avec minutie chaque pièce proposée.
 
Une jeune maman arrive avec son mari et ses deux enfants. Elle balaye la pièce d'un regard et se dirige d'un pas décidé vers le modèle "Kingspearl" : un ensemble de bas-résilles rattachés à un débardeur en dentelle transparent, fourni avec un string noir. Le dernier du rayon. « C'est l'un des modèles les plus demandés » lui sourit la vendeuse. Mais devant le regard réprobateur de son conjoint, la jeune femme renonce. « Je vais prendre quelque chose de plus long, plus couvert. Vous avez du rouge transparent ? ».


En rayon, le dernier « Kingspearl » du magasin. Cet ensemble fait partie des articles les plus vendus.
En rayon, le dernier « Kingspearl » du magasin. Cet ensemble fait partie des articles les plus vendus.
©Claire Williot