Egypte : inauguration en grande pompe du nouveau canal de Suez

Des zodiacs sécurisent l'entrée de la nouvelle section du canal de Suez le 6 août 2015 pour l'inauguration en grande pompe devant des chefs d'Etat étrangers.
Des zodiacs sécurisent l'entrée de la nouvelle section du canal de Suez le 6 août 2015 pour l'inauguration en grande pompe devant des chefs d'Etat étrangers.
©AP Photo/Amr Nabil

Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a inauguré avec faste la seconde voie du canal de Suez, jeudi 6 août. Au programme : parade navale et ballet aérien devant des chefs d'Etats invités parmi lesquels François Hollande. Retour en images sur cette inauguration. 

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Dans son uniforme de maréchal à la retraite, le président Abdel Fattah al-Sissi a embarqué jeudi 6 août à Ismaïlia, dans le nord-est, pour conduire la parade à bord d'un élégant yacht qui avait transporté l'impératrice française Eugénie, l'épouse de Napoléon III, lors de l'inauguration du canal en 1869.

Ce canal qui relie la mer Rouge et la mer Méditerranée est l'une des routes essentielles du commerce mondial et une source précieuse de devises pour l'Egypte, qui cherche à relancer une économie en crise depuis la révolte de 2011 qui chassa Hosni Moubarak du pouvoir.

> Lire notre article Le canal de Suez, un lien sinueux entre l'Egypte et la France

Le yacht du président était suivi par la frégate multimissions FREMM achetée à la France, tandis que les trois premiers avions de combat français Rafale commandés à Paris et huit F16 récemment livrés par le grand allié américain ont participé à un défilé aérien.

Dans cette photo de la présidence égyptienne, le président Abdel-Fattah el-Sissi salue les chefs d'Etat sur la rive de la nouvelle voie du canal de Suez inaugurée en grand pompe le 6 août 2015.
Dans cette photo de la présidence égyptienne, le président Abdel-Fattah el-Sissi salue les chefs d'Etat sur la rive de la nouvelle voie du canal de Suez inaugurée en grand pompe le 6 août 2015.
©Egyptian Presidency via AP

"En un an, les Egyptiens ont produit un très grand effort pour offrir un cadeau au monde", s'est ému M. Sissi.

Le chef de l'Etat a été interrompu par les sirènes de deux gigantesques portes-conteneurs, premiers navires à emprunter la nouvelle voie du canal sous les applaudissements des invités.

Un cargo sur la nouvelle voir du canal de Suez lors de la cérémonie d'inauguration le 6 août 2015.
Un cargo sur la nouvelle voir du canal de Suez lors de la cérémonie d'inauguration le 6 août 2015.
©AP Photo/Hassan Ammar

"Invité d'honneur" de la cérémonie, M. Hollande s'est assis au côté de M. Sissi, qui avait revêtu un costume civil pour recevoir ses homologues étrangers. L'émir du Koweït, le président Palestinien Mahmoud Abbas, le roi Abdallah II de Jordanie, les présidents yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi et soudanais Omar el-Béchir étaient notamment présents.

Plusieurs chefs d'Etat ou Premiers ministres étrangers étaient présents à l'inauguration de la nouvelle voie du canal de Suez  dont le Français François Hollande et le Russe Dmitry Medvedev,le 6 août 2015.
Plusieurs chefs d'Etat ou Premiers ministres étrangers étaient présents à l'inauguration de la nouvelle voie du canal de Suez  dont le Français François Hollande et le Russe Dmitry Medvedev,le 6 août 2015.
Alexander Astafyev/RIA Novosti, Government Press Service Pool Photo via AP

Travaux pharaoniques pour enjeu économique

L'élargissement du canal représente l'un des travaux phares de M. Sissi qui avait lancé en grande pompe ce projet comprenant l'ouverture d'une nouvelle voie doublant, sur 35 km, le célèbre canal long de 193 km, et l'élargissement et l'approfondissement d'un tronçon sur 37 autres kilomètres.

Le président égyptien avait donné un an pour réaliser ce projet. Pari tenu, grâce à une souscription de quelque 9 milliards de dollars qui a attiré de nombreux Égyptiens.

La nouvelle voie doit permettre de doubler le trafic à l'horizon 2023, assure le Caire, promettant quelque 97 navires par jour sur le canal contre 49 actuellement. La nouvelle artère permettra la circulation dans les deux sens, réduisant de 18 à 11 heures l'attente des bateaux, et doit faire passer les revenus du canal de 5,3 milliards de dollars (environ 4,7 milliards d'euros) attendus en 2015 à 13,2 milliards de dollars (11,7 milliards d'euros) en 2023, selon les autorités.

Une femme agite le drapeau égyptien devant le chantier de la seconde voie du canal de Suez le 12 août 2014.
Une femme agite le drapeau égyptien devant le chantier de la seconde voie du canal de Suez le 12 août 2014.
©AP Photo/Amr Nabil

Mais pour des experts du commerce international, il s'agit d'un très coûteux "vœu pieux", voire d'un gaspillage, au moment où la croissance du commerce mondial marque sensiblement le pas.

"La priorité pour les armateurs c'est de réduire les coûts du transport, pas d'accroître sa vitesse", commente Ralph Leszczynski, directeur des recherches de la compagnie de courtage maritime italienne Branchero Costa."La tendance récente est de réduire la vitesse des navires pour réduire la consommation de carburants", explique-t-il, concluant: "Au bout du compte, tout le monde est content de faire la queue" pour passer le canal de Suez, "pourvu que l'on paye moins cher".

Reconnaissance occidentale

Pour M. Sissi, toujours avide d'une reconnaissance occidentale depuis qu'il a destitué le chef des Frères musulmans, Mohamed Morsi en 2013, ce "nouveau canal" vise aussi à asseoir sa légitimité sur la scène internationale.

Sa popularité est très grande au sein d'une population égyptienne lassée par quatre années de chaos. Mais les organisations internationales de défense des droits de l'Homme jugent son régime -qui réprime dans le sang l'opposition islamiste et muselle toute dissidence libérale et laïque- plus répressif que celui de Moubarak.

Les forces aériennes égyptiennes survolent le canal de Suez lors de l'inauguration de la nouvelle voie le 6 août 2015.
Les forces aériennes égyptiennes survolent le canal de Suez lors de l'inauguration de la nouvelle voie le 6 août 2015.
©AP Photo/Hassan Ammar

En représailles, l'Egypte est le théâtre de nombreux attentats perpétrés par des groupes jihadistes, dont la branche locale de l'EI, "Province du Sinaï".

Ces jihadistes ont menacé mercredi 5 août d'exécuter dans 48 heures un Croate de 30 ans, Tomislav Salopek, enlevé près du Caire en juillet dernier, si le gouvernement ne libère pas "les femmes musulmanes" emprisonnées.

L'exécution de ce père de deux enfants travaillant pour la compagnie française d'exploration pétrolière CGG changerait la donne pour M. Sissi en effrayant les touristes, déjà moins nombreux, et les nombreuses entreprises étrangères présentes en Égypte.