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Election présidentielle en Allemagne : le test pour Merkel

Christian Wulff, baron du parti conservateur CDU, et la chancelière allemande Angela Merkel, le 29 juin 2010 à Berlin
Christian Wulff, baron du parti conservateur CDU, et la chancelière allemande Angela Merkel, le 29 juin 2010 à Berlin

La chancelière allemande a essuyé un revers mercredi 30 juin en imposant difficilement son candidat, Christian Wulff, qui devient le dixième président de l'après-guerre.

Le scrutin a viré au psychodrame : trois tours, neuf heures de vote, bref l'élection présidentielle la plus longue de l'histoire du pays.

L'élection d'un président allemand se fait généralement dans la discrétion, mais ce scrutin était comme un nouveau test pour l'impopulaire gouvernement d'Angela Merkel - la coalition CDU-FDP, au sein de laquelle les dissensions sont nombreuses.

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Les enjeux de l'élection

Le Reichtag, où se trouve l'Assemblée fédérale
Le Reichtag, où se trouve l'Assemblée fédérale
Qui allait devenir le nouveau président de la République fédérale allemande ? Christian Wulff ou Joachim Gauck ? Le résultat est tombé, après que l'Assemblée fédérale, qui rassemble 1244 représentants des partis politiques et de la société civile, se soit réunie – ce sera la quatorzième fois - pour choisir le président de la République fédérale d’Allemagne.

Le président a un rôle représentatif, mais il n'est pas entièrement insignifiant comme le croient souvent les médias étrangers. On se souvient encore en Allemagne du 31 mai 2010, jour où le président Horst Köhler a démissionné.

Köhler doit sa démission à une interview donnée en mai 2010 alors qu’il était président. Il estimait que la société "comprend la nécessité d'engagements militaires" pour protéger les intérêts économiques de l'Allemagne. Les critiques ont fusé de la part du gouvernement comme de l’opposition. Face au tollé politique, il choisit de démissionner neuf jours plus tard.

La démission de Köhler, un coup dur pour Merkel

Cette démission a déstabilisé la coalition d'Angela Merkel, qui était de toute façon déjà affaiblie. Dans les dernières semaines précédant la démission du président, les problèmes entre la CDU et le FDP étaient de notoriété publique. La démission de Köhler a renforcé l’idée que la coalition gouvernementale manque cruellement de cohésion. Pour Angela Merkel, la démission de Köhler a été un coup dur. Aux crises financière et économique, aux querelles internes à la coalition, s’ajoutait la démission du numéro un de l'Etat.

Rapidement, peut-être un peu trop vite, Angela Merkel choisit Christian Wulff, le ministre-président de la Basse-Saxe, comme candidat à la présidence. Cette nomination express devait ramener le calme et stopper les critiques.

Mais ce à quoi Merkel ne s’attendait pas c’est que l'opposition choisisse un candidat idéal. Avec Joachim Gauck, les Verts et le SPD misaient sur un défenseur des droits civiques reconnu et sans étiquette. Gauck est célèbre pour son engagement dans la Révolution pacifique à Rostock en 1989, puis la direction de l'administration fédérale des archives de la Stasi après la chute du Mur. L’homme est connecté directement au passé allemand, il parle ouvertement, il n’évite pas les controverses et il est populaire.

"Yes we Gauck"

Et ce qui est arrivé ensuite, la chancelière fédérale s'y attendait encore moins.

"Yes we Gauck" a titré le journal à scandales "Bild" faisant allusion au slogan de campagne de Barack Obama "Yes we can". Gauck est devenu le "roi des coeurs" en peu de temps. Sur Facebook, des groupes se sont créés comme “Joachim Gauck comme président de la République fédérale” (36.358 membres actuellement) et "Joachim for President" (13.688 fans actuellement). Gauck s’est aussi imposé dans les médias, tandis que Wulff restait dans l’ombre. C’est ensuite au tour d’une partie du FDP de préférer Joachim Gauck à Christian Wulff.

Et parmi toutes ces louanges, Angela Merkel n’est pas en reste. Elle-même a encensé Joachim Gauck lors de son 70ème anniversaire, en janvier dernier, avec ces mots : “Parce que nous avons besoin sans cesse de débats, parce que nous devons parler sans cesse l'un avec l'autre, c'est bon de vous avoir, Monsieur Gauck. Car vous mettez le doigt là où ça fait mal, mais vous pouvez aussi être optimiste et dire que ça va aller. Nous avons besoin des deux. Merci d’être là. Merci de rester encore.” La chancelière est depuis abondamment citée dans les médias…

Une élection à plusieurs tours...

Gauck et Wulff sont restés côte-à-côte dans la dernière ligne droite.

La CDU et le FDP auraient vécu une défaite historique si Christian Wulff avait perdu l'élection à la présidence de la République fédérale ce mercredi. Cela aurait été la première fois dans l'histoire de la République fédérale qu'un candidat d’une coalition échouerait alors que cette même coalition possède la majorité absolue à l'Assemblée fédérale : 644 représentants CDU-FDP sur 1244 représentants de partis.

Certes, Gauck a pu conquérir certains coeurs, cependant pour devenir président de la République fédérale, cela ne suffit pas. Le candidat de la coalition s'est imposé. Au troisième tour...

Hanna Irmisch
30 juin 2010

Repères

9 heures : c'est la durée du scrutin présidentiel du 30 juin 2010, le plus long de l'histoire allemande.

625 voix : c'est le score de Christian Wulff au troisième tour, où la majorité relative suffit pour l'emporter.

494 voix : c'est le score de Joachim Gauck, le candidat de l'opposition sociale-démocrate/écologiste.

"C'est une défaite à caractère psychologique et une perte de prestige pour Madame Merkel" Nils Diederich, politologue à l'Université libre de Berlin.

Christian Wulff

Le candidat de la coalition CDU-FDP

Christian Wulff, né le 19 juin 1959 à Osnabrück, est juriste. Il est vice-président fédéral de l'Union chrétienne-démocrate d'Allemagne (CDU). Il y est entré en 1975 et y a fait une carrière d’homme politique classique.

De 1978 à 1980, il est président fédéral des mouvements lycéens et étudiants. De 1979 à 1983, il appartient au comité directeur fédéral de l’Union des jeunes (Junge Union, les jeunes de la CDU, NDLR).

Ensuite, de 1983 à 1985, il préside l’Union des jeunes de la Basse-Saxe. En 1994 il prend la tête de la fédération du parti en Basse-Saxe. Wulff est depuis le 7 novembre 1998 l'un des quatre présidents fédéraux représentants de la CDU et depuis le 4 mars 2003 Ministre-président de la Basse-Saxe.

Par ailleurs il est membre du comité directeur de la fondation Konrad Adenauer. C’est un conservateur modéré, qui évite les controverses et les polémiques. Surtout il connaît parfaitement la scène politique. C'est pourquoi on attend de lui qu’il soit plus solide que l’ancien président Horst Köhler, qui a démissionné suite à de vives critiques à propos de sa position sur l’armée allemande.


Joachim Gauck

Le candidat des Verts et du Parti social-démocrate (SPD)

Joachim Gauck, né en 1940 à Rostock, est sans étiquette. C’est un pasteur protestant et un défenseur des droits civiques. Il a cofondé le "Nouveau forum" à Rostock au moment de la Révolution pacifique en R.D.A. en 1989.

Après la réunification allemande le 3 octobre 1990 Gauck devenait le premier Commissaire aux Archives fédérales pour les documents de la Stasi : il organise ces archives et les rend accessible à tous. Après deux mandats de cinq ans, il a été remplacé en octobre 2000 par Marianne Birthler, toujours en poste.

Depuis, Gauck donne des conférences et intervient dans les médias sur des sujets touchant à la démocratie et aux droits civiques. Il est aussi président de l'association “Contre l'oubli – Pour la démocratie”. C’est un personnage-clé pour comprendre et expliquer le passé de la R.D.A. Gauck prend position, même sur des sujets délicats.