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Elections 2012 : l’éveil de la jeunesse mexicaine

Cela fait presque un mois que les étudiants mexicains protestent contre la partialité des médias de communication en faveur du candidat de la gauche, donné gagnant aux élections du 1er juillet. Ce mouvement pourrait changer l’issue du scrutin.

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« Nous sommes fatigués des politiques qui ne tiennent pas leurs promesses, et de leurs magouilles. En tant que Mexicaine, je n’ai plus envie de me taire et de baisser la tête. Nous, les jeunes, avons la responsabilité de déclencher le changement ». Laura Molina J. est en train de finir sa deuxième licence dans l’Université publique de Querétaro dans le centre du Mexique.  Comme des milliers d’étudiants de tout le pays, elle a pris par surprise ses aînées qui décrivaient la jeunesse mexicaine comme indifférente et apathique.

Depuis bientôt un mois, elle manifeste contre le système médiatique qu’elle qualifie de mafieux et contre Enrique Peña Nieto représentant du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), la force politique restée au pouvoir pendant 71 ans jusqu’en 2000. A en croire les sondages, il devrait remporter les élections du 1er juillet. C’est ce que les étudiants veulent éviter. La dernière fois que le Mexique a vu un mouvement semblable, c’était en 1968. Les manifestations étudiantes ont fini dans un bain de sang.


Enrique Pena Nieto, candidat à la présidentielle, en meeting le 21 mai 2012 à Mexico.
Enrique Pena Nieto, candidat à la présidentielle, en meeting le 21 mai 2012 à Mexico.
Manipulation médiatique

Tout a commencé avec une visite d’Enrique Peña Nieto à l’université très chic et très chère Ibéro–américana, à Mexico. Très populaire dans les sondages, il s’attendait à un accueil chaleureux ce vendredi 11 mai. Rien de tout cela. Des dizaines d’étudiants ont protesté contre sa candidature à la présidentielle. Ils l’ont accablé de questions gênantes. De peur d’être lynché, il s’est caché dans les toilettes de l’établissement.

Les principaux médias mexicains ont minimisé ou rapporté une version complétement erronée des faits en disant que Peña Nieto avait été reçu en grande pompe. Ces médias comme les chaînes de Televisa, le plus grand groupe médiatique en Amérique latine, ont même affirmé qu’il s’agissait des militants des partis adverses.  

Humiliés, les étudiants se sont rendus compte qu’ils étaient victimes de la manipulation médiatique qu’ils dénonçaient. Ils ont décidé de contre-attaquer en mettant en ligne sur YouTube une vidéo où ils disaient leur nom en montrant leur carte d’étudiants. La nuit de la diffusion, la vidéo est devenue virale. Sur Twitter ou Facebook, de nombreux étudiants de l’Ibero, comme on appelle cette université, ont manifesté leur soutien. Ils ont signé leur messages par un #YoSoy132 en référence aux 131 étudiants qui ont protesté contre le candidat de la gauche. Initiative très inattendue dans cette université privée qui forme l’élite de la nation. 


Après cet événement, les dirigeants du PRI ont demandé à l’université d’enquêter sur les personnes qui avaient protesté. Le recteur de l’Ibéro-américana a refusé. Certains étudiants ont même reçu des menaces qu’ils se sont empressés de dénoncer sur Twitter.  

Boule de neige

Très vite, le mouvement a fait de nombreux adeptes dans les universités privées et publiques de tout le Mexique. D’autres visites du candidat Peña Nieto dans des campus ont été boycottées. « Le mouvement est né comme une réponse au cynisme des politiques et des grands patrons des médias, notamment. Ils veulent nous tromper et nous cacher la réalité de notre pays. Ils ne cessent de démontrer que ce sont eux  qui décident et pas, nous, les jeunes qui représentons  l’avenir du Mexique. Ce mouvement est tout simplement notre façon de dire aux adultes complètement prisonniers du système qui nous gouverne qu’il y a un autre moyen de faire les choses », raconte Laura. Et de poursuivre : « Nous qui avons fait des études, nous avons la possibilité de réfléchir au changement. »

C’est exactement ce à quoi ce candidat ne s’attendait pas. Pendant toute la campagne, il a joué la carte de la jeunesse. C’est désormais cette jeunesse, issue de la classe moyenne, éduquée et ultra connectée qui se retourne contre lui. Il fait les frais des scandales de corruption de son parti.

Dernier en date : le quotidien anglais The Guardian vient de révéler que Televisa a vendu une couverture médiatique favorable à Enrique Peña Nieto. La chaîne a également torpillé la campagne de Manuel Lopez Obrador, le candidat de la gauche populaire, deuxième dans les sondages. A cela s’ajoute l’impuissance de toute la classe politique face au principal problème de ce pays : la guerre contre le narco.

De Twitter à la rue

Cette contestation née dans les réseaux sociaux comme les Indignés, Occupy Wall Street ou le Printemps arabe a pris vraiment de l’ampleur quand les jeunes sont descendus dans la rue. Ils se sont rendus, par exemple, au siège de Televisa à Mexico le 24 mai dernier. Ainsi, le 31 mai dernier, les représentants de chaque lycée ou université qui voulaient participer aux manifestations se sont réunis à Mexico pour organiser un mouvement jusqu’ici très bigarré.

Ce mouvement très 2.0 est accueilli avec enthousiasme, y compris par la population civile. Certains observateurs se demandent, pourtant, s’il est efficace vu que deux tiers des Mexicains n’ont pas accès à internet et s’informent grâce à la télévision.

Les étudiants assurent qu’ils continueront au-delà des élections. Ils ont déjà obtenu trois victoires de taille. Le dernier débat entre les candidats avant l’échéance électorale sera diffusé sur deux chaînes majeures contrairement au déroulement du premier. La candidate de la droite, Josefina Vazquez Mota, Andrés Manuel Lopez Obrador, et le candidat écologiste Gabriel Quadri ont accepté de débattre avec les étudiants. Ces derniers ont été invités à participer au processus électoral en tant qu’observateurs.

Paloma Arrazola, étudiante à l’Ibero et figure de proue de la contestation, invite tous les jeunes à se joindre au mouvement sur son nouveau blog : « Nous sommes nombreux à vouloir nous battre. Aucun obstacle ne nous arrêtera. Je vous invite à vous réveiller, à réagir, à vous lever. Ces derniers jours, de nombreuses portes se sont ouvertes à nous, de nombreux médias sont prêts à nous écouter. Le pays entier a les yeux rivés sur cette jeunesse qui s’éveille. Je vous invite à vous joindre à nous, à vous informer. Un vote informé ne peut en aucun cas être manipulé. »

Enrique Peña Nieto, futur président du Mexique ?

Il y a quelques semaines, la victoire d’Enrique Peña Nieto, le candidat du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) était écrite. Depuis, la donne a changé avec une montée dans les sondages d’Andrés Manuel Lopez Obrador, le Mélenchon mexicain qui avait  fini deuxième lors de la présidentielle de 2006. Il a pris la place de Josefina Vasques Mota, la candidate du Parti action national, le parti au pouvoir depuis douze ans. Ce sont surtout  les manifestations des étudiants qui ont un effet néfaste sur la dernière ligne droite de la campagne du candidat du PRI.

Les marches anti-Pena Nieto se multiplient et les scandales politico-financiers ne cessent d’éclater. Même s’il jouit du soutien inconditionnel des éléphants de son parti, la présidence du Mexique pourrait lui échapper à cause d’un événement : le massacre d’Atenco. C’était en 2006. Une série d’affrontements violents dans la ville de San Salvador Atenco, dans l’Etat de Mexique, dont le gouverneur est d’Enrique Peña Nieto, finissent en tragédie. Le soulèvement est brutalement réprimé par les forces de l’ordre commanditées par le gouverneur. Bilan : deux morts et près de trente femmes violées.

Les étudiants qui se sont mis en travers du chemin du candidat au physique d’héros de telenovela ne cessent de lui rappeler ce douloureux épisode qu’il assume complétement. A 46 ans, il pourrait devenir le président le plus jeune du Mexique. A moins que les urnes décident de plébisciter le candidat de la gauche populiste Andrés Manuel Lopez Obrado