Elections américaines : démocrates, républicains ou… Alice Cooper ?

©Capture d'écran du site de campagne d'Alice Cooper

Le rocker Alice Cooper vient d’annoncer sa candidature à la présidence.  Il vient rejoindre la cohorte des "petits candidats" à l’élection du 8 novembre prochain. Ceux dont on ne parle pas, mais qui espèrent que leurs voix pèseront dans la balance. 

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Lui aussi veut être elected, élu président. Alice Cooper s’invite dans la campagne américaine avec un slogan provocateur "un homme perturbé pour une époque perturbée" et des mesures loufoques parmi lesquelles le billet de 50 dollars à l’effigie de Groucho Marx. Il en profite pour relancer son tube Elected qui, en 1972, tournait en dérision le candidat Richard Nixon. Ce titre sorti pendant la campagne de réélection réussie de Richard Nixon s'achève par ces mots "Tout le monde a des problèmes/Et personnellement, je m'en fiche".
 

"Third Party"

Représentant des vétérans de guerre, défenseur de la libéralisation de la marijuana ou missionnaire mormon - dans le texte, tout citoyen américain âgé de plus de 35 ans peut se porter candidat à l'élection présidentielle. Mais aux Etats-Unis comme ailleurs, il y a l'illusion démocratique et la réalité : sans argent, impossible de tenir une campagne plus de quelques jours.

Les petits candidats peuvent voir leur nom proposés dans les bulletins de vote s'ils sont dûment enregistrés dans les cinquante Etats. ​Mais dans un paysage politique marqué par le bipartisme, les chances d'accéder à la fonction de grand électeur est réduite à néant pour les candidats qui, chacun à leur manière, proposent une alternative aux démocrates et républicains. Une "troisième voie" - d'où le terme de "Third Party", auquel une association américaine convaincue que l'expression démocratique réside dans le multipartisme, offre une tribune (lien en anglais).

En effet, dans l'esprit des pères fondateurs de la Nation, la Constitution américaine n'est pas conçue comme une constitution démocratique : "le président ne doit pas être élu par le peuple, mais par un Collège électoral formé d'une élite de citoyens, aptes à faire des choix éclairés" précisent Francis Hamon et Michel Troper dans leur manuel Droit Constitutionnel. Ce sont ces "grands électeurs" qui élisent le président américain


► Lire notre article Présidentielle américaine, comment ça marche ?

Ils ne sont pas pour autant complètement dénués de pouvoir. Un peu comme un lobby, un petit parti qui réussit à faire entendre sa voix peut faire pression au sein d'un grand jusqu'à prendre l'ascendant, comme le Tea Party l'a fait pendant un temps auprès des Républicains, notamment lors de la dernière présidentielle, en 2012, puisque la colistière de Mitt Romney, Sarah Pallin, venait de ses rangs.

Les Américains se souviennent aussi de Ross Perot, candidat indépendant en 1992, qui avait aidé à l'élection de Bill Clinton. En 2000, l'écologiste Ralph Nader avait fait basculer l'élection en faveur de George W. Bush, en drainant les quelques voix qui manquaient à Al Gore. 

Les grands petits partis : Verts et Libertariens

Les candidats des partis Green (Verts) et Libertarian pourraient être les premiers à profiter du désamour qu’inspirent les candidats démocrates et républicains, notamment parmi les électeurs de moins de 30 ans. 
Le libertarien Gary Johnson<br />
<sub>AP Photo/Rick Bowmer, File</sub><br />
Le libertarien Gary Johnson
AP Photo/Rick Bowmer, File
Selon un sondage McClatchy-Marist du 5 août,  23 % d’entre eux choisissent le candidat libertarien et 16 % la représentante écologiste. "C’est le bon moment pour être le candidat d’un troisième parti", répète à l’envie le libertarien Gary Johnson, qui pourrait entraver la course à la Maison-Blanche de Donald Trump. C’est du moins ce qu’indiquent les sondages à moins de trois mois du scrutin, qui le créditent de près de 13 % des intentions de vote. 

Candidate du Green Party, Jill Stein paraît, elle, moins menaçante pour Hillary Clinton. En 2012, elle avait recueilli 469 501 voix à l’élection présidentielle, soit 0,36 %. Quatre ans plus tard, elle est créditée de 6 % des intentions de vote, doit deux fois plus que le record le Green Party dans une course nationale (2,7 % pour Ralph Nader en 2000). 

En 2012, le candidat du parti de la Constitution, qui prône un retour aux principes fondateurs de la nation, n'avait réuni qu'un quatorzième des voix cumulées des Libertariens et des Verts. Reste à savoir si son nouveau candidat, Darrell Castle, saura mieux tirer son épingle du jeu le 8 novembre. 

Les socialistes

Gloria La Riva<br />
<sub>(AP Photo/Pablo Martinez Monsivais)</sub>
Gloria La Riva
(AP Photo/Pablo Martinez Monsivais)
Il existe bien une mouvance socialiste aux Etats-Unis, franchement plus radicale que le socialisme que l'on attribue à Bernie Saunders, candidat malheureux à la primaire démocrate. Quoique largement minoritaire, elle est représentée à l'élection présidentielle sous différents avatars. Le Party for Socialism and Liberation (parti pour le Socialisme et la Libération, et son pendant californien, le Peace and Freedom Party (Parti de la paix et de la liberté) sont tous deux représentés par une femme d'origine latino Gloria La Riva. Elle s'engage contre la guerre et le racisme, pour l'abolition de la peine de mort, les droits des femmes, le rapprochement avec Cuba et le Venezuela. Quant au Workers World Party (Parti des travailleurs), plus radical, il promet l'abolition du capitalisme et la lutte pour le socialisme, le désarmement de la police et la défense des Noirs.
 

Pour revenir à Alice Cooper, il avait laissé entrevoir des sympathies pour le parti républicain en 2004, lorsqu'il avait critiqué les musiciens faisant campagne en faveur du démocrate John Kerry, alors opposé au républicain George W. Bush. Selon lui, il ne fallait pas mélanger rock et politique... De fait, le site Internet consacré à sa campagne révèle qu'il est assez conscient du peu de chances que son projet se concrétise.