Elections américaines : le dérapage de plus ou de trop du candidat Trump ?

Donald Trump lors de son discours à Wilmington en Caroline du Nord, mardi 9 août 2016.
Donald Trump lors de son discours à Wilmington en Caroline du Nord, mardi 9 août 2016.
© capture d'écran youtube

Jusqu'ici aucune des déclarations de Donald Trump n'avait provoqué autant d'émoi, (voire d'effroi?) aussi bien dans la presse, au sein de la classe politique ou sur les réseaux sociaux.  Alors qu'a donc voulu vraiment dire le candidat républicain à la présidence américaine ? Pour les moins modérés de ses adversaires, cela ressemble fort à un appel à la violence, voire à l'assassinat de sa rivale...

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Une de plus pourraient aisément dire les observateurs, une "Trumpitade"à ne pas prendre au sérieux... Pas si sur, car la teneur des propos tenus par Donald Trump, ou du moins de son allusion peut faire froid dans le dos, à en croire les plus inquiets de ses opposants.

La scène sent le déja vu. Une immense salle de meeting, bondée par un public acquis d'avance à la cause de Donald Trump.  Dopé par les hourras de la foule, le candidat républicain à la Maison Blanche lâche ces quelques phrases, pas très claires en fait. Quelques phrases lachées, c'est bien le mot, à la vindicte populaire, avec presque en sous-titre "faites- en ce que vous voulez, mais faites-en bon usage... ". On devine presque un éclat de rire en fond sonore.

«Fondamentalement, Hillary veut abolir le deuxième amendement. Si elle est en mesure de choisir ses juges, il n'y a rien que vous pourrez faire, mes amis. À moins que les gens du deuxième amendement (militants du port d'armes, NDLR)… Il y ait peut-être quelque chose à faire, je ne sais pas…»

Donald Trump
à Wilmington (Caroline du nord, sud-est des Etats-Unis), mardi 9 août.
La déclaration embrase immédiatement les chaînes d'information et les réseaux sociaux, provoquant un véritable tollé dans le camp démocrate et un certain malaise, un de plus, dans le camp républicain.
<em>"Ce n'est plus une plaisanterie"</em>, titre le tabloïd <em>Daily news</em>. 
"Ce n'est plus une plaisanterie", titre le tabloïd Daily news
Daily News

“Ceci n’est plus une plaisanterie”, titre le tabloïd new-yorkais Daily News. Les paroles laissant entendre que les partisans du port d’armes pourraient peut-être faire quelque chose, pour défendre le deuxième amendement de la Constitution, ressemblent fort à une menace voilée contre l’ex-Première dame, selon le journal, qui estime tout simplement qu'“il doit mettre fin à sa campagne”. “S’il ne le fait pas, le parti républicain doit l’abandonner”,  sous-titre le quotidien, très anti-Trump.

Le New York Times publie pour sa part un édito titré : “Un peu plus loin dans la crasse avec M. Trump”.

@realdonaldtrump


"Une personne qui cherche à devenir président des Etats-Unis ne devrait pas lancer un appel à la violence sous quelle que forme que ce soit", a réagi le directeur de campagne de Hillary Clinton, Robby Mook, en accusant Donald Trump d'utiliser un "langage dangereux".
 


Chris Murphy, sénateur démocrate du Connecticut (nord-est), où 20 enfants ont été abattus dans une école par un déséquilibré armé d'un fusil-mitrailleur en 2012, s'est dit dégoûté. 

« Ce n’est pas un jeu, des gens instables armés de puissantes armes à feu et d’une haine irrationnelle pour Hillary vous écoutent. »

"Ce n'est pas un jeu, des gens instables armés de puissantes armes à feu et une haine irrationnelle pour Hillary vous écoutent, @realDonaldTrump", a tweeté le sénateur. "Abject", a renchéri le parlementaire démocrate David Cicilline.

"Médias malhonnêtes"

Pour tenter d'éteindre l'incendie, l'équipe de Donald Trump a très vité dégainé un communiqué, intitulé "communiqué de la campagne Trump sur les médias malhonnêtes". Elle y affirme que le milliardaire voulait dire que le groupe très soudé de défenseurs du port d'armes empêcherait Mme Clinton d'être élue en votant massivement pour lui.

"Cela s'appelle le pouvoir d'unifier --les supporters du second amendement sont très dynamiques et sont complètement unis, ce qui leur confère un grand pouvoir politique", a écrit Jason Miller, principal conseiller en communication de Donald Trump.

Un autre soutien est venu de l'ancien maire de New York Rudolph Giulani : "ce qu'il voulait dire, c'est que vous avez le pouvoir de voter contre elle (Clinton)", a-t-il dit lors d'un autre meeting du candidat républicain en Caroline du Nord.

Mais pour monter au front, le milliardaire peut compter sur le puissant lobby des armes à feu. Sur Twitter, la NRA a appelé à soutenir le second amendement et par conséquent à voter pour Donald Trump dans un clip on ne peut plus clair. « C’est l’une des femmes les plus riches du monde politique, annonce un spot de publicité de trente secondes mis en ligne mardi. Elle parcourt le monde en jet privé, protégée par des gardes armés depuis trente ans. Mais elle ne croit pas à votre droit de garder une arme chez vous pour vous protéger. »

Embarras républicain

Beaucoup plus mesuré, voire embarrassé, cette réaction dans un camp républicain de plus en plus divisé sur le cas Trump. Exemple, cette réaction du sénateur de l'Alabama, Jeff Sessions : «Je ne crois pas que ce soit une déclaration sérieuse», qui admet qu'elle avait été «bizarrement formulée». «On ne doit pas plaisanter avec ça, c'est contraire à toutes nos convictions».

L'ex-directeur de la CIA Michael Hayden a qualifié ces propos d'"extrêmement saisissants", qui "suggèrent soit une référence de très mauvais goût à un assassinat politique et une tentative d'humour, soit un incroyable manque de sensibilité".

Il fait partie de cinquante républicains ayant exercé d'importantes fonctions dans l'appareil américain de sécurité nationale qui ont dénoncé lundi l'ignorance et l'incompétence de Donald Trump.

Dans une lettre ouverte publiée dans le New York Times, ils ont estimé que le milliardaire serait "le président le plus dangereux de l'histoire américaine".

Le Secret Service, dont les membres mettent leur vie en jeu pour protéger les personnalités, a déclaré «avoir pris note du propos». Il pourrait demander des explications à son auteur s'il estime qu'il s'agit d'une «menace voilée» pouvant inciter d'autres individus à agir, explique un ancien responsable au magazine Time.

Seule la Cour suprême serait à même de modifier le deuxième amendement de la Constitution américaine. L'un des neuf postes est vacant depuis la mort mi-février du juge ultra-conservateur Antonin Scalia, et la Cour est désormais divisée entre 4 progressistes et 4 conservateurs. Il y a de fortes chances qu'il revienne au successeur de Barack Obama de nommer le nouveau juge. C'est l'un des enjeux cruciaux de cette présidentielle. Nommés à vie, ces juges ont un pouvoir énorme sur les questions de société.