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Elections de mi-mandat aux Etats-Unis : tout ça pour ça ?

“Certaines nuits électorales sont plus drôles que d'autres,“ déclaraient Barack Obama à l'issue des dernières élections de mi-mandat, le 3 novembre 2010. (@AFP)
“Certaines nuits électorales sont plus drôles que d'autres,“ déclaraient Barack Obama à l'issue des dernières élections de mi-mandat, le 3 novembre 2010. (@AFP)

Ce mardi 4 novembre 2014, les Etats-Unis renouvellent leur Congrès. Des élections de mi-mandat qui s'annoncent en forme de sanction pour les démocrates, leur politique et le président Barack Obama. Des élections dont les Américains se désintéressent, alors qu'elles se sont révélées les plus chères de l'histoire des Etats-Unis. Le jeu en valait-il la chandelle ?

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Comme leur nom l'indique, les élections de mi-mandat (mid-term elections) interviennent à la moitié du mandat du président des États-Unis, soit deux ans après les dernières élections, et deux ans avant les suivantes. Elles concernent un tiers du Sénat, la totalité de la Chambre des Représentants et les deux tiers des gouverneurs des Etats. Comme toutes les élections fédérales, elles ont lieu le mardi suivant le premier lundi de novembre (le 2 novembre en 2010, le 4 novembre en 2014...)

Depuis les années 1910, et l'introduction du bipartisme démocrate-républicain, le parti représenté à la Maison-Blanche a presque toujours perdu des élus au Congrès (Sénat et Chambre des représentants) à mi-mandat - sauf circonstances exceptionnelles comme en 2002, après les attentats du 11/09. Ces élections du 4 novembre 2014, qui se tiennent dans un climat particulièrement morose, ne devraient pas faire exception à la règle.

La magie Obama n'opère plus

Comparé à un Roosevelt, un Lincoln ou un Kennedy en début de mandat, Barack Obama, élu en 2008, réélu en 2012, n'a pas échappé à l'usure du pouvoir. Sa côte de popularité, aujourd'hui, est tombée à 40%. Au-delà de l'alternance traditionnelle en cours de mandat entre démocrates et républicains, c'est l'ampleur de la victoire républicaine qui risque de surprendre. Il est vrai qu'aucun président de l'après-guerre n'était arrivé au pouvoir dans un contexte aussi difficile. Par ailleurs, "il n'a pas su exploiter dans l'exercice du pouvoir le charisme qui l'a porté tout au long de ses campagnes électorales," affirme François Durpaire, historien des États Unis, sur France Inter. Si bien qu'il est aujourd'hui désavoué au sein même de son propre camp dans les Etats où la course au Sénat est la plus serrée, comme dans l'Arkansas, en Louisiane, dans l'Iowa et en Caroline du Nord.

Et pourtant, le locataire de la Maison-Blanche affiche un bilan économique à faire pâlir d'envie un chef d'Etat européen : à 6 %, le chômage a diminué de moitié et la croissance - 3,5 % au 3ème trimestre 2014 - a augmenté de 8% depuis 2008, tandis que le déficit du budget est tombé à moins de 3 % du PIB. Et pourtant, au-delà de ces chiffres macroéconomiques, le salaire moyen est en baisse et les inégalités se creusent. Dans les 6 Etats qui risquent de basculer dans le camp républicain au Sénat (voir carte ci-desus), le revenu des ménages a baissé, et le vote sanction est probable.
Manifestation en faveur de l'“Obamacare“, la réforme de l'assurance-maladie portée par Barack Obama (@AFP)
Manifestation en faveur de l'“Obamacare“, la réforme de l'assurance-maladie portée par Barack Obama (@AFP)


Les Américains, à commencer par les conservateurs, ne lui pardonnent pas la réforme de l'assurance maladie qu'il leur a imposée, et qui permet à 10 millions de personnes de bénéficier d'une couverture santé. Ce sont ces électeurs-là qui vont se mobiliser le 4 novembre pour les élections de mi-mandat, davantage que les femmes, les jeunes et les minorités ethniques, plus favorables à la réforme de l'assurance santé, plus enclines à voter démocrate, mais traditionnellement moins mobilisés lors des élections de mi-mandat.

Sénat : la majorité démocrate menacée

Elus pour 6 ans au suffrage universel, les sénateurs votent les lois au niveau fédéral, ratifient les traités présidentiels et valident les nominations des juges, du procureur général, des ministres, des ambassadeurs, etc. Encore à majorité démocrate, le Sénat est le principal enjeu de ces élections. Ce mardi 4 novembre, un tiers des 98 sénateurs (53 démocrates, 45 républicains) doivent être réélus, soit 21 démocrates et 15 républicains - précisément ceux qui avaient été élus en 2008, en même temps que Barack Obama. Les républicains ont donc besoin de 6 sièges pour devenir majoritaires. Or 6 des sièges remis en jeu se trouvent dans des Etats qui avaient voté Mitt Romney en 2012, comme le montre cette carte :

Selon le New York Times, les Républicains ont aujourd'hui 70 % de chance de remporter la majorité au Sénat, contre 30 % pour les démocrates.


Chambre des Représentants : la majorité républicaine renforcée

Elus pour deux ans, les membres de la Chambre des Représentants, tout comme les sénateurs, votent les lois au niveau fédéral, mais ils ont aussi la main sur le budget. Or Barack Obama doit déjà composer avec une Chambre à majorité républicaine (233 sièges sur 435), qui a pesé de tout son poids pour contrer ses réformes, comme celle de l'assurance-maladie. En 2013, la majorité républicaine de la Chambre des représentants a même conduit l'Administration au "shutdown", l'arrêt des activités gouvernementales fédérales durant les deux premières semaines d'octobre pour bloquer les dépenses de l'Etat.

Composition de la Chambre des Représentants à la veille des élections du 4 novembre 2014 (@Wikipédia)
Composition de la Chambre des Représentants à la veille des élections du 4 novembre 2014 (@Wikipédia)

"Je n'ai pas de stratégie pour la Syrie"

Barack Obama paye aujourd'hui une politique étrangère molle et indécise, aussi bien en Irak qu'au Proche-Oient ou en Ukraine. "Je n'ai pas de stratégie pour la Syrie", affirmait-il en août 2014, avouant son impuissance à gérer les nouveaux développements, à commencer par l'avancée du mouvement Etat Islamique. Or si, voici 15 ans de cela, les Américains n'élisaient pas leurs dirigeants sur leur politique étrangère, aujourd'hui, le contexte a changé et le facteur sécurité nationale est devenu primordial.


Obama, "canard boiteux"

Obama ne devrait pas échapper à la tradition du "lameduck president", cette position très particulière du président en deuxième partie de deuxième mandat qui, même s'il conserve un droit de veto sur les lois votées par le Congrès, se retrouve pieds et poings liés. Une position de faiblesse accentuée par le fait qu'il ne peut pas se présenter une troisième fois. Pour autant, ce n'est pas parce que l'Amérique se trouve ainsi bloquée au niveau fédéral qu'elle restera paralysée, puisque les systèmes des Etats, eux, continuent de fonctionner.

En outre, la victoire ne serait pas forcément une bonne nouvelle pour les républicains, qui ont promis monts et merveilles, notamment en matière de déréglementation et de baisse des impôts. Car en 2016, ils devront en rendre compte à l'heure de l'élection présidentielle.



La composition du Sénat est-telle représentative de la population américaine ?


Selon une étude de l'université canadienne d'Ushbrooke menée au lendemain des élections de mi-mandat de novembre 2006, le Sénat est loin d'être représentatif de la population américaine. Cette institution reste dirigée par une majorité d'hommes blancs âgés dans laquelle les femmes et les minorités ethniques sont fortement sous représentées.

Selon les données de la Banque mondiale, la population féminine des États-Unis constituait près de 50,5 % de ses 296,4 millions d'habitants en 2006. Un rapport numérique qui ne s'appliquait pas au Sénat. Suite aux élections de mi-mandat de novembre 2006, sur les 100 sénateurs présents à la Chambre haute, il y avait seulement 14 sénatrices. Ce pourcentage de 14 % était amplement inférieur à la réalité américaine.

La situation était encore plus consternante dans le cas des minorités ethniques. En 2006, le Bureau national du recensement américain constatait la présence de quatre grandes minorités ethniques sur son territoire. Avec une population de 39,7 millions, la communauté hispanique était la minorité la plus importante et constituait 14,4 % de la population. Elle était suivie de près par la communauté afro-américaine :  13,4 % des Américains. La diaspora asiatique, pour sa part, représentait 4,8 % de la population, soit 14,4 millions d'individus. Enfin, les communautés amérindienne et indigène regroupent 1,5 % de la population.

Cette réalité ethnique est loin de se concrétiser au Sénat. En 2006, Barack Obama était le seul représentant afro-américain (1% du Sénat). Idem pour la communauté asiatique, alors représentée par Daniel Akaka, sénateur d'Hawaii. Les Hispano-américains étaient encore les plus représentés avec trois sénateurs, soit 3 % des sièges du Sénat, ce qui était encore loin des 14,4 % d'hispanophones aux États-Unis (22). Enfin, les communautés amérindienne et indigène étaient absentes.

Cet écart représentatif s'exprime aussi à travers l'âge des sénateurs. En 2006, 40 % des sénateurs avaient plus de 65 ans, la moyenne d'âge de la Chambre haute s'élevait à près de 63 ans et 60 % des sénateurs se retrouvaient dans la tranche d'âge de 43 à 64 ans.