Législatives en Espagne : l'autre scrutin sensible

A Madrid, le 10 juin dernier.<br />
<sub>AP Photo/Francisco Seco</sub>
A Madrid, le 10 juin dernier.
AP Photo/Francisco Seco

Les Espagnols votent ce dimanche 26 juin pour la deuxième fois en six mois dans des législatives où les conservateurs sont favoris devant le nouveau parti anti-austérité Podemos, qui supplanterait le vénérable Parti socialiste comme première force d'opposition. Reste à connaître l'impact du Brexit...

dans

Retour à la case "départ" après un semestre de palabres infructueuses et d'un Premier ministre sortant cramponné au pouvoir. Pas découragé, le chef des conservateurs, Mariano Rajoy, dont le gouvernement expédie les affaires courantes depuis décembre, continue de tabler sur la rivalité acharnée entre Podemos, parti de gauche radicale né il y a deux ans à peine du mouvement de rue des "Indignés", et le Parti socialiste (PSOE) vieux de 137 ans, pour se maintenir au pouvoir.

Les législatives de décembre dernier avaient vu l'irruption au Parlement de Podemos et des libéraux de Ciudadanos (mouvement "citoyen" de droite indépendant), bousculant le Parti Populaire (PP) conservateur et le Parti socialiste, qui alternaient au pouvoir à Madrid depuis trente ans. Le PP, en tête, perdait sa majorité absolue. Stigmatisé par les scandales de corruption, il ne s'est trouvé aucun partenaire. Le PSOE, arrivé second, a échoué à former une coalition avec les troisième et quatrième, Podemos et Ciudadanos, dont les positions étaient trop éloignées. Faute de majorité, le socialiste Pedro Sanchez n'a pu être investi chef du gouvernement, et les électeurs ont été rappelés aux urnes...

Podemos devant les socialistes

Les sondages - réalisés avant le Brexit - prévoient la même division en quatre mais cette fois le rapport de forces changerait à gauche. Podemos s'est en effet allié à la petite formation Izquierda Unida, héritière du Parti communiste et de différents courants de gauche radicale et écologiste. Ensemble, les sondages leur donnent 4% de voix de plus qu'au PSOE et plus de députés.

Le chef de Podemos, Pablo Iglesias, un professeur de sciences politiques de 37 ans, se présente déjà comme la seule alternative à Mariano Rajoy, au pouvoir depuis 2011. Rajoy, 61 ans, se veut le garant de la stabilité et met en garde contre les expériences des "radicaux", comme celles d'Alexis Tsipras, le premier ministre grec allié d'Iglesias.

Pablo Iglesias veut mettre fin aux politiques d'austérité imposées depuis la crise de 2008. "Elles ont été inefficaces et il faut adopter des politiques d'expansion budgétaire", affirme-t-il en proposant d'augmenter les dépenses de 15 milliards d'euros par an. Mariano Rajoy, lunettes et barbe grise, répète imperturbablement qu'il ne faut rien changer à sa politique économique, qui a permis à l'économie de croître au rythme de 3,4% par an et de ramener le chômage de 27% en 2013 à 21% fin 2015. Podemos et les autres partis rétorquent que les nouveaux emplois créés sont en majorité précaires et mal payés et que dans l'Union européenne seule la Grèce fait pire sur la question du chômage.

Dilemme à gauche

Même s'il dépassait le PSOE, Iglesias, que la rue surnomme affectueusement "el coletas" (queue de cheval), n'est pas encore au pouvoir. Il dit vouloir gouverner avec les socialistes, malgré leur aversion pour un homme décidé à les supplanter et qui ne manque aucune occasion de les humilier.

Mais la question de la Catalogne, dont les dirigeants ont entamé un décompte vers l'indépendance, est également très présente dans l'équation politique. Bien que généralement hostile à la séparation, Podemos promet aux Catalans un referendum d'autodétermination dans l'espoir de clore la question, quitte à mettre en place une autonomie renforcée. C'est la condition d'une alliance à la "valencienne" (qui fonctionne à Valence entre Podemos, PSOE et régionalistes) ... mais c'est aussi ce dont ne veulent pas entendre parler les socialistes, en particulier ceux d'Andalousie, puissants au plan national et inquiets des concessions au séparatisme catalan. Le dilemme, qui a déjà posé problème dans l'impasse de ces derniers mois n'est pas résolu pour Podemos, même en cas de succès accru dans le nouveau scrutin.

Rajoy n'est pas plus avancé. Il propose une grande coalition que les socialistes refusent. "S'ils n'en veulent pas, je demande que le parti qui a recueilli le plus de voix gouverne", a-t-il annoncé. Le PP pourrait ainsi former un gouvernement minoritaire, qui obtiendrait la confiance du parlement grâce à l'abstention du PSOE et de Ciudadanos. "C'est le scénario le plus probable, et de loin", estime Pablo Simon, professeur de sciences politiques à l'Université Carlos III. "Il est plus probable que notre seule option soit de nous abstenir plutôt que gouverner avec Podemos", reconnait un membre de l'équipe de campagne socialiste. C'est aussi ce montage - tout de même embarrassant pour ce vieux parti socialiste, même bien usé, et difficile à avaler pour son électorat - qui échoue depuis les élections du 20 décembre.

Dans cette hypothèse, en tout cas, Rajoy pourrait bien ne pas diriger ce - fragile - gouvernement si Ciudadanos et le PSOE demandent sa tête comme prix de leur abstention. "Il y aura une pression énorme pour qu'il s'en aille", dit Fernando Vallespin, professeur à l'Université autonome de Madrid. Il y a, jusqu'à présent, résisté.