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Elections en Roumanie, l’espoir d’une alternative civile

<p>Une femme lave ses vitres près d'une affiche électorale à Bucarest, vendredi 9 décembre 2016, deux jours avant les législatives de dimanche 11. Voici un an de cela, les sociaux-démocrates étaient balayés du pouvoir par une vague anti-corruption suite au dramatique incendie d'une boîte de nuit à Bucarest.</p>

Une femme lave ses vitres près d'une affiche électorale à Bucarest, vendredi 9 décembre 2016, deux jours avant les législatives de dimanche 11. Voici un an de cela, les sociaux-démocrates étaient balayés du pouvoir par une vague anti-corruption suite au dramatique incendie d'une boîte de nuit à Bucarest.

©AP/Vadim Ghirda

Ce dimanche, les électeurs roumains élisent leurs 466 futurs députés et sénateurs. Un nouveau parti s’invite dans la course, l’"Union sauvez la Roumanie". Ses membres viennent tous de la société civile. Sa devise : nettoyer le pays de la corruption.

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Depuis quelques semaines, Radu Lupan a troqué ses baskets de ville contre des mocassins et enfilé son nouveau costume de politicien. Il a encore du mal à s’y faire, mais il sent qu’il n’a pas le choix s’il veut asseoir sa crédibilité auprès des électeurs roumains - et pouvoir entrer à la Chambre des députés ce dimanche. "J’ai hâte que ce faste de campagne se termine pour passer à l’action dès que possible, espérons-le. Si j’arrive à être utile dans cette nouvelle mission, je ne regretterai pas", confie cet entrepreneur en équipement industriel.

Radu Lupan, 2ème sur la liste "Union Sauvez la Roumanie" (USR) pour la Chambre des députés.
Radu Lupan, 2ème sur la liste "Union Sauvez la Roumanie" (USR) pour la Chambre des députés.
©Aline Fontaine pour TV5MONDE

Candidats aux mains propres

Tout est allé très vite pour ce quadragénaire grisonnant. En août 2016, l’Union Sauvez la Roumanie (USR) est née ; en septembre, Radu a co-fondé la filiale de Timisoara, lassé de voir les dirigeants des principaux partis impliqués dans des affaires de corruption. Pendant plusieurs jours, il a arpenté les rues de sa ville pour aider à collecter les 200 000 signatures nécessaires au parti afin de présenter des candidats aux élections dans tout le pays. Résultat : 350 000 signatures recueillies. Son premier pari rempli, Radu s’est retrouvé deuxième sur la liste locale. "J’ai des enfants encore petits et j’ai envie qu’ils grandissent dans un environnement sain, qu’ils ne partent pas à l’étranger dès qu’ils auront atteint leur majorité", poursuit-il. 

Clotilde Armand, vice-présidente de l'USR.
Clotilde Armand, vice-présidente de l'USR.
©Clotilde Armand

Comme Radu, aucun des 477 candidats de l’USR n’a jamais eu de mandat électif. La direction du parti n’a pas posé de condition particulière à leur engagement, sauf une : qu’ils arrivent les mains propres au pouvoir, autrement dit, sans antécédents judiciaires. "Nos candidats ont une expérience de vie normale, tout comme leurs électeurs, et leurs compétences professionnelles vont leur permettre de répondre rapidement aux exigences de leurs fonctions d’élus", argue Clotilde Armand, franco-roumaine et vice-présidente de cette Union. Les principaux candidats, âgés de 20 à 50 ans, évoluent dans le domaine de l’informatique et des nouvelles technologies. Souvent, ils ont étudié à l’étranger. 

► Lire notre article : Clotilde Armand, française, bien décidée à changer la politique en Roumanie


Une fausse stratégie roumaine

L’idée de ce parti a d’ailleurs germé dans la tête d’un chercheur en mathématiques, doctorant de l’Ecole normale supérieure de Paris. En 2008, Nicușor Dan fonde l’association "Sauvez Bucarest". Son but : empêcher la démolition de milliers de maisons du centre historique de la capitale au profit de promoteurs immobiliers. Pendant la campagne des municipales de 2008, avec d’autres ONG, il prépare un ensemble de propositions pour développer la ville, tout en préservant son patrimoine architectural et ses espaces verts. Tous les candidats à la mairie signent ce pacte, mais le rompent après les élections. Une raison de plus pour Nicușor Dan de continuer sa lutte.

Transformer l’essai

Aux municipales de juin 2016, l’activiste saute le pas et se présente à la mairie de la capitale sous les couleurs de l’Union sauvez Bucarest. Au final, ses candidats obtiennent 25 % des voix. L’USB devient la deuxième force politique de la ville. Depuis, pour transformer l’essai, Nicușor Dan a lancé l’Union sauvez la Roumanie.

Cette démarche, une première dans le pays, rencontre une notoriété inattendue. Dans les sondages, le parti est crédité d’au moins 10% des voix pour dimanche. Cet élan s’inscrit dans la veine des mouvements citoyens nés en Europe ces dernières années à l’image du parti des pirates en Islande, Podemos et Ciudadamos en Espagne ou Syriza en Grèce. Tous se révoltent face à un système en apparence bipolaire. "L’histoire de la Roumanie est toutefois particulière, pense Clotilde Armand. Les principaux partis actuels, le Parti national libéral et le Parti social démocrate, dérivent de l’ancien parti communiste réorganisé en Front du salut national en 1989. Depuis ils ont créé des multiples partis-satellites, qui ont changé fréquemment de nom pour donner l’illusion aux électeurs qu’on leur propose toujours une alternative. Nous sommes le premier parti qui échappe à cette stratégie."

Réformer le système 

L’objectif premier de l’USR est d’enrayer la corruption, en rendant notamment public tous les contrats signés par l’État. Le parti veut aussi initier une réforme systémique profonde afin d’améliorer des services de base comme l’éducation ou la santé, parents pauvres des considérations politiques actuelles. "En Roumanie, l’administration centrale s’illustre par sa faiblesse et son inefficacité", lance Catalin Drula, premier prétendant à un siège de député à Timisoara. Fondateur d’une association listant les déboires des chantiers d’autoroutes, ces dix derniers mois, il est devenu conseiller du Premier ministre sur les questions d’infrastructures routières. Il a renoncé à ce poste dans l’espoir de "résoudre la cause du problème". "Il va falloir changer des lois radicalement pour débureaucratiser le pays. Dès que je lançais une initiative, je me heurtais à une politisation excessive et à des gens démotivés, sans expertise. A moyen comme à long terme, ce n’est pas viable", soutient-il, déjà bien soigneux de son discours. 

Derrière ses mots, l’enjeu est aussi de redonner confiance aux Roumains d’ici et de l’étranger. "Beaucoup des membres de la diaspora n’osent pas dire qu’ils sont Roumains car ils ne trouvent pas leurs institutions crédibles. Il nous faut recréer une certaine identité, un socle pour que ces personnes souvent très éduquées aient envie de rentrer dans leur pays", prétend Manuel Cotaescu, premier candidat de la diaspora pour la Chambre des députés.

<p>Conférence de presse USR, le 6 décembre à Timisoara. De gauche à droite : Ionut Vetan, candidat au Sénat ; Clotilde Armand, vice-présidente, mais pas candidate ; Radu Lupan ; Cătălin Drulă.</p>

Conférence de presse USR, le 6 décembre à Timisoara. De gauche à droite : Ionut Vetan, candidat au Sénat ; Clotilde Armand, vice-présidente, mais pas candidate ; Radu Lupan ; Cătălin Drulă.

©Aline Fontaine pour TV5MONDE

Les 10 projets d'USR

Pour cela, l’USR, qui se veut ni de droite, ni de gauche, vient avec 10 projets "réalistes et réalisables", selon Cristian Ghinea, candidat à Bucarest. "Nous ne nous improvisons pas Père Noël le temps de la campagne", lance-t-il avant de commencer son listing, convaincu que son parti est tout sauf populiste. Au programme : l’extension du programme "l’école pour tous" à toutes les écoles pauvres du pays, un plan de soutien pour les entrepreneurs ou encore la création de groupes d’action locale pour raviver les campagnes.

Les dirigeants de l’USR ont prévenu. Ils ne soutiendront pas un gouvernement qui ne s’engage pas à respecter ses idées. 

Pour certains spécialistes, s’il entre au Parlement, l’USR pourrait même s’imposer comme le parti sans lequel une majorité ne pourrait se dessiner, à condition qu’il se discipline. "Cette percée aussi soudaine relève de la prouesse. Elle a été possible grâce à des bases locales très motivées mais variées, note le politique George Jiglău, membre du Centre pour l’étude de la démocratie. Maintenant le parti doit se constituer au niveau national et se doter d’un message concret et cohérent, que tous les élus assumeront, sans quoi il disparaîtra aussi vite qu’il est apparu."