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Élections grecques : morne campagne sur fond de résignation

L'ex-Premier ministre<em> </em>Alexis Tsipras (à gauche) et son adversaire de <em>Nouvelle Démocratie</em> Vangelis Meimarakis, (à droite) lors d'un débat à la télévision nationale le 14 septembre.<br />
<sub>(AP Photo/Lefteris Pitarakis)</sub>
L'ex-Premier ministre Alexis Tsipras (à gauche) et son adversaire de Nouvelle Démocratie Vangelis Meimarakis, (à droite) lors d'un débat à la télévision nationale le 14 septembre.
(AP Photo/Lefteris Pitarakis)

Conséquence de l’éclatement de la majorité parlementaire d’Alexis Tsipras après sa reddition en juillet au mémorandum européen, les Grecs retournent aux urnes ce 20 septembre pour de nouvelles législatives anticipées. Au terme d’une campagne électorale morose et dans un contexte de désenchantement, la reconduction de sa formation demeure incertaine.

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Ce n’est pas une campagne particulièrement enjouée, pour aucun des camps, et l’alternative n’en est pas très exaltante. Au choix des Grecs plus résignés que convaincus, ce dimanche : la reconduction d’une équipe qui s’est soumise à ce qu’elle était venue combattre, y perdant sa majorité parlementaire et son crédit auprès d’une grande part de son électorat, ou le retour au pouvoir des partis traditionnels qu’ils ont sèchement congédiés neuf mois plus tôt. Ils risquent aussi, par le jeu des alliances, d’avoir les deux. Dans un contexte de lassitude, la nouvelle force née à la gauche de Syriza peine à émerger. Rappel à l’attention du lecteur qui aurait manqué un épisode estival.

Non...

Alors que le pays se trouve en quasi cessation de paiement, acculé fin juin par l’Eurogroupe à des concessions – privatisations, hausses de la fiscalité, nouvelles mesures d’austérité - qu’il juge incompatible avec son mandat, le Premier ministre Alexis Tsipras en appelle au peuple. Il soumet à ses concitoyens un référendum qui doit décider de l’acceptation ou non des exigences des créanciers. Face au diktat dont, dit-il,« le but est l’humiliation de tout un peuple », Tsipras appelle comme son parti au pouvoir, Syriza, à voter « non ».

Partisans du "non" au référendum au soir du 5 juillet à Athènes<br />
(AP Photo/Petros Giannakouris)
Partisans du "non" au référendum au soir du 5 juillet à Athènes
(AP Photo/Petros Giannakouris)
Le scandale est immense. La classe politique européenne et ses médias s’indignent de cette consultation inédite qu’elle perçoit comme un outrage tactique aux bonnes mœurs. L’exaspération est totale lorsque, le 5 juillet, le « non » l’emporte par près des deux tiers des suffrages. Victoire aussi éclatante qu’apparente, en réalité, pour le Premier ministre, car elle prélude paradoxalement à l’annonce du repli et l’éclatement de Syriza.

La revanche

Dans les jours qui suivent le référendum, la pression est immense sur un pays exsangue et en besoin pressant de liquidités. Face à la fuite accélérée des capitaux, le gouvernement a déjà été contraint le 29 juin d’en instaurer le contrôle, de fermer les guichets des banques et de limiter les retraits en distributeurs automatiques. Les « partenaires » de la Grèce, Allemagne en tête, toute l’Europe du nord derrière, redoublent d’intransigeance et brandissent la menace de son exclusion de fait de l’euro que Tsipras – contrairement à certains de ses compagnons - veut éviter à tout prix. Partisan de la résistance - au risque d’un plan B -, son ministre de l’économie Varoufakis est contraint à la démission. Ses ennemis, aussi nombreux dans les instances européennes que dans les médias qui en avaient fait leur épouvantail, exultent. La fête commence.

Dans la nuit du 12 au 13 juillet, l’Eurogroupe réuni à Bruxelles impose à un Premier ministre grec isolé - et physiquement épuisé par une séance-marathon de quatorze heures seul contre tous - un « accord » aux allures de vengeance (expression du Prix Nobel d’économie Paul Krugman), mis au point par l’Allemagne et défendu par François Hollande.

Alexis Tsipras à Bruxelles le 13 juillet au matin<br />
<sub>(AP Photo/Francois Walschaerts)</sub>
Alexis Tsipras à Bruxelles le 13 juillet au matin
(AP Photo/Francois Walschaerts)

Privatisations, hausses de TVA, austérité : plus dur encore que ses versions antérieures, il impose au gouvernement grec, contre un nouveau prêt conditionnel pouvant atteindre 80 milliards d’euros, un programme aux antipodes de ses engagements. Peu d’économistes – pas même le Fonds monétaire international – croient au caractère réaliste du mémorandum, plus punitif que constructif. Si les dirigeants européens – Français inclus - applaudissent, bien des voix dans le monde s’émeuvent de l’humiliation imposée à la Grèce, voire ses conséquences: « C’est le catalogue des horreurs », écrit le magazine allemand, Der Spiegel ; « l’Europe prend sa revanche sur Tsipras » titre le Guardian ; « les créanciers brutaux de la Grèce ont détruit le projet de la zone euro », résume le peu sentimental Financial Times. Sur Tweeter, l’hashtag #ThisIsACoup devient l’un des plus populaires.

De retour à Athènes, Tsipras vend péniblement la reddition à des Grecs qui l’ont refusée par référendum une semaine plus tôt. La Vouli (Parlement) avalise le plan le 15 juillet mais 39 députés de Syriza s’y opposent déjà. Varoufakis parle de « Traité de Versailles », la présidente du parlement, Zoé Konstantopoulou, de « génocide social ». Le Premier ministre se résout à un remaniement gouvernemental qui écarte les contestataires mais ne le sauvera pas. Les 22 juillet et 14 août, la finalisation du programme d’austérité est à nouveau votée au parlement … grâce aux voix de l’opposition. Tsipras n’a plus de majorité. Le 20 août, il annonce sa démission et la tenue d’élections anticipées le 20 septembre.

Coalition complexe de petits partis de gauche d’origines diverses (extrême-gauche, écologistes, communistes, ex-socialistes...), Syriza éclate, huit mois après sa victoire historique, quitté par sa frange radicale. Celle-ci fonde, avec 25 députés, un nouveau parti : l’Unité populaire - nom qui sonne comme l’hommage ambigu à une épopée chilienne de gauche, elle aussi, dans un sens, écrasée –, favorable à une sortie de l’euro. Varoufakis, également en rupture de fait avec Tsipras, ne la rejoint pas.

Désenchantement

Athénien devant une affiche de Syriza le 16 septembre.<br />
<sub>(AP Photo/Lefteris Pitarakis)</sub>
Athénien devant une affiche de Syriza le 16 septembre.
(AP Photo/Lefteris Pitarakis)

Conséquence du désenchantement mais aussi, peut-être, faute d’enjeux très « clivants » (le choix est, en pratique, « pour l’austérité » ou … « pour l’austérité ») la campagne est morose. « Les matinées athéniennes deviennent désormais un peu humides, ailleurs dans le pays il pleut déjà. Dans les cafés, on commente la météo et la politique aux prévisions... de fait inséparables. La tristesse du désespoir plane partout, visible, ou sinon intériorisée et difficilement dissimulée », raconte l’historien et ethnologue Panagiotis Grigoriou dans son blog francophone (malgré le titre) « greek crisis ».

Disposant d’une cote personnelle encore élevée et d’une image persistante d’intégrité, Tsipras affirme dans sa campagne que « la lutte continue ». Il explique avoir dû céder et signer un pacte financier « très douloureux » par la puissance des « forces asymétriques » contre lesquelles il a dû batailler, dans une Europe majoritairement à droite et adepte de l'orthodoxie budgétaire à l'allemande. Surtout, il affirme pouvoir mettre en œuvre avec plus d'équité, de justice sociale et d'efficacité, les engagements contractés auprès des bailleurs de fonds, et négocier, dès cet automne, une restructuration de la dette grecque.  

La ronde des ex ...

Si les premiers sondages lui sont favorables, son avance s’effrite dans la campagne et ceux-ci donnent aujourd’hui Syriza à égalité avec le parti conservateur Nouvelle Démocratie dont le nouveau dirigeant, Vangélis Meïmarakis, fait une percée remarquée. Propulsé à la tête de son parti à 61 ans après la démission de l’ancien Premier ministre Samaras (désavoué par le résultat du référendum de juillet), il se montre plus modéré. Accusant la gauche radicale d'avoir tiré le pays vers le chaos, Meïmarakis propose un gouvernement d’union nationale - option pour l’heure écartée par Tsipras - et présente la droite comme garante de la stabilité. « Suffit les expériences ! », résume l’un des slogans de sa campagne. Sur le sujet sensible de l'immigration : « La Grèce, dit-il dans une interview télévisée, ne devrait pas envoyer le message « qu'ici il fait bon, venez donc » » .

L'entrée en Grèce de plus de 230.000 migrants depuis le début de l'année - plus de dix fois plus que sur la même période de 2014 -, nourrit en effet sans surprise la rhétorique de l'extrême-droite. Les sondages, pourtant, n’annoncent pas une percée spectaculaire des néo-nazis d’Aube dorée, lui prévoyant un score stable autour de 6 à 8 %.

Rassemblement de partisans de l'Unité populaire à Athènes le 15 septembre<br />
(AP Photo/Lefteris Pitarakis)
Rassemblement de partisans de l'Unité populaire à Athènes le 15 septembre
(AP Photo/Lefteris Pitarakis)

À l’opposé, l’Unité populaire, malgré ses 25 députés et l’attrait de plusieurs personnalité respectées voire de prestige - dont la présidente du parlement sortant Zoé Konstantopoulou mais aussi Manolis Glezos, la grande figure de la résistance aux nazis qui fut un symbole de Syriza -, peine visiblement à capter les électeurs, désappointés par le virage d’Alexis Tsipras, pourtant nombreux. Son score, toujours selon les sondages, semble tourner autour de 5 %, voisin de celui du PASOK (parti socialiste naguère au pouvoir) et du jeune parti centriste proche des oligarques, Potami. Outre chez ses alliés actuels de la droite souverainiste ANEL, c’est auprès d’une de ces trois formation qu’Alexis Tsipras, s’il arrive en tête, devra sans doute chercher un renfort pour former une majorité parlementaire. Un suspense tout politicien, aux antipodes des enthousiasmes et des espoirs qui, en janvier dernier, animaient Syriza et avec lui une grande partie des Grecs.