Elections législatives britanniques : la coalition à l'oeuvre

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Austérité, en avant toute !

Le ministre des finances, George Osborne, accompagné du secrétaire au Trésor, David Laws, présente son plan de réduction des déficits lors d'une conférence de presse, lundi 24 mai à Londres. Photo AFP
Le ministre des finances, George Osborne, accompagné du secrétaire au Trésor, David Laws, présente son plan de réduction des déficits lors d'une conférence de presse, lundi 24 mai à Londres. Photo AFP
Le nouveau gouvernement britannique de coalition a dévoilé son programme législatif, basé sur le retour de la rigueur, en raison de la priorité donnée à la réduction du déficit budgétaire.

Cette feuille de route réservait peu de surprises. Il a été lu par la reine Elisabeth II lors de la session inaugurale de la nouvelle législature et découle de l'accord détaillé signé par les deux partis au pouvoir, Conservateurs et Libéraux démocrates.

Réduire le déficit budgétaire, qui atteint 11% du produit intérieur brut, en est la priorité absolue. L'accord de coalition affirme clairement que cet objectif prime sur tous les autres.

Le ministre des Finances, le conservateur George Osborne a annoncé la couleur, avec une volonté affichée de réduire les dépenses de l'État de 6,2 milliards de livres (7,2 milliards d'euros).

L'annonce de ces coupes immédiates dans les dépenses publiques du pays, ont suscité l'approbation du patronat et des économistes, mais l'épouvante de syndicats dénonçant un retour au thatchérisme.

Les réductions vont s'abattre sur les ministères. Seuls ceux de la santé, de la défense et de l'aide au développement sont épargnés, car ils pourront réinvestir dans leurs services essentiels les économies qu'ils vont faire.
Les "quangos" (quasi non-governmental organisations), des organismes para-publics qui s'étaient multipliés sous les travaillistes, seront fortement réduits. Les dépenses en informatique, et les approvisionnements en général, vont souffrir. La seconde classe remplacera la première en ce qui concerne les déplacements des officiels, et la marche sera conseillée dans la mesure du possible.
Les recrutements sont gelés.

Il s'agit d'"envoyer une onde de choc" dans les ministères, et d'instaurer "des contrôles draconiens" sur les dépenses, avait résumé le secrétaire d'État au Trésor, le libéral démocrate David Laws, à l'orée de son bref passage au gouvernement. (Il a depuis démissionné en raison d'un scandale privé et a été remplacé par Danny Alexander, lui aussi sur la sellette pour ne pas s'être acquitté de ses impôts sur les plus-values...)

Ce premier train de mesures sera suivi en effet de l'annonce le 22 juin d'un nouveau budget pour l'année fiscale qui s'achève fin mars 2011, puis à l'automne par une revue complète des dépenses publiques.
M. Osborne a remarqué que le Royaume-Uni était, des 27 pays de l'Union européenne, "celui qui avait le plus gros déficit", avec 156,1 milliard de livres pendant l'année budgétaire achevée fin mars, soit 11,1% de son Produit intérieur brut (PIB).

Un discours du trône aux couleurs de la rigueur

résumé en vidéo

Lors de l'inauguration de la nouvelle session parlementaire, le souverain britannique en exercice prononce un discours devant l'assemblée législative, écrit par le chef du gouvernement, en l'occurrence David Cameron épaulé par Nick Clegg, le vice-Premier ministre. Ce discours donne le ton du projet gouvernemental.

Récit Jean Baptiste Urbain, JT TV5Monde 25 mai 2010, 1'36
Un discours du trône aux couleurs de la rigueur

L'alliance de la carpe et du lapin

Les conservateurs font affaire avec les libéraux-démocrates

Le conservateur David Cameron est devenu le 11 mai 2010 à 43 ans le plus jeune Premier ministre britannique en 200 ans, en succédant au travailliste Gordon Brown, et a pris la tête d'une coalition avec les libéraux-démocrates qui met fin à 13 ans de règne du Labour.

Après cinq jours de tractations, l'accord créant la première coalition depuis la Seconde Guerre mondiale a été définitivement approuvé dans la nuit par le groupe parlementaire et l'organe exécutif des Lib Dems.
Cinq portefeuilles ministériels leur ont été réservés dans le nouveau gouvernement, dont celui de vice-Premier ministre qui revient à Nick Clegg, chef du parti de centre gauche, âgé lui aussi de 43 ans.

Annonçant des "décisions difficiles" conformément à son programme électoral d'austérité, M. Cameron a cependant promis de ne pas oublier "les personnes âgées, fragiles et les plus pauvres de notre pays", dans des accents marqués du "conservatisme compatissant" dont il est le chantre.

L'accord prévoit notamment que soient instituées des législatures fixes de cinq ans et que la réduction du déficit public soit "au coeur" du programme du nouveau gouvernement.

Nick Clegg a salué l'avènement d'un "nouveau type de gouvernement", et dit espérer que cela serait le début d'une nouvelle façon de faire de la politique, "diverse, plurielle", dans laquelle des hommes politiques de tous horizons "surmontent leurs différences" pour le bien commun.

Arrivés en troisième position aux législatives du 6 mai, les Lib Dems étaient courtisés à la fois par les Tories, victorieux du scrutin mais sans réussir à dégager une majorité absolue, et les travaillistes, deuxièmes.

L'alliance contre nature entre les deux formations a été accueillie avec beaucoup d'ironie par la presse britannique, tant à droite qu'à gauche.
AFP

Une ministre comme les autres

Le nouveau Parlement prête serment ce mardi 18 mai. Au delà de cette alliance d'un nouveau genre, une jeune ministre retient l'attention médiatique. La conservatrice Sayeeda Warsi, d'origine pakistanaise et musulmane, s'est installée depuis une semaine dans le fauteuil de Secrétaire d'État aux affaires sociales.

Portrait de Florent Crebessègues
JT TV5Monde, 18 mai 2010, 1'25

Une ministre comme les autres

David Cameron, l'entrant

Un jeune conservateur aux allures modernes

Retour sur le parcours, sans presque aucune fausse note, du chantre du conservatisme compassionnel...

Portrait réalisé par Matthieu Vendrely, 2'08, JT TV5Monde, 12 mai 2010


David Cameron, l'entrant

Gordon Brown, le sortant

Une carrière semée d'épines

Malgré une vie politique très riche et malgré l'admiration qu'il suscite à l'étranger, Gordon Brown n'aura pas su en 3 ans de mandat séduire les Britanniques.

Récit de Mathieu Vendrely - TV5monde
11 mai 2010 - 1'59
Gordon Brown, le sortant

Les résultats en vidéo

Erwaen Braem - JT-Tv5monde
7 mai 2010 - 1'27
Les résultats en vidéo

Le nouveau gouvernement de coalition britannique

Principaux ministres

David Cameron, 43 ans : plus jeune Premier ministre des 200 dernières années.
Il entre au parlement en 2001 et prend la tête de son parti en 2005, quasi-inconnu et à seulement 39 ans. Il fait d'un "conservatisme moderne et compatissant" sa profession de foi.
En juin 1996, il épouse l'héritière aristocrate Samantha Sheffield. Ils ont eu trois enfants mais l'aîné, lourdement handicapé, est décédé en 2009. Leur quatrième enfant doit naître en septembre.

Nick Clegg, vice-Premier ministre, 43 ans : quasiment inconnu il y a quelques mois, il s'est révélé pendant la campagne. Il est entré au parlement en 2005 et a pris les commandes des lib dems en décembre 2007.
Il avait effectué jusqu'alors sa carrière dans les instances européennes, rejoignant la Commission européenne en 1994.
Il est marié depuis 2000 à Miriam Gonzalez Durantez, avocate internationale. Ils ont trois fils.

William Hague, ministre des Affaires étrangères : intellectuel à l'humour grinçant, il a dirigé pendant près de quatre ans le parti conservateur avant d'être contraint à la démission à la suite d'une défaite électorale. Il a hérité de Margaret Thatcher des vues très eurosceptiques.

George Osborne, ministre des Finances, 38 ans : fils de famille sans vocation précoce pour la politique, c'est un ami proche de David Cameron. Il était depuis 2005 porte-parole des tories aux Finances.
Il est partisan d'une réduction marquée et immédiate du déficit.

Liam Fox, ministre de la Défense, 48 ans : médecin généraliste écossais, il a mis un terme à sa carrière après son élection en 1992 au parlement. Un an plus tard, il est assistant parlementaire de Michael Howard, alors ministre de l'Intérieur. Lors de la défaite des tories en 1997, il est sous-secrétaire d'État aux Affaires étrangères.

Vince Cable, ministre du Commerce, 67 ans : cet économiste de formation est entré au parlement en 1997. Il était porte-parole du parti libéral-démocrate aux Finances depuis 2003.
Il a démarré sa carrière en 1966 par une mission de conseil auprès du gouvernement kenyan. Il devient ensuite haut fonctionnaire, puis rejoint le groupe pétrolier Shell en 1990, jusqu'en 1997.

Theresa May, ministre de l'Intérieur et secrétaire d'Etat aux Femmes et à l'Egalité, 53 ans : elle travaille à la Banque d'Angleterre avant d'entrer en politique par la petite porte. De 1986 à 1994, elle est conseillère municipale de Merton, près de Londres.
Elle est élue au parlement en 1997. De 2002 à 2003, elle est la première femme présidente du parti conservateur.

Kenneth Clarke, ministre de la Justice, 69 ans : c'est l'un des personnages les plus colorés et les plus influents des tories. Ministre de 1979 à 1997, notamment aux Finances pendant la crise économique 1993-97.
Il a brigué à trois reprises la tête des tories (en 1997, 2001 et 2005), mais son europhilie lui a barré la route.

AFP