Elections municipales en France : l’UMP y croit, malgré les affaires

La candidate à la mairie de Strasbourg Fabienne Keller entourée (de gauche à droite) de François Fillon, Jean-Pierre Raffarin et Jean-François Copé (@AFP)
La candidate à la mairie de Strasbourg Fabienne Keller entourée (de gauche à droite) de François Fillon, Jean-Pierre Raffarin et Jean-François Copé (@AFP)

Ce dimanche 23 mars, 44,8 millions de Français se rendent aux urnes pour élire leurs maires et conseillers municipaux. A l’issue du premier tour, la gauche devrait perdre des mairies, même si elle espère que les enjeux locaux limiteront le vote sanction. Tout dépendra de la participation et de la mobilisation des électeurs de droite et du Front national. Revue des enjeux avec nos partenaires suisses du Temps.

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Dans quelle mesure les socialistes au pouvoir depuis deux ans en France seront-ils sanctionnés par les électeurs ? C’est l’un des enjeux majeurs de ce scrutin municipal, dont le premier tour se déroule ce dimanche 23 mars 2014 dans les 36 000 communes françaises, et qui a pris un air d’élections de mi-mandat. La réponse dépend à la fois de la participation, du degré de colère et d’écœurement des Français, ainsi que de la mobilisation des électeurs de la droite traditionnelle, comme des déçus du système qui vont se tourner vers le Front national (FN). L’impact de la salve d’affaires révélées ces dernières semaines restant difficile à évaluer, les pronostics sont très ouverts.


Crainte d’une faible participation

La participation est cruciale pour les socialistes, qui craignent une forte abstention de leurs troupes, démobilisées et déçues par la politique sociale-démocrate menée par François Hollande et Jean-Marc Ayrault. Selon le dernier sondage de l’institut CSA, le potentiel de participation s’élève à 59%, en légère hausse. De 66,5% en 2008, elle baisse inexorablement de scrutin en scrutin. Mais une abstention de l’ordre de 40% représenterait un record.
Les électeurs de droite devraient être plus mobilisés que ceux de gauche, ce qui pénalisera la majorité. Reste que les nombreuses incertitudes qui planent sur la participation rendent les prévisions difficiles et les résultats incertains.


Impact du vote sanction

Traditionnellement, toute élection intermédiaire comporte une part de sanction envers le pouvoir en place au niveau national. C’est pourquoi les candidats socialistes et les maires de gauche qui se représentent cherchent à centrer leur campagne strictement sur les enjeux locaux, allant parfois jusqu’à gommer toute référence au PS sur leurs tracts. Cette stratégie pourrait se révéler payante : selon un sondage mené par l’institut BVA, 69% des personnes interrogées indiquent qu’elles voteront "en fonction d’enjeux locaux en priorité" et 17% pour "sanctionner le président".

Anne Hidalgo (g) et Nathalie Kosciusko-Morizet (d) (@afp)
Anne Hidalgo (g) et Nathalie Kosciusko-Morizet (d) (@afp)
Reste que la majorité s’attend à un revers : selon l’enquête du CSA, les listes de gauche recueilleraient 41% d’intentions de vote dans les communes de plus de 3500 habitants (47,6% en 2008), tandis que les listes de la droite et du centre arriveraient en tête avec 49% des intentions de vote (44,6% il y a six ans). Mais la gauche rêve encore d'éviter la débâcle en mettant en avant le bilan de ses élus locaux et en pointant du doigt les affaires récentes qui touchent Jean-François Copé, le président du parti, et Nicolas Sarkozy, l’ancien chef de l’Etat, qui vient de lancer une violente contre-attaque dans Le Figaro.

Si les socialistes conservent Paris, où Anne Hidalgo est donnée gagnante, et Lyon, où Gérard Collomb devrait être réélu, s’ils remportent une ville symbole, comme Marseille, ou quelques villes moyennes comme Avignon, ils auront limité les dégâts.

La "vague bleue"


A l’inverse, l’UMP cherche à "nationaliser" au maximum le scrutin et appelle ses électeurs à infliger un revers électoral sévère à la gauche, pour sanctionner sa politique économique et surtout fiscale. L’UMP a longtemps prédit une "vague bleue" sur la France. Mais en raison des affaires et des divisions puissantes qui traversent la formation, le parti n’ose plus utiliser cette expression. Les derniers sondages montrent pourtant des intentions de vote en progression en faveur de la droite. Jean-François Copé affiche pour ambition de remporter une cinquantaine de villes de plus de 9000 habitants. Le politologue Martial Foucault, directeur du Cevipof, le centre de recherches politiques de Sciences Po, ne prédit pas non plus de "vague bleue" : selon ses calculs, à l’issue du second tour, une trentaine de communes de plus de 30 000 habitants sur 236 devrait basculer à droite. Selon lui, la situation pourrait revenir à celle prévalant en 2001.

L’UMP espère reconquérir des villes perdues en 2008, comme Strasbourg, Reims ou Metz. Symboliquement, il est important pour elle de ne pas perdre Marseille, dirigée depuis dix-huit ans par Jean-Claude Gaudin, 74 ans, qui brigue un quatrième mandat.

Le vice-président du FN Louis Aliot à Perpignan le 15 février 2014 (@afp)
Le vice-président du FN Louis Aliot à Perpignan le 15 février 2014 (@afp)
La progression du Front national (FN)

La progression du FN sera également très observée. Ce n’est pourtant pas aux municipales, mais plutôt aux élections européennes de mai, réceptacle traditionnel du vote contestataire, que la "vague bleu marine" pourrait déferler. Pour les municipales, le Front affiche des ambitions modestes : remporter de 10 à 15 mairies et faire élire un millier de conseillers municipaux pour "mailler" le territoire. Plusieurs villes de départements du sud de la France et de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) pourraient basculer, comme Carpentras, Sorgues, Cavaillon, Brignoles, Fréjus, Beaucaire ou Tarascon. Mais également des villes du nord comme Hénin-Beaumont, où se présente le secrétaire général du FN, Steeve Briois, et Forbach, en Moselle, où Florian Philippot, vice-président du parti et bras droit de Marine Le Pen, brigue la mairie.

Le FN espère être présent au second tour dans le maximum de communes. Deux conséquences sont à prévoir: un handicap sérieux pour la droite traditionnelle qui verra son électorat se diviser d’une part ; ensuite, cela posera l’inévitable question des alliances avec la droite populiste qui déchire l’UMP. "Le FN a une vraie capacité de nuisance pour la droite traditionnelle," confirme le politologue Martial Foucault.