Elections Québec 2012 : les forces en présence

Quatre principaux partis politiques sont en lice pour le scrutin de 4 septembre prochain au Québec pour élire les 75 députés de l’Assemblée nationale. Présentation.

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Le Parti libéral du Québec

Dirigé par Jean Charest, ce parti a pris le pouvoir au Québec en 2003, avec des gouvernements minoritaires successifs jusqu’aux dernières élections, en septembre 2008, qui ont permis aux troupes libérales de former un gouvernement majoritaire. Si les premières années de pouvoir ont été relativement paisibles, les deux dernières, elles,  ont été passablement plus agitées… Les scandales qui gangrènent l’industrie de la construction et le monde municipal dans la belle Province ont commencé à éclabousser le parti, puisque beaucoup de ces scandales ont liés de près ou de loin au financement des partis politiques et à des pratiques de collusion entre le monde politique et les acteurs de cette industrie. Une Commission d’enquête est en cours pour faire la lumière sur toutes ces histoires révélées depuis décembre 2009 par les médias, notamment le service d’enquête de Radio-Canada et le quotidien montréalais La Presse. Le premier ministre Charest a attendu deux ans avant de céder aux pressions qui devenaient de plus en plus insistantes, tant dans le public que dans l’opposition, pour la mise en place de cette Commission. Les audiences reprennent à la mi-septembre et on s’attend à des révélations croustillantes de la part de témoins clés dans toutes ces histoires…   Les derniers mois ont aussi été éprouvants pour les Libéraux pris dans le tourbillon de la crise étudiante, une crise sociale d’une ampleur sans précédent au Québec et qui pourrait faire beaucoup de mal aux troupes libérales si les jeunes décident d’aller porter leur mécontentement dans une boite de scrutin. 
Le Parti libéral du Québec est une institution dans la vie politique québécoise, c’est un parti que l’on peut localiser au centre droit sur un échiquier politique traditionnel et un parti fédéraliste, donc en faveur du maintien du Québec au sein du Canada. Son électorat rassemble la communauté anglophone du Québec et une partie de la population francophone. 
Les promesses du Parti libéral du Québec pour ces élections sont surtout de nature économique : création de 250 000 emplois, garder au travail les personnes de 55 ans et plus, crédit d’impôt pour ceux qui entreprennent des rénovations écologiques, et promotion du Plan nord, le grand cheval de bataille du premier ministre Charest (c’est un plan de développement du grand nord québécois). Sur le plan social, le PLQ  promet d’augmenter le nombre de médecins de familles pour les Québécois – un casse-tête que de trouver, ici, un médecin de famille – et de porter à 80% le taux de réussite scolaire d’ici à 2020.

Le Parti québécois

C’est le parti qui prône la souveraineté du Québec. Il a perdu le pouvoir en 2003 et vient donc de passer neuf ans dans l’opposition. Pauline Marois a pris sa tête en 2008 et elle a traversé l’été dernier une grave crise de leadership, plusieurs députés ont démissionné et ils étaient nombreux au sein du Parti à réclamer sa tête. Elle a réussi à passer à travers cette tempête interne et à bien se remettre en selle pour ces élections. Les derniers sondages donnent le Parti Québécois gagnant car il fait le plein du côté des Francophones. Toute la question est maintenant de savoir si la très probable victoire des Péquistes sera suffisante pour pouvoir former un gouvernement majoritaire. 
Ces 9 ans dans l’opposition ont permis au Parti québécois de se doter d’un programme complet et de bien préparer cette joute électorale. Ce parti aux valeurs sociale-démocrates promet de tenir un sommet sur l’éducation dans les 100 jours qui suivent son accession au pouvoir (le PQ a soutenu la lutte étudiante et s’est prononcé en faveur du gel des droits de scolarité). Il promet aussi d’offrir d’ici 4 ans un médecin par famille et d’enrichir les services de soin à domicile pour les personnes âgées ou malades. Du côté de la défense de la langue française, l’un des principaux chevaux de bataille du parti, on se donne 100 jours pour mettre en place une nouvelle loi 101, cette loi qui protège le français au Québec. Le PQ veut aussi proposer une charte de la laïcité – sujet  délicat au Québec. Pour ce qu’il est du système de garderies publiques, que Pauline Marois avait justement mis en place quand elle était ministre de l’Éducation, le Parti québécois s’engage à maintenir le cout à 7 dollars par jour et à offrir à une place à chaque enfant qui en a besoin – ces garderies sont très populaires et leurs listes d’attente très longues… 

La Coalition Avenir Québec

C’est le p’tit dernier des partis politiques québécois. Fondé l’an dernier par François Legault, un ex homme d’affaires – il a cofondé la compagnie aérienne AIR TRANSAT - qui a aussi été ministre sous les gouvernements du Parti québécois, cette nouvelle formation politique risque de jouer les trouble-fêtes dans cette élection. Trouble-fête, parce que la CAQ va diviser le vote sur plusieurs fronts : en ratissant du côté des électeurs du Parti québécois – François Legault a milité dans ce parti et il a emmené avec lui quelques députés péquistes – mais surtout en récoltant l’appui d’électeurs proches du Parti libéral mais qui sont mécontents du gouvernement de Jean Charest et qui ne veulent pas le reporter au pouvoir. La CAQ ratisse donc large, c’est un parti aux idées de droite qui a fait de l’intégrité gouvernementale sa priorité dans cette campagne électorale, en arguant que les vieux partis sont aussi corrompus les uns que les autres et qu’il faut rétablir au plus vite la confiance des Québécois envers leur système politique. Baisse d’impôts pour la classe moyenne, mises en place d’un système de garderie privées pour les milieux favorisés, amélioration des conditions d’accès aux médecins de famille, la CAQ courtise la classe moyenne québécoise. François Legault est aussi allé recruter dans son équipe quelques candidatures de prestige qui devraient permettre à la CAQ de remporter plusieurs circonscriptions dans la région de Québec et dans la grande banlieue montréalaise.

Québec Solidaire

C’est le parti le plus à gauche sur l’échiquier politique québécois, un parti à deux têtes car il est codirigé  par Françoise David, ex présidente de la Fédération des femmes du Québec, et Amir Khadir, un médecin d’origine iranienne qui a fait son entrée au sein de l’Assemblée nationale comme député de Québec solidaire en septembre 2008 après avoir remporté le comté montréalais de Mercier. Québec solidaire a appuyé la lutte étudiante et promet la gratuité scolaire, le parti propose de créer 4000 postes de professionnels comme des psychologues, orthophonistes et psycho éducateurs pour venir en aide aux élèves en difficulté. Québec solidaire se propose aussi d’offrir 40 000 nouvelles places dans le système public de garderies. Le gros défi  de ce parti sera surtout de faire réélire son chef Amir Khadir et de faire élire son autre chef, Françoise David, qui se présente dans une autre circonscription montréalaise – Montréal est la base électorale de Québec solidaire. Ce parti se maintient autour de 5% dans les intentions de vote, et les jeunes, qui sont très sympathiques à sa cause, risquent de voter pour le Parti québécois cette fois afin de sortir les Libéraux du pouvoir, un vote stratégique donc qui pourrait faire mal à Québec solidaire.