Elio Di Rupo : le “Petit Macaroni“ devient Premier ministre de Belgique

La Belgique sort de la crise politique la plus longue de son histoire - 540 jours - avec la formation d'un gouvernement de coalition mené par Elio Di Rupo. Premier francophone à diriger le pays depuis plus de 30 ans, ce fils d'immigrés italiens a été l'artisan de la pacification entre Flamands et Wallons.

Le journaliste de la Libre Belgique Francis Van de Voestyne vient de sortir un livre d'entretiens avec le nouveau Premier ministre.

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Le socialiste francophone Elio Di Rupo sort, le 5 décembre, du palais du roi Albert II qui vient de le nommer Premier ministre de Belgique. (AFP)
Le socialiste francophone Elio Di Rupo sort, le 5 décembre, du palais du roi Albert II qui vient de le nommer Premier ministre de Belgique. (AFP)
Elio Di Rupo est-il le sauveur, le pacificateur de la Belgique ?

Ces mots me semblent un peu exagérés. Il ne faut pas non plus oublier qu'il y a eu une pression de l'Europe et des marchés financiers pour pousser à cet accord.

Il n'empêche que c'est Elio Di Rupo qui a trouvé cet impossible compromis et ce n'était pas simple ! Imaginez qu'en France, Mélenchon et Sarkozy doivent s'entendre pour former un gouvernement et écrire un programme...

Elio Di Rupo mérite cependant sa place dans les livres d'histoire, notamment car il est le premier Premier ministre francophone depuis près de 40 ans (depuis Edmond Leburton, Premier ministre de janvier 1973 à avril 1974, NDLR).

Est-ce qu'on peut dire qu'il est déjà en difficulté ?

De nombreux dangers et instabilités le guettent. D'abord, la fronde sociale. La semaine passée, il y avait 80 000 personnes dans les rues de Bruxelles pour protester contre les mesures d'austérité, à l'appel des syndicats.

Ensuite, le poids des nationalistes flamands de la N-VA, le plus grand parti de Flandre. La N-VA a choisi de ne pas faire partie de la coalition gouvernementale. Son discours populiste continue de faire mouche.

Enfin, Elio Di Rupo s'exprime mal en néerlandais. Or un Premier ministre doit connaître toutes les langues officielles. Si sa connaissance du néerlandais ne s'améliore pas, je pense qu'il aura des difficultés. Mais rappelons qu'il comprend la langue - il a tout de même mené les négociations avec des Flamands autour de la table. Il est aussi très perfectionniste et n'ose certainement pas s'exprimer tant que son néerlandais n'est pas parfait. Ceci étant, je préfère qu'un Premier ministre ait des qualités politiques plutôt que d'être simplement polyglotte - ce qui était le cas d'Yves Leterme (précédent Premier ministre, NDLR).

Une de la Libre Belgique le 5/12/11, Une du Standaard le 6/12/11 “Enfin!“
Une de la Libre Belgique le 5/12/11, Une du Standaard le 6/12/11 “Enfin!“
Quelles sont ses qualités et ses défauts ?

Il a énormément de caractère et il est très volontaire. Il vient d'un milieu extrêmement modeste : son père est mort quand il avait un an, ses frères et soeurs ont été confiés à l'orphelinat. Son histoire c'est un "american dream" à la belge !

Elio Di Rupo a toujours dû lutter, pour sa survie d'abord, puis pour s'imposer au sein du parti socialiste. Au début sa fédération avait voulu "l'éjecter" car on le trouvait trop "communicationnel".

J'ai aussi dit qu'il était perfectionniste : c'est à la fois une qualité et un défaut. Il a la réputation de décider parfois très lentement car il veut toujours énormément consulter en amont. Il va sûrement devoir apprendre à se décider plus vite.

Pensez-vous qu'il a le charisme et la vision nécessaires pour ce poste ?

Je l'espère ! De toute façon on n'a pas le choix... Mais je pense que c'est l'homme qu'il fallait à la Belgique.

Les Belges sont très soulagés de sortir de cette crise politique, qui leur avait porté un coup au moral. Elio Di Rupo va pouvoir rendre à nouveau le pays crédible sur la scène internationale.

Je pense qu'il a aussi les qualités requises pour sortir l'économie belge du marasme - n'oublions pas que la note de la Belgique a été dégradée fin novembre par S&P. Il n'y aura pas de miracles, mais nous sommes raisonnablement optimistes.

Noeud papillon, cheveux teints en noir : le "look" d'Elio Di Rupo est reconnaissable entre tous...

Dans le livre d'entretiens que j'ai réalisés avec lui, il explique que le jour où il a été élu il a dû s'habiller. Il connaissait un homme politique qui portait le noeud papillon et il trouvait cela très élégant. Il est donc allé en acheter un.

C'est devenu depuis sa marque de fabrique. Il est même prisonnier de cette image. Quand il n'en porte pas, tout le monde s'inquiète : est-ce qu'il va quitter la politique, est-ce qu'il est malade ?

En fait, il porte le noeud papillon pour les moments importants. Il a fait toute la négociation en chemise et en pull, et dès qu'il remettait une chemise et un noeud papillon, ses partenaires s'inquiétaient pour la suite des discussions.

En ce qui concerne sa teinture, il faut savoir que c'est un homme qui fait très attention à son apparence. Il fait au moins trois heures de sport par semaine. A 60 ans, il a envie de vieillir "en beauté". Il déteste la paresse et le laisser-aller !

Bref, être à la hauteur de sa fonction passe aussi pour lui par l'extérieur.

Elio Di Rupo est aussi le premier Premier ministre ouvertement homosexuel dans le monde...

Il a dû révéler publiquement son homosexualité suite à une sale affaire. En 1996, un jeune mythomane avait affirmé que Di Rupo avait eu des relations sexuelles avec lui alors qu'il était mineur. Quelque part, cette révélation l'a grandi, lui a donné une assurance qu'il n'avait pas avant.

C'est une particularité qu'on note à l'étranger mais ici, son homosexualité n'est pas un problème. Peut-être parce que la société belge est plus en avance ! (En 2003, la Belgique est devenu le deuxième pays du monde à autoriser le mariage homosexuel, NDLR).

A lire

Elio Di Rupo, une vie, une vision
 
Francis Van de Voestyne
Editions Racine, Bruxelles, 222 pages

Repères

60% des Belges sont des Flamands (néerlandophones), contre 40% de francophones (Wallons et Bruxellois).

Ce pays a-t-il encore un sens ? titrait le quotidien bruxellois "Le Soir" le 23 avril 2010.

Selon un récent sondage, 40% de l'électorat flamand soutient des partis indépendantistes.

BHV : Bruxelles-Hal-Vilvorde. En banlieue bruxelloise, c'est la seule circonscription électorale à majorité flamande mais rattachée à la région bilingue de Bruxelles. 100 à 120 000 francophones y vivent en bénéficiant de "facilités" (voter pour des listes francophones, être jugés dans leur langue). La Flandre réclame la suppression de ces prérogatives.