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Ello, au revoir Facebook ?

“Nous ne collecterons pas, ni ne vendrons, vos données personnelles sur Ello. Nous ne ferons jamais d’argent avec de la publicité“ affirme le nouveau réseau social
“Nous ne collecterons pas, ni ne vendrons, vos données personnelles sur Ello. Nous ne ferons jamais d’argent avec de la publicité“ affirme le nouveau réseau social

C’est le nouveau réseau social pointu et chic dont tout le monde parle, qui jure de respecter votre vie privée et de ne jamais vendre vos données. Son succès repose d’ailleurs sur son credo : devenir l’anti-Facebook. Mais son modèle économique ne laisse pas d’intriguer…

dans
Une croissance nucléaire

Mark Zuckerberg devrait-il se faire du souci? Toute la presse internationale revient sur «le petit réseau qui monte, qui monte» comme titre Gizmodo. Ello, comme un Bonjour décapité, un réseau américain bien sûr, présenté hier comme «Minimaliste hipstérisant» par Couleur 3 «dans le souk», en raison de son design «épuré» et de sa modernité: «Sans pub, qui compte sur les dons de ses utilisateurs, qui protège ta vie privée – d’ailleurs on ne te demande rien quand tu t’inscris. Ce sont les transgenres qui l’ont popularisé, en raison de l’interdiction sur Facebook d’utiliser des pseudos.» Car «Facebook s’est attiré une mauvaise presse après avoir détruit des profils de drag queens dans le cadre de sa politique de vrai nom», explicite Engadget.


Est-ce parce que ce qui est tendance dans la communauté LGBT est généralement précurseur de tendance tout court? Ce week-end en tout cas, «les invitations pour obtenir un compte s’arrachaient sur Twitter, avec des pics de 35000 demandes par heure, reprend 24 heures. «Quatre mille invitations par heure […] C’est comme si une grande partie des Européens et des Américains voulaient venir sur Ello tous en même temps», explique son créateur Paul Budnit sur le site spécialisé Betabeat, qui parle d’une croissance «nucléaire» en évoquant le marché noir sur ebay pour s’arracher les invitations… Car, oui, il faut être invité. Pour l’instant. Chaque membre peut à son tour inviter 25 personnes. On peut aussi s’inscrire, et attendre. Peut-être assez longtemps. Frisson garanti: la tendance est pointue…

Perdu? On reprend. Ello est un réseau social créé par sept amis designers et développeurs réunis par Paul Budnitz, artiste, patron de la griffe de figurines Kidrobot et propriétaire d’une boutique de vélos de luxe, dans le Vermont, raconte la BBC. Le réseau est resté privé pendant un an avant de s’ouvrir au public en août. Les pages ont un vrai look vintage, avec des caractères typés machine à écrire à l’ancienne, qui peut déconcerter, et un système de petits cercles pour les profils. Il s’agit d’une version Beta, autrement dit la phase de test est encore en cours. Le Blogdumodérateur a établi un mode d’emploi détaillé. Comme Le Monde qui se veut aussi pédagogue: «A première vue, le principe d’Ello est identique à celui de Facebook, Twitter, Tumblr ou Google+.

L’utilisateur dispose d’un compte, s’abonne à d’autres personnes, publie des textes et des photos, et consulte ceux postés par d’autres (à noter, la distinction Amis ou Bruit, pour les indésirables). Ello est toutefois bien plus beau que ses aînés. Son interface épurée s’affiche sur toute la largeur d’un écran» […] Et surtout: «Ello ne doit pas reproduire les contraintes des réseaux sociaux existants et doit permettre le partage libre de leurs idées et de leurs créations. Et pour cela, Ello doit fonctionner sans publicités.» «Le nouveau réseau social anti-Facebook», titre logiquement Le Monde. «Ello, le réseau social pour dire au revoir à Facebook», reprend 20 minutes.


Car le manifeste d’Ello, qu’on est invité à partager dès la première page du site, commence en effet par ces mots très clairs, qu’a lus Le Figaro: «Votre réseau social préféré est possédé par les annonceurs […] Ils achètent vos données personnelles pour vous montrer toujours plus de publicités. Vous êtes le produit que l’on achète et que l’on revend ensuite […] Nous ne collecterons pas, ni ne vendrons, vos données personnelles sur Ello. Nous ne ferons jamais d’argent avec de la publicité. Point final.»

Waouh. Le Figaro s’interroge donc à juste titre sur le «mystère d’Ello»: son modèle économique. «Sans publicité et complètement gratuit, le site n’a pour le moment aucun moyen concret de gagner de l’argent.» Sur le site Engadget, Paul Budnitz indique que son équipe travaille à un système d’options payantes, qui permettraient d’améliorer l’expérience des utilisateurs contre quelques dollars. «Néanmoins, Ello n’est pas sans ressources, continue Le Figaro. En mars, le site a levé 435000 dollars auprès de la société de capital-risque américaine FreshTracks Capital. Sous ses airs révolutionnaires, Ello a tout d’une start-up classique.» «Au contraire des business angels et des campagnes Kickstarter, les sociétés de capital-risque ne se contentent pas de donner de l’argent», écrit Vox cité par Le Nouvel Observateur. Il faudra bien rentabiliser l’investissement…

Il ne s’agit pas du premier réseau social venu affronter Facebook sur le terrain de la vie privée ou de la publicité. Avant lui, des sites comme Diaspora ou App.net ont vainement tenté de s’attaquer à son empire, rappelle le blog Valleywag, cité par Le Figaro. Quelles sont ses chances? The Guardian a déjà publié trois longs articles sur «le réseau qui veut avoir une conscience sociale», qu’on pourrait ainsi résumer: c’est vrai, Ello ne remplacera peut-être pas Facebook mais celui-ci ne durera pas toujours. «Facebook est devenu comme une réunion Tupperware, écrit le quotidien anglais, on peut toujours aller y faire un tour et croquer une morce avec oncle Marc – même si vous risquez qu’on vous fasse payer le moule à gâteau. Mais 243 heures par an (temps moyen annuel passé sur Facebook selon les enquêtes) dans une réunion Tupperware, ça fait beaucoup. On a besoin d’air.»
 
Un commentaire vaut vraiment la lecture. «L’attrait d’Ello n’a rien à voir avec ses fonctions, encore pleines de bugs, ou avec ce qu’on y lit, principalement des plaintes sur Ello, écrit Jess Zimmerman. C’est juste le plus attirant des mensonges humains: peut-être que cette fois-ci, on fera mieux. Ello, c’est le désir de former des relations plus pures, loin des vieux modèles viciés, et de trouver quelque chose de nouveau. Son côté dépouillé est comme l’espace blanc d’un appartement vide qui attendrait une nouvelle décoration. Son succès n’est pas un référendum sur ce qu’il nous promet, il est juste à la mesure de notre désenchantement quant aux choix à notre disposition aujourd’hui.»
Mark Zuckerberg est prévenu…