Emeutes à Baltimore, selon un scénario désormais récurrent

Des photos similaires à la Une de la plupart des quotidiens américains, ici USA TODAY et Wall Street Journal avec ces légendes ; Baltimore brûle 
Des photos similaires à la Une de la plupart des quotidiens américains, ici USA TODAY et Wall Street Journal avec ces légendes ; Baltimore brûle 

Le calme revenait progressivement à Baltimore dans la nuit de lundi à mardi, quelques incidents sporadiques clôturant une journée de violences qui ont éclaté peu après les funérailles d'un jeune Noir, décédé après son arrestation par la police.

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C'est un scénario désormais habituel : une nouvelle "bavure", énième d'une liste qui ne cesse de s'allonger - un jeune noir américain tué par les les forces de l'ordre -, des voitures qui flambent, des jeunes gens en colère qui saccagent la ville où le meurtre s'est produit, une répression féroce. Avec un palier supplémentaire ce 27 avril à Baltimore sur la côte Est des Etats-Unis : une ville en état d'urgence, un couvre feu instauré, des chars dans les rues. Et la presse américaine qui s'enflamme une fois encore...

"La grande majorité de la ville est en train de se calmer lentement mais sûrement, à part quelques incendies de voitures et de feux de rue", a déclaré cependant le chef de la police de Baltimore, Anthony Batts, lors d'une conférence de presse peu avant minuit (04H00 GMT).

Dès la fin des funérailles de Freddy Gray, des bandes de jeunes, essentiellement des lycéens qui venaient de sortir de l'école, ont pris à partie la police en lançant toute sorte de projectiles: briques, caillous, bâtons, bouteilles... Plusieurs supermarchés ont été pillés et incendiés tout comme des voitures, y compris de la police.
 
Face à des forces de l'ordre débordées, les autorités ont décidé d'appeler en renfort des milliers de policiers de la région ainsi que les soldats de la garde nationale du Maryland.
 
La maire - démocrate, juriste, membre influente de la communauté noire - de la ville Stephanie Rawlings-Blake a aussi annoncé l'instauration d'un couvre-feu mardi à partir de mardi 22H00 (02H00 GMT mercredi) jusqu'à 05H00 tous les jours pour une semaine.
 
"Trop de gens ont passé des générations à bâtir cette ville pour qu'on la laisse détruire par des voyous", a-t-elle affirmé.
 
Les violences, circonscrites dans un quartier du nord-ouest de la ville, ont fait 15 blessés parmi les policiers, dont six ont été touchés plus grièvement, a précisé Anthony Batts.
 
"Ils vont tous se remettre mais ils ont été gravement blessés par les projectiles", a souligné le chef de la police. Plusieurs reporters ont également été attaqués et se sont fait voler du matériel.
 
Vingt-sept personnes ont été arrêtées, mais la police a promis de passer au peigne fin les vidéos des caméras de sécurité et autres pour mettre la main sur les auteurs des violences.
 
La garde nationale, qui est une force paramilitaire, va faire l'objet d'un déploiement "massif", a confirmé lors d'une autre conférence de presse la générale de cette force, Linda Singh.
 
Une partie des soldats était déjà en ville dans la nuit de lundi, a précisé le chef de la police, expliquant que ces renforts devaient servir essentiellement à monter la garde dans les zones sécurisées par la police de la ville.
 
Un responsable de la police du Maryland a indiqué en outre que l'Etat avait requis jusqu'à 5.500 hommes supplémentaires en renfort.
 
Le gouverneur du Maryland, Larry Hogan, avait déclaré un peu plus tôt l'état d'urgence "pour restaurer l'ordre" dans cette ville de 620.000 habitants située à une soixantaine de km de la capitale fédérale.
 
Les violences ont éclaté juste après les funérailles de Freddie Gray, décédé après son interpellation musclée par la police, dont les pratiques sont régulièrement dénoncées y compris par la maire.
 
La ville a décidé de fermer toutes ses écoles mardi, selon une porte-parole, au risque de se retrouver avec de nombreux jeunes désoeuvrés et à nouveau prêts à en découdre.
 
La police de Baltimore avait annoncé avoir reçu une "menace crédible" de gangs locaux qui auraient "noué un partenariat pour +éliminer+ des policiers".
 

-'Un jour sacré'-

 
Des émeutes similaires avaient éclaté l'été dernier à Ferguson (Missouri, centre), après la mort d'un jeune Noir non armé, tué par un policier blanc. D'autres incidents de même nature ont relancé le débat du racisme au sein de la police.
 
Freddie Gray est décédé le 19 avril des suites d'une fracture des vertèbres cervicales une semaine après son interpellation à Baltimore, qui compte plusieurs quartiers sensibles.
 
Ce décès est le dernier d'une série de bavures policières qui ont ravivé les tensions entre la communauté noire et les forces de l'ordre.
 
La violence à Baltimore lundi soir contrastait avec le calme et la dignité de la cérémonie en hommage à Freddie Gray. Quelque 3.000 personnes, famille, amis et anonymes, tous Noirs, avaient rendu dans le calme un hommage mêlé de prières et de militantisme au jeune homme, qui reposait dans un cercueil blanc ouvert, entouré de gerbes de fleurs blanches dans l'église baptiste New Shiloh.
 
La cérémonie a pris une tournure politique avec l'intervention de l'avocat de la famille, Billy Murphy, très applaudi: "nous sommes ici pour Freddie Gray, mais aussi parce qu'il y a beaucoup de Freddie Gray".
 
Le président américain Barack Obama a été informé de la situation.
 
Depuis l'annonce de la mort du jeune Noir, des manifestations ont lieu quotidiennement à Baltimore. Celle qui a eu lieu dans la nuit de samedi à dimanche avait déjà dégénéré en violences.
 
Plusieurs enquêtes ont été lancées pour élucider les circonstances des blessures de Freddie Gray, sans conclusions. La police de Baltimore a toutefois convenu que le jeune homme aurait dû recevoir une assistance médicale après son arrestation.