En Allemagne, l'obsession de l'équilibre

Alors que ses finances publiques sont en bien moins mauvaise posture que celles d'autres pays de la zone euro, l'Allemagne semble vouloir s'engager dans une sévère cure de régime.

Mais étalé dans le temps (sur quatre ans), les économies prévues en 2011 sont "seulement" de 11,2 milliards d'euros, ce plan est moins drastique qu'en Espagne, ou au Royaume Uni...

Deux jours d'intenses discussions entre partenaires de la coalition, les conservateurs de La CDU/CSU et les libéraux du FDP, auront été nécessaires pour parvenir à ce projet de rigueur. Mais l'exigence d'équilibre budgétaire est inscrit dans la constitution allemande.

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“Les économies annoncées ne sont pas suffisantes“

Entretien avec le professeur Christian Dreger de l’Institut allemand pour la recherche économique (DIW)

Est-ce que la crise en Allemagne ressemble à la crise en Grèce ?
Non, la crise allemande n'a rien à voir avec la crise grecque. L'Allemagne n’est pas autant touchée par la crise économique. Dans tous les pays de la zone euro, les déficits se sont creusés au cours de la crise puis au moment des mesures de stabilisation. En Allemagne, le déficit s’est beaucoup moins creusé.

Qu’y a-t-il dans le plan de rigueur annoncé par le gouvernement allemand ?
Le gouvernement fédéral veut arriver à économiser 80 milliards d'euros au total. Dans le plan, il y a des augmentations d’impôts et des coupes budgétaires. Dès 2016, le déficit public devra représenter 0,35% du PIB et pas plus.

L'opposition, les syndicats et les associations déplorent que les coupes budgétaires soient faites dans les secteurs du social et de l’emploi. Qu’en pensez-vous ?
Ce qui fait le plus de bruit, c’est la suppression de l’allocation de maternité (14 semaines à 100 % dont six avant la naissance, NDLR) pour les familles qui touchent déjà l’allocation chômage (Hartz IV, NDLR). En fait, le budget du social est le budget le plus important du budget fédéral, il faut donc forcément tailler dedans. Mais les premiers à souffrir sont les gens qui ont les plus bas revenus. Le problème c’est qu’on aurait dû présenter cette mesure autrement , dans le cadre d’une plus vaste réforme par exemple. En plus, l’impôt sur la fortune qui concerne les plus riches n’a pas été augmenté. Alors oui, je comprends cette critique.

Pensez-vous qu'un mouvement social pourrait naitre en Allemagne ?
Il y a déjà eu des manifestations en Allemagne, peut-être pas d’une ampleur comparable à la France ou à la Grèce. Je pense que le gouvernement doit retoucher le plan d’austérité. Moi et mes collègues pensons que les économies annoncées ne sont pas suffisantes. Tous les plans d’économies sont optimistes mais celui-là l’est peut-être un peu trop. Et certaines composantes du plan ne sont pas assez claires.

Fallait-il vraiment mettre en oeuvre ce plan ?
En Europe nous n’avons pas d’autre choix. Le véritable problème européen c'est la diminution de la population, qui s'ajoute à la crise économique. La charge qui pèse sur les systèmes sociaux ne va faire qu’augmenter dans les années à venir.

Cette crise provoque t-elle un sentiment anti-européen au sein de l'opinion publique ?
A vrai dire, je ne pense pas. La crise financière des subprimes n’a pas démarrée dans un pays d'Europe. Elle vient des États-Unis et s'est étendue à l’Europe, mais elle ne vient pas directement de l’euro et des pays de la zone euro.

Comment évaluez-vous le rôle de l'Allemagne dans le contexte de la crise de Grèce ?
Cette crise a révélé des problèmes structurels en Grèce. Et c’était donc à la Grèce d’en venir à bout.
Les pays de la zone euro pouvaient aider financièrement la Grèce, mais c’est tout. C’était à la Grèce de faire des efforts. Ensuite, le F.M.I. est entré dans le jeu et l'Allemagne a retardé la décision européenne. C’était une mauvaise idée, ça a déconcerté les marchés. Nous avons trop hésité à prendre une décision pour venir au secours de la Grèce.

Propos recueillis par Hanna Irmisch
29 juin 2010

Les obligations constitutionnelles de l'équilibre budgétaire

Article 109 de la Constitution allemande

"Les budgets de la Fédération et des Länder doivent être équilibrés sans recours aux crédits.
Cependant la Fédération et les Länder peuvent prévoir des exceptions en tenant compte des hauts et bas conjoncturels ainsi que des catastrophes naturelles ou situations d'urgences qui échappent au contrôle de l'État et influencent gravement sa situation budgétaire. Un échéancier de remboursement des crédits doit alors être établi de façon concomitante."

Pour le budget de la Fédération, l'article 115 définit en détail ce règlement : le principe (d'équilibre) sera appliqué si les crédits ne dépassent pas 0,35 % du PIB. Les Länder peuvent, dans la mesure de leur compétences constitutionnelles, définir leurs propres règlementations à condition de garder en vue que le principe (d'équilibre) ne peut être garanti que lorsqu'on ne fait pas appel aux crédits.

Les principales mesures du plan d'austérité allemand

Le château de Guillaume II, en 1900, à Berlin, détruit en 1950, dont la reconstruction est abandonnée pour cause de rigueur.
Le château de Guillaume II, en 1900, à Berlin, détruit en 1950, dont la reconstruction est abandonnée pour cause de rigueur.
Tous les secteurs ou presque vont devoir se serrer la ceinture. Sauf l'éducation et la recherche, "épargnées" parce qu'elles sont une source de croissance pour l'avenir, et les retraites "à quelques toutes petites exceptions près".

Dépenses de défense : la suppression de 40 000 soldats dans la Bundeswehr est à l'étude, ainsi qu'une modification des conditions du service militaire obligatoire, en particulier du service civil (qui permet à de nombreuses associations de fonctionner.

Systèmes sociaux (qui impliquent la moitié des dépenses publiques) : certaines allocations seront supprimées, par exemple aux chômeurs, ou encore aux bénéficiaires de l'aide au logement.

Formation et d'aide à l'emploi : les programmes seront réévalués et, là où c'est possible, regroupés et simplifiés.

Fonction publique : 15 000 emplois disparaîtront d'ici 2014.

Environnement et nucléaire : les gains supplémentaires que les producteurs d'électricité tireront de l'allongement promis de la durée de vie des centrales nucléaires seront imposés, et une "taxe écologique" sera introduite sur les billets d'avions au départ d'Allemagne.

Parmi les autres mesures, le droit des faillites va être révisé pour que l'État créancier soit servi en premier en cas de liquidation. Et des projets vont être abandonnés, comme la reconstruction controversée d'un château à Berlin.

Les Rouges-Jaunes plombent l'été

Titre la Tageszeitung (proche des Verts)


Le plus grand plan d'économies de l'histoire de la République allemande

Titre la Frankfurter Allgemeine Zeitung (conservatrice)


La cure radicale allemande

vue par le voisin autrichien Kurier