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En images : l'opposant russe Navalny a-t-il de l'influence ?

Avocat, blogueur, opposant russe et spécialiste de la traque de la corruption, Alexeï Navalny, a cristallisé l'attention médiatique internationale de ces derniers jours. En lice pour la prochaine élection municipale de Moscou, il a été condamné jeudi 18 juillet à cinq ans de camp pour détournement de fonds. Mais le juge est revenu sur sa décision dès le lendemain. Alexeï Navalny est désormais en liberté surveillée en attendant son procès en appel dont la date doit être fixée. Un coup de théâtre qui lui permet de poursuivre sa campagne municipale contre un candidat proche de Poutine. Qui est Navalny ? Quel est son poids dans l'opposition face à Poutine ? Par qui est-il soutenu ? Réponses en images et entretien avec Philippe Migault, spécialiste de la Russie à l'IRIS.

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Alexeï Navalny, qui est-il, qui le soutient ?

Les premières images de la catastrophe

Entretien avec Philippe Migault, directeur de recherche spécialiste de la Russie à l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS)

Propos recueillis par Léa Baron
A-t-on assisté à un vrai procès pour détournement de fonds ou à un procès politique ?

Cela a été un procès à deux facettes, c'est bien évident. Cette affaire a une dimension politique dans la mesure où Navalny est l’opposant le plus médiatisé de Russie, le chef de file de cette fraction de l’opposition "libérale" et pro-occidentale, minoritaire mais disposant d’un soutien inconditionnel des médias américains et européens. Pour autant, ce statut de leader ne l’innocente pas des charges qui sont retenues contre lui.

Je ne pense pas qu’il s’agisse d’une vengeance personnelle de Vladimir Poutine. Ce dernier sait pertinemment que Navalny ne le menace en aucun cas dans la mesure où il n’est aucunement en capacité de fédérer l’opposition russe derrière lui.

Sa libération atteste de la volonté du Kremlin de montrer que la justice suit la procédure et rien que la procédure. Même si en Russie comme en France ou aux États-Unis aucune justice n'est jamais indépendante...


Alexeï Navalny a-t-il cependant un réel poids politique face à Poutine ?

L’opposition est profondément divisée. Communistes et ultra-nationalistes, qui pèsent bien plus lourd dans les urnes que le mouvement incarné par Navalny, n’ont pas la moindre sympathie envers ce dernier. Les rassemblements qui ont eu lieu spontanément sont, comme d’habitude, limités à quelques milliers de personnes. On ne peut exclure que des manifestations plus larges surviennent après une phase de mobilisation mais elles ne seront pas annonciatrices pour autant de l’émergence d’un mouvement d’opposition puissant et structuré.

Navalny n'est pas un opposant crédible mais il peut, en pointant du doigt les disfonctionnements de la société russe, provoquer un sentiment de lassitude de la population vis à vis du politique, sentiment qui traditionnellement joue surtout en défaveur du pouvoir en place.

Son influence n’est-t-elle pas amplifiée par l'Occident alors que les États-Unis sont dans un rapport tendu avec le Russes suite à l’affaire Snowden ?

Le ton de cette revendication, cette mise au pilori du chef de l’Etat, peuvent difficilement être acceptées par le Kremlin, pas plus que la mobilisation permanente et les happenings à Moscou et Saint-Pétersbourg sous l’œil complice des médias occidentaux.

Car il ne faut pas se leurrer : cette permanente désignation du régime de Vladimir Poutine comme le symbole de l’Etat autoritaire vise à diaboliser la Russie sur la scène internationale à l’heure où elle renoue avec son statut de puissance majeure. Un statut qui dérange à Bruxelles comme à Washington.


Qui se mobilise derrière Navalny ? Parvient-il à sensibiliser l'opinion ou juste une élite intellectuelle ?

Une part de l'intelligentsia russe se range derrière Navalny, aux côtés d'opposants issus essentiellement des milieux estudiantins et des classes moyennes urbaines qui, paradoxalement, doivent leur richesse à Poutine.

La majorité de l'opinion publique considère Navalny comme un trublion qui a le mérite de mettre le doigt sur des problématiques sociales qui exaspèrent tout le monde, la corruption notamment. Pour autant, elle ne le considère pas nécessairement comme un leader politique crédible, susceptible de donner la réplique à Vladimir Poutine. Et personne n'oublie que ce n'est pas parce que Navalny est un opposant qu'il est nécessairement exempt de tout soupçon.

Certains membres des Pussy riot ou encore Mikhaël Khodorkovski sont en prison. Qui sont les prochains opposants sur la sellette ?

Les Pussy Riot ne peuvent pas, selon moi, être qualifiées d'opposantes. Leur discours est uniquement contestataire or un opposant est censé, également, être force de proposition. La musique punk et les slogans simplistes ne peuvent en tenir lieu.
Quant à Khodorkovsky, dont la majorité des Russes approuve la condamnation, c'est certes un opposant, mais c'est aussi un oligarque aux méthodes trés douteuses qui s'est entêté a confondre pouvoir économique et pouvoir politique, malgré les avertissements du Kremlin.

Je ne suis pas persuadé qu'on puisse dresser, comme vous semblez l'entendre, une liste d'opposants, de futurs proscrits, qui seraient dans le collimateur du pouvoir, car cela reviendrait à dire que le Kremlin entend briser toute opposition. Or Nemtsov, Prokhorov, à ma connaissance, n'ont pas de sujet d'inquiétude à avoir. Tout dépend de la manière dont on conduit son opposition et, surtout, de la manière dont on conduit ses affaires...