En Irlande, des élections cruciales pour l'avenir du pays

Le vendredi 25 février, 3 millions et demi d'Irlandais choisissaient leurs nouveaux députés, lors d'un scrutin proportionnel plurinominal anticipé. Les résultats sont sans appel : le Fianna Fail, parti de centre droit au pouvoir depuis 14 ans, et son chef de file, le Premier ministre Brian Cowen sont très fortement sanctionnés. Les électeurs ont rendu responsable ces dirigeants de la dette abyssale qui a mené leur pays au bord de la faillite.

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L'Irlande, un pays dynamité

Dublin, version nouvelles technologies - Wikicommons
Dublin, version nouvelles technologies - Wikicommons
Pour Hélène Conway, universitaire franco irlandaise installée à Dublin et membre du Parti socialiste français, il ne fait aucun doute que les élections du 25 février sont cruciales. « Les Irlandais sont sous le choc. Ils ont vécu une double déflagration, avec l’explosion des bulles financières et immobilières, tant extérieures qu’internes, dans ce pays qui ne vit que grâce à une économie presque entièrement dépendante de la globalisation et qui est désormais en quasi faillite. Les Irlandais ont commencé à se poser des questions sur leurs gouvernants, et ont compris qu’ils étaient étroitement imbriqués avec le système financier mondial et avec les promoteurs immobiliers, que les uns et les autres s’entraidaient. En clair que leur système était corrompu. »

En 15 ans, l’Irlande, autrefois contrée rurale et pauvre, en proie aux famines régulières, terre traditionnelle d’émigration, est devenue un État hyper dynamique, à la pointe des nouvelles technologies, et urbain – la capitale Dublin accueille le quart de ses 4 millions 500 000 concitoyens. Et voici qu’elle régresse radicalement : les jeunes qui ont grandi dans des familles aisées et immobiles, doivent à nouveau partir comme leurs grands parents, s’ils veulent survivre. L’une des étudiantes d’Hélène Conway reste ainsi interdite face à la décision de son père, imprimeur ruiné, jusqu'à récemment à la tête d’une fabrique d’étiquettes, et qui vient de décider de partir tenter une nouvelle chance en Australie, à 50 ans passés.

EN COLÈRE MAIS PAS RÉVOLUTIONNAIRES

Pourtant, si les électeurs irlandais rejettent massivement le parti au pouvoir de centre droit, le Fianna Fail, ce ne sera pas pour embrasser des idées révolutionnaires. Leurs voix devraient se porter sur le Fine Gail, légèrement moins à droite et sur Enda Kenny, probable futur Premier ministre, un ancien instituteur, son pâlichon et inexpérimenté chef de file, selon le Financial Times. Le Fianna Fail et le Fine Gail se partagent ainsi le pouvoir de la jeune République irlandaise, depuis 90 ans, dans un mouvement d’oscillation faible et perpétuel.

Malgré leurs inquiétudes pour l’avenir le Labour peine à séduire au delà des quartiers prolétaires et d’une classe ouvrière quasi inexistante. Les socialistes (Aliance de la gauche unie) passent pour de terrifiants gauchistes, tandis que les Verts peinent à s’affirmer, dans la mesure où leurs idées sont désormais reprises par tous les partis qui veulent pousser l’économie verte et promouvoir une énergie renouvelable et indépendante. Les nationalistes du Sinn Fein (branche politique de l’Ira – armée républicaine irlandaise) ne représentent plus grand monde, et les eurosceptiques de Libertas ont disparu de la scène politique.

REPENTANTS ET PRÊTS À REPARTIR

Les Irlandais semblent tout à la fois en colère et résignés. En colère contre leurs dirigeants mais résignés à payer leurs pots cassés et à accepter les plans de rigueur du FMI et de l’Union européenne, mais aussi leurs prêts qui permettent de payer les fonctionnaires. « Les Irlandais, sans doute en raison de leur catholicisme enraciné, ont fait leur mea culpa et leur repentance : j’ai pêché donc je doit passer à la caisse, se disent-ils », commente encore Hélène Conway.

Moira Dineen, journaliste irlandaise à Paris, regrette le temps où l'Irlande avançait le vent en poupe européen : "L’attitude des Irlandais par rapport à l’Europe à énormément changé ces derniers temps. Avant la crise, les Irlandais était fiers d’appartenir à l’Union européenne, d’avoir une monnaie Européenne, et de faire des affaires en l’Europe. Historiquement, les Irlandais adoraient visiter, étudier et travailler en Europe. Et passer ainsi au dessus de la Grande Bretagne pour forger des nouvelles expériences, et créer de nouvelles images d'eux mêmes sur le continent."

Du coup, la campagne électorale, courte et intense, a été entièrement dominée par les questions sociales et économiques. Moira Dineen rappelle aussi qu'aujourd’hui "il y a 440 000 sans emplois, sur une population active de 1,8 million de personnes. 1000 personnes quittent le pays chaque semaine pour émigrer aux États Unis, l’Australie, et Canada." Les Irlandais veulent juste avoir des réponses à des angoisses très concrètes : comment vont-ils pouvoirs continuer à rembourser leurs emprunts immobiliers « toxiques » ? Combien de postes de fonctionnaires seront-ils supprimés ? Comment pourront-ils continuer à payer les études de leurs enfants ? À cette dernière question, le Fine Gail (les favoris de centre droit) a très clairement répondu que, contrairement à la politique ultra libérale menée au Royaume Uni et qui a poussé les étudiants britanniques dans la rue, l’Irlande continuera à subventionner les frais d’inscription dans les universités. C’est sur ces petites différences-là que les électeurs de l’Eire départageront les candidats et leurs programmes.

Les partis en lice pour le scrutin du 25 février et leur représentativité dans la chambre sortante

Fianna Fáil, sortant avec 41,56% des voix, 77 députés

Fine Gael, sortant avec 27,32% des voix, 51 députés

Labour Party, sortant avec 10,13% des voix, 20 députés

Green Party , sortant avec 4,69% des voix, 6 députés

Sinn Féin, sortant avec 6,94% des voix, 4 députés

United Left Alliance , sortant sans députés