En Turquie, les municipales ont pris l'allure d'un référendum

Rassemblement des pro-Erdogan à Sincan, en Turquie, le 15 juin 2013. ADEM ALTAN/AFP PHOTO
Rassemblement des pro-Erdogan à Sincan, en Turquie, le 15 juin 2013. ADEM ALTAN/AFP PHOTO

Secoué par la contestation et les scandales, le pouvoir turc joue gros dans les municipales de dimanche 30/03. Il espère pouvoir les transformer en référendum en sa faveur.

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"Celui qui gagne Istanbul remporte la Turquie", a répété à de nombreuses reprises celui qui fut le maire de la plus grande ville de Turquie. Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a donc choisi Istanbul pour terminer la campagne des municipales. Des élections à l’allure de référendum sur son pouvoir à la tête du pays. Son parti, l’AKP (islamo-conservatrice) règne sans partage sur la Turquie depuis douze ans.

Contraint à une pause de vingt-quatre heures à cause d'une extinction de voix, il a donc prévu pas moins de 5 rassemblements dans l’agglomération qui rassemble 10 millions d’électeurs.
Le principal parti d'opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), n’est pas en reste. Il a lui aussi choisi de conclure sa campagne à Istanbul et devrait organiser un grand meeting devant des dizaines de milliers de personnes.

A Atasehir, district de la rive asiatique, M. Erdogan a appelé les électeurs à aller voter en masse ce dimanche pour "exposer la traitrise" dont fait l'objet, selon lui, son gouvernement. Il a répété la thèse du complot ourdi par le prédicateur Fethullah Gülen qui dirige depuis les Etats-Unis un influent mouvement religieux.

En effet, ces municipales se déroulent dans une atmosphère électrique. Recep Tayyip Erdogan est mis à mal depuis des semaines par de graves accusations de corruption qui éclaboussent tout son entourage
Le Premier ministre veut y voir une conspiration et a trouvé les conspirateurs : ses anciens alliés de la confrérie Gülen. Il les accuse d'être à l'origine des enquêtes judiciaires qui le menacent.   


Recep Tayyip Erdogan, Premier ministre turc, en juin 2013 (AFP Photo / Adem Altan)
Recep Tayyip Erdogan, Premier ministre turc, en juin 2013 (AFP Photo / Adem Altan)
  - "Espionnage" -
                 
Cette lutte a connu jeudi son épisode le plus spectaculaire avec la publication sur internet du compte-rendu d'une réunion "top secret". Sur une bande audio, on entend des hommes identifiés comme le ministre des affaires étrangères et le chef des services des renseignements évoquer la possibilité de simuler une attaque syrienne contre la Turquie et provoquer par là une riposte militaire. Une opération qui aurait eu pour but de resserrer les rangs des électeurs de l’AKP.

Le gouvernement n’a pas explicitement contesté l’authenticité de ce document. Il a par contre immédiatement accusé le mouvement de M. Gülen d'être à l'origine de cet "acte d'espionnage", "ignoble, lâche, immoral" et lancé la police à ses trousses.
Après l'ouverture d'une enquête judiciaire pour "espionnage et trahison", un premier suspect a été placé brièvement en garde à vue vendredi soir à Ankara.
La police turque est à la recherche d'autres suspects, selon les médias turcs, qui ont ajouté que M. Erdogan avait aussi porté plainte contre le quotidien Zaman, porte-voix de la confrérie Gülen, au sujet de cette fuite.
                 
Le publication de cette bande sonore, après bien d'autres mettant en cause le gouvernement pour des faits de corruption, a conduit le gouvernement à ordonner jeudi le blocage de YouTube, une semaine après celui de Twitter, renforçant le mécontentement des internautes, des utilisateurs de réseaux sociaux et des opposants en général. Tous crient à la censure et à la dictature. Une inquiétude qui se diffuse dans de nombreuses capitales étrangères qui s'inquiètent maintenant ouvertement de la dérive autoritaire de M. Erdogan.