Entretien avec Ahmad Salamatian, ancien député iranien

dans

“La fin de la tutelle religieuse sur le pouvoir politique“

Entretien avec Ahmad Salamatian, exilé en France, ancien député d'Ispahan et compagnon de route de bolhanssan Banisadre, le premier président de la République.




Un an après l'élection contestée du président Ahmadinejad le 12 juin 2009, comment analysez-vous
l'émergence du mouvement d'opposition en Iran ?

Les manifestations qui ont éclaté depuis le 12 juin 2009 pour dénoncer cette fraude électorale du 12 juin révèlent la fin de la tutelle religieuse sur le pouvoir politique. La classe moyenne iranienne est entrain de défaire le turban des ayatollahs au pouvoir. En fait, la république islamique a toujours porté en elle une rivalité entre la légitimé religieuse et la légitimité démocratique issue des urnes.

Au moment de la Révolution,l'ayatollah Khomeini a fait renaître dans l'esprit des Iraniens l'imaginaire villageois traditionnel. Il est apparu comme un chef de village. Mais la jeune République islamique n'a pas pu asseoir son pouvoir sur les structures traditionnelles du pouvoir villageois car elles avaient été balayées par le Shah et sa politique de modernisation. C'est de cette manière que l'Islam est devenue la source de légitimité du nouveau régime et que le président élu au suffrage universel direct a été placé sous la tutelle du religieux.

Aujourd'hui, la société iranienne, à travers le mouvement Vert, se bat pour obtenir le droit de dire non à la tutelle céleste et réclame la suprématie du pouvoir démocratique sur le pouvoir religieux. Elle avance à grand pas vers la sécularisation, vers la séparation entre les pouvoirs divin et civil. /* Style Definitions */ table.MsoNormalTable {mso-style-name:"Tableau Normal"; mso-style-parent:""; font-size:12.0pt;"Times New Roman";"> Un an après la réélection contestée du président Ahmadinejad le 12 juin 2009, comment analysez-vous l'émergence du mouvement d'opposition en Iran ?

Les manifestations qui ont éclaté depuis le 12 juin 2009 pour dénoncer cette fraude électorale du 12 juin révèlent la fin de la tutelle religieuse sur le pouvoir politique. La classe moyenne iranienne est entrain de défaire le turban des ayatollahs au pouvoir. En fait, la République islamique a toujours porté en elle une rivalité entre la légitimé religieuse et la légitimité démocratique issue des urnes.

Au moment de la Révolution, l'ayatollah Khomeini a fait renaître dans l'esprit des Iraniens l'imaginaire villageois traditionnel. Il est apparu comme un chef de village. Mais la jeune République islamique n'a pas pu asseoir son pouvoir sur les structures traditionnelles du pouvoir villageois car elles avaient été balayées par le Shah et sa politique de modernisation. C'est de cette manière que l'Islam est devenue la source de légitimité du nouveau régime et que le président élu au suffrage universel direct a été placé sous la tutelle du religieux.

Aujourd'hui, la société iranienne, à travers le mouvement Vert, se bat pour obtenir le droit de dire non à la tutelle céleste et réclame la suprématie du pouvoir démocratique sur le pouvoir religieux. Elle avance grand pas vers la sécularisation, vers la séparation entre les pouvoirs divin et civil.

Les Gardiens de la Révolution, une organisation paramilitaire de la République. (AFP - 2008).
Les Gardiens de la Révolution, une organisation paramilitaire de la République. (AFP - 2008).
Au bout d'un an de répression, l'Etat iranien n'a t-il pas réussi à étouffer le mouvement d'opposition ?

Il ne s'agit pas d'un mouvement insurrectionnel mais d'un processus politique qui agit en profondeur et qui gagne du terrain. C'est un mouvement de flux et de reflux sur le long terme. Mais au final, c'est la société civile qui en sortira victorieuse.

D’ailleurs, certains responsables religieux deviennent de plus en plus critiques à l'égard du pouvoir. Ils commencent à vouloir détacher la religion du politique. Ils se rendent compte que la pratique du pouvoir use la religion et son autorité morale. En Irak, le grand ayatollah Ali al-Sistani d'origine iranienne refuse de détenir des mandats politiques et demande à ses disciples d'en faire de même. Il préfère détenir une influence plutôt qu'un pouvoir et renoue ainsi avec une grande tradition chiite.

Ali Khamenei, ancien président devenu Guide suprême en 1989, à la mort de Khomeini, père de la Révolution.
Ali Khamenei, ancien président devenu Guide suprême en 1989, à la mort de Khomeini, père de la Révolution.
Avec la montée en force des Gardiens de la Révolution, la République islamique risque t-elle de se transformer en un régime militaire dictatorial ?

Aujourd'hui, le guide suprême n'a jamais été autant isolé. Perdant ses appuis religieux, il se retrouve enfermé dans un cercle militaro-sécuritaire tenu par les commandants des Gardiens de la Révolution . Ces derniers profitent du vide politique pour renforcer leur influence. Pour l'instant, l'activisme de la société civile empêche l'installation d'une dictature militaire. Toutefois, si le pays bascule dans une situation de grande violence et d'anarchie totale, alors les gardiens de la Révolution seront les seuls à pouvoir rétablir l'ordre. Donc tout dépend du mouvement d'opposition et de sa capacité à rester un mouvement pacifique.


Selon vous, quand est-ce que cette crise politique qui a éclaté il y a un an prendra t-elle fin ?

Dans la première période de la République islamique, il y avait des rebonds environ tous les 8 ans. Aujourd'hui, les évolutions s'accélèrent. Je pense que la crise politique actuelle se résoudra d'ici 3 à 4 ans.


Propos recueillis par Camille SARRET
Lors d'une conférence au CERI à Paris, le 8 juin 2010.