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Entretien avec Eva Schwingenheuer

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“Je ne critique pas les femmes en burqa mais l'absurde pouvoir patriarcal qui se cache derrière“

Pourquoi vous êtes-vous intéressée à ce sujet ?

En Allemagne, aussi on rencontre des femmes complètement voilées. Et naturellement les images de porteuses afghanes de burqa, vues à la télévision étaient dans ma tête. J'ai développé ma propre opinion là-dessus parce que la vue d'un être humain à travers sa seule silhouette produit des émotions. En plus, la burqa intègre une composante politique qui touche à l'égalité entre les sexes, au vivre ensemble et aux droits humains.

Sur un sujet aussi sensible, pourquoi avoir choisi seulement seulement de légender les dessins sans aucun texte d’explication ou d’introduction ?

J'ai essayé de dévoiler l'absurdité totale de ce vêtement par les moyens de l'exagération et du raccourci satirique. Je trouve absurde qu'une moitié de l'humanité se mette un sac avec une fermeture éclair sur sa tête juste pour que l'autre moitié ne soit pas sexuellement excitée. Comme je suis artiste plasticienne, le dessin d'humour exprime mieux ma critique qu'un essai écrit. Et quand mes dessins, en plus de leur aspect comique, stimulent des discussions, je suis ravie. Tant que des femmes porteront la burqa, il ne faut pas lâcher cette question.

Selon vous, on peut rire de tout, même des femmes en burqa ?

Mon opinion est que tout sujet ou personne peut être l'objet d'une caricature. Mais ce ne sont pas les femmes sous la burqa qui font l'objet de ma critique, c'est le code absurde de pouvoir patriarcal qui se cache derrière. Le symbole le plus marquant de ce code, c'est la burqa. C'est pour ça que je l'ai mise au centre de ma création satirique.

On peut avoir l’impression que vous vous moquez des femmes ou encore de la religion…

Je n'ai aucune influence sur ce qu'on veut lire ou voir dans mon livre. Mais pour moi, il ne s'agit pas de religion. Ça m'est égal de savoir sur quelle idéologie se fonde le voile intégral. Je n'ai aucune sympathie ou compréhension pour la burqa, elle est juste un symbole de l'inégalité entre les sexes.

Je suis absolument opposée à la burqa et autres voiles intégraux comme le tchador équipé d'un niqab. Ils réduisent les femmes à un corps qu'il faut cacher et les hommes à une bande de singes qui ne suivent que leurs instincts, incapables de se contrôler à la vue d'une femme.

Dans une société émancipée, il devrait être possible qu'hommes et femmes se rencontrent face à face. La burqa réduit les femmes à une vie de recluse dans le microcosme familial. Déjà qu'il est difficile de boire un café en public... On a peine à s'imaginer une policière, une sportive ou une chanteuse en burqa. En plus, le voile intégral signale une délimitation ostensible contre l'extérieur, ce qui empêche l'intégration à une société ouverte.

Quel message voulez-vous faire passer avec ce livre : féministe, politique, laïc…. ?

Mon sujet, c'est l'égalité. A première vue, la burqa ne réprime que les femmes. Mais le thème de l'égalité va au-delà du féminisme. Il concerne finalement aussi les hommes. Dans une société strictement menée de façon patriarcale, pour des raisons religieusemes ou idéologiques, tous les dissidents, femmes ou hommes, rencontrent tôt ou tard des difficultés.

Qu’est-ce que vous voulez dénoncer ?

La désindividualisation ostensible des femmes et leur invisibilité au nom d'un monde ultra conservateur et dominé par les hommes.

Comment votre livre a t-il été reçu en Allemagne ? Votre éditeur n'a pas voulu nous transmettre votre photo pour illustrer cet entretien.

Il n'y a en Allemagne ni unanimité, ni radicalité par rapport à mon travail. On me reproche d'être raciste, de "violer" des sentiments religieux, mais on me félicite aussi. Alors je pense qu'un peu de précautions ne peut pas nuire.

Le port du voile intégral et plus largement la visibilité des musulmans en Allemagne font-ils polémique ?

Jusqu'à présent en Allemagne, il n'y a pas eu de discussion publique sur le voile intégral. Mais il y a eu une grande controverse autour des enseigantes des écoles publiques qui veulent porter le foulard. Cette question aurait dû être discutée sous l'aspect de la définition de l'État allemand, sécularisé ou non. Mais, contrairement à la France, l'Allemagne n'est pas un État laïc, et l'Église s'y confond avec beaucoup de services de l'État. La question n'a donc pas reçu de réponses définitives jusqu'à présent.

Et en Allemagne aussi, il existe des groupes d'extrême droite qui publient, surtout via Internet, leur habituelle littérature xénophobe contre tous les Musulmans. Mais outre ceux là, dans les classes moyennes aussi, le mécontentement monte du fait qu'une poignée de pratiquants allemands reviennent à une interprétation ultra conservatrice de l'Islam. Il devient indispensable de discuter du modèle de société où nous voulons vivre ensemble.

Propos recueillis par Laure Constantinesco et Syvie Braibant
Mars 2010

Eva Schwingenheuer

Née en 1979, après des études à l'école des beaux-arts de Du¨sseldorf, Eva Schwingenheuer, se consacre aujourd'hui à son travail d'illustratrice.


Le livre

Burka
Editions Anabet

Des dessins dans un style moderne et épuré : une silhouette noire sur fond blanc, l’auteur aborde différentes situations typique de la femme occidentale : la burka Marilyn, la burka poupée russe, ballerine, la bunny, la punk, la tenniswomen etc. Un humour grinçant qui joue avec la burka et ses enjeux.

La burqa vue par Ana von Reuber

Argentine


La burqa vue par Ali Dilem

Algérie


La burqa vue par Kichka

Israël


La burqa vue par Kroll

Belgique


La burqa vue par Plantu

France